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01 Jan

Le massacre de Fort Apache

Publié par platinoch  - Catégories :  #Westerns

« Quels ingrats au ministère de m’envoyer dans un endroit pareil »

Envoyé dans le désert de l'Arizona pour prendre le commandement de Fort Apache, le lieutenant-colonel Owen Thursday espère retrouver son grade de général. Mais au Fort il est méprisé pour son ignorance des tactiques indiennes et ses hommes n'apprécient pas sa discipline stricte.


Mais lorsqu'il apprend que Cochise, le chef des Apaches a quitté sa réserve et conduit sa tribu vers le territoire mexicain, il espère le capturer et rétablir ainsi sa renommée. Mais les indiens sont d'excellents stratèges...

« Vous lui avez donné votre parole ? Et alors ? Il n’y a pas d’honneur entre un officier américain et un indien »

Considéré comme le maitre absolu du western, John Ford s’éloigna cependant quelque peu de son genre de prédilection pendant la première moitié des années 40, durant laquelle il se consacra à des fresques sociales et historiques (« Vers sa destinée », « La route du tabac », « Les raisins de la colère », « Qu’elle était verte ma vallée ») ainsi qu’aux films sur la guerre (« La bataille de Midway », « Les hommes de la mer », l’excellent « Les sacrifiés »). De retour aux affaires avec le très bon « La poursuite infernale » (1946), il entame en 1948 avec « Le massacre de Fort Apache » sa trilogie dite « de la cavalerie », qu’il poursuivra dans les années suivantes avec « La charge héroïque » et « Rio Grande ». Si Ford s’entoure pour ce film de la plupart de ses acteurs fétiches (John Wayne, Henry Fonda, Ward Bond, Pedro Armendariz), on retiendra tout de même que « Le massacre de Fort Apache » marque le début de sa (fructueuse) collaboration avec le scénariste Franck S. Nugent, qu’il retrouvera pour la plupart de ses grands succès dans la décennie suivante, de « L’homme tranquille » au « Convoi des braves » en passant par « La prisonnière du désert » et les « Deux cavaliers ».

« Ce fut un homme qui sut mourir en héros et couvrir de gloire et d’honneurs son régiment »

« Le massacre de Fort Apache » devait faire date dans l’histoire du western. Pour la première fois, un réalisateur (et pas le moindre !) allait en effet s’affranchir des conventions morales du genre, et notamment de sa vision manichéenne primaire (les gentils pionniers contres les méchants indiens) pour y apporter un regard critique. A commencer par la perception des blancs. Fini donc les gentils pionniers luttant pour leur survie, Ford inverse ici les rôles : si les indiens se rebellent et se battent, c’est avant tout parce que les blancs les méprisent et ne respectent pas leurs engagements. A l’image du représentant du gouvernement, rongé par la cupidité, qui leur vend du mauvais whisky et des armes de contrebande. Ou du Lieutenant-colonel Thursday, étrange double fictionnel de Custer, qui, dévoré par son ambition et son égo, ne tiendra pas sa parole envers les indiens et mènera ses hommes – contre tout bon sens militaire – dans un piège fatal simplement pour se couvrir d’un peu de gloire. S’il préserve l’institution militaire en tant que telle, et notamment la bravoure et la loyauté des hommes du rang, Ford critique cependant ouvertement l’attitude et les décisions de ceux qui la dirigent. Mais la vraie nouveauté réside dans la manière dont il présente les indiens. Loin de la caricature du sauvage sanguinaire et cruel, ils sont présentés ici comme des hommes dignes et braves, civilisés (à l’image de leur redoutable stratégie militaire), ouverts à la négociation mais pas à la compromission avec des blancs ne voulant que leurs pertes. Une vraie petite révolution en soi qui annonçait la réhabilitation des indiens au cinéma. Une voie qu’allait creuser John Ford, avec des films puissants, comme « La prisonnière du désert » ou « Les Cheyennes », et qui allait se développer dans les westerns des 50’s (« La flèche brisée », « La dernière chasse », « Bronco Apache »), jusqu’à trouver sa pleine expression dans les 70’s (« Little big man », « Soldat bleu », « Un homme nommé Cheval »). Pourtant, en dépit de son approche innovante et pertinente, « Le massacre de Fort Apache », à l’instar des autres films de la trilogie de la cavalerie, souffre d’un manque criant de rythme, notamment dans ces scènes retraçant le quotidien des militaires du fort, qui le rend dans sa première moitié assez peu passionnant. Reste un John Wayne étonnant, qui loin de ses rôles de machos primaires, se révèle excellent dans le rôle de l'officier sage et progressiste. Une curiosité à voir néanmoins tant pour les amateurs de westerns que pour les fans de John Ford.  



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Platinoch 05/03/2011 11:24

Bonjour Christophe,
merci pour tes gentils commentaires! Je vais aller faire un petit tour moi aussi sur ton blog et le mettre en lien ici!
En effet, comme tu le dis, le western fordien n'est ni celui de Leone ni celui d'Eastwood. Pour autant, si je suis un grand fan de l'oeuvre de Ford ("La prisonnière du désert", "L'homme qui tua Liberty Valance", "La poursuite infernale", ou même comme tu le rappelles "Le sergent noir", film injustement méconnu que j'ai - me semble-t-il - critiqué il y a longtemps sur ce blog), ses films consacrés à la cavalerie ne m'ont pas fait rêver autant que ses westerns "traditionnels". En outre, je ne suis pas fan du petit couplet à la gloire de l'armée américaine et de ses hommes qui s'en dégage à chaque fois. Dans le genre western réhabilitant les indiens, as-tu vu également l'excellent "La flèche brisée" de Delmer Daves?

Christophe 05/03/2011 10:58

Un très belle critique, qui pointe très bien le caractère assez "innovant" de ce western et sur le rôle de Ford dans cette vision nouvelle des Amérindiens (voir aussi Les Cheyennes). Par contre, j'aurais mis une note bien plus élevée... Le western de Ford n'est évidemment pas celui de Leone ou d'Eastwood. Il faut le replacer dans le cinéma de son époque. Je te conseille de voir, si ce n'est déjà fait, Le sergent noir, un étonnant film de Ford, mélange de western, de film de procès, d'enquête policière, de plaidoyer antiraciste, sur un sergent afro-américain soupçonné d'avoir tué et violé la fille de son colonel, et d'avoir assassiné ce dernier. je l'ai decouvert il y a peu, car pas disponible en DVD en France.

Bob Morane 02/01/2011 19:59

Un fan tel que moi des amérindiens ne peut laisser passer le moindre western qui passe. J'ai forcément du voir dans ma prime jeunesse ce film et pressé de le revoir !

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