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10 Nov

Never forever

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« Priez, Sophie. Si vous voulez vraiment cet enfant, le Seigneur vous l’accordera »

 

New York. Sophie est mariée à Andrew, riche businessman issu de la communauté coréenne de la ville. Bien intégrés dans la haute société de la ville, riches, très amoureux l’un de l’autre, la vie du couple semble idyllique. En apparence seulement, car le couple souffre de ne pas pouvoir avoir d’enfant. Un problème venant d’Andrew et qui le rend particulièrement malheureux, le poussant même à tenter de mettre fin à ses jours. Et qui pousse Sophie à chercher toutes les solutions possibles pour donner cet enfant et rendre la joie de vivre à l’homme qu’elle aime. Au détour d’un couloir d’hôpital, elle rencontre un jeune homme, Jihah, coréen en situation irrégulière, postulant pour vendre son sperme. Sophie lui propose de le payer pour chaque rapport sexuel, jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte. Ce qu’elle ne pouvait pas prévoir, c’est qu’elle tomberait amoureuse de lui…

 

« Tu tournes en rond Sophie. Ce n’est pas Dieu qui va nous donner un enfant »

 

Now Films« Never Forever » est le premier long métrage de la réalisatrice américano-coréenne Gina Kim. Nouvelle production issu du cinéma indépendant américain, sorti sur quelques dizaines d’écrans et dans un anonymat quasi complet, il a pourtant été présenté lors du dernier Festival du film Américain de Deauville. Festival dont il est reparti avec le Prix du jury. De par son histoire personnelle et sa double culture – elle est née et a grandi en Corée, elle est venue plus tard étudier et travailler aux USA et a été professeur à Harvard – il était intéressant de voir quel regard Gina Kim pouvait porter sur la société américaine et sur les questions liées au racisme. C’était aussi l’occasion de voir comment aller se marier les influences cinématographiques coréennes et américaines, souvent diamétralement opposées.

 

« Une parfaite petite épouse américaine blonde : vous êtes le rêve américain »

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Gina Kim aime brouiller les pistes en développant plusieurs axes de réflexions et plusieurs thèmes dans son film. Ainsi, entre mélo, portrait de femme et réflexion portée sur le racisme ou sur l’acceptation des différentes communautés aux Etats-Unis, son film est difficilement classable dans un genre. Sujet sensible et audacieux, il est évident que ce projet était ambitieux. Malheureusement, on reste partagé devant le résultat qui reste malgré tout assez maladroit et inégal. La faute en premier lieu à un scénario pas toujours crédible (comme ce mari qui a tout pour être heureux et qui fait une tentative de suicide parce qu’il n’arrive pas à avoir d’enfant) et un peu pleurnichard et guimauve. Bref, la partie mélo est certainement la moins réussie du film. A l’inverse, on est saisi par le portrait social qui est dressé, entre poids communautaire (la belle-famille coréenne qu’on devine installée depuis plusieurs décennie et qui parle toujours entre elle en coréen même devant Sophie, tout en lui mettant une certaine pression pour qu’elle donne un enfant à leur fils), difficulté d’acceptation (même s’ils sont bien incérés dans tous les milieux, on sent malgré tout que la mixité de ce couple est quelque chose de peu courant), et racisme et discrimination (tant dans la difficile situation du clandestin, que dans la manière dont Sophie regarde Jihah, du moins au départ, à savoir comme d’un objet). Le tout se fait au service d’un portrait de femme qui se découvre une grande force et un capacité à aimer assez romanesque, coincé entre un mari qu’elle découvre méchant, et un amant qui se révèle plus attentionné et amoureux qu’on aurait pu le croire. Dommage que tout cela soit écrit avec tant de maladresses, de situations stéréotypées qui donnent un goût trop prononcé de déjà-vu à l’ensemble.

 

« - Vous payez souvent pour ça ?

   - Et vous ? Vous vous faites souvent payer ? »

 

D’autant que la mise en scène, comme dans la plupart des premières réalisations, reste assez inégale, alternant les séquences réussies (les moments avec Jihah sont très poignants, tout comme les scènes d’amour entre les deux amants, qui sont toujours filmées avec une belle sensualité) et les séquences ratées (aussi bien la scène où Andrew révèle violemment à sa femme qu’il a tout compris, que la fin, ouverte, qui se révèle incompréhensible et pas émouvante pour un sou). On pourra également souligner les problèmes de rythme dont souffre le film. A noter également la très jolie photographie. Côté interprétation en revanche, peu de choses à dire. Vera Farmiga, par la subtilité de son jeu, apporte une belle intensité à son personnage de femme fragile et forte à la fois, et contribue pleinement à maintenir le film à un niveau respectable. A ses côtés, David McInnis joue peut-être un peu trop de son physique de beau gosse, mais livre une prestation correcte. Mais côté masculin, c’est Jung-Wu Ha, acteur sud-coréen habitué des dernières réalisations de Kim Ki-Duk (« Time » ou encore le prochain « Souffle »), qui impressionne le plus par sa sensibilité.

 

« - De quoi avez-vous le plus envie ? De ce bébé ?

   - J’ai envie que les gens que j’aiment ne souffrent plus. Et je ne sais pas comment faire »

 

Au final, on reste assez partagé devant « Never forever », première réalisation de la réalisatrice américano-coréenne Gina Kim. Film ambitieux mais pas toujours maîtrisé, on ne pourra que regretter certaines situations, caricaturales et sentant trop le déjà-vu, qui empêchent le film de nous émouvoir et de nous convaincre pleinement. En revanche, l’intéressant métissage des influences cinématographiques, mêlant délicatesse et maniérisme purement asiatique et réalité sociale plus occidentale, est assez probant. On attendra donc avec intérêt le prochain film de Gina Kim, réalisatrice à suivre.

    



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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!