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23 Jul

Nous nous sommes tant aimés

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films Politiques-Historiques

Voilà un film qu'on ne présente plus et que je n'ai pas vu, pour une fois, par hasard. Il faut dire qu'il m'a été extrêment bien "vendu", autant  par les critiques dans la presse, lors de sa réédition en salle puis en dvd, que par l'insistance de quelque(s) personne(s) (spéciale dédicace à John, mon père). Après cela, que dire de plus pour présenter ce film cultissime, grand classique parmi les classiques pour tout cinéphile qui se respecte??? Pas grand chose, si ce n'est qu'il est donc réalisé par le grand Ettore Scola, auteur trois ans plus tard d'un des plus grands films italiens de tous les temps, "Une journée particulière". On peut également dire qu'il est porté par deux des plus grands acteurs italiens de l'après-guerre, Nino Manfredi et Vittorio Gassman. Et comme tous les films de Scola, il dresse un véritable portrait social de l'Italie d'après-guerre, à travers quelques anti-héros grandiloquents et jamais très sympathiques mais toujours regardés avec tendresse.

Mars Distribution

"Nous voulions changer le monde, mais c'est le monde qui nous a changé"

Car ce film, c'est avant tout l'histoire de trois hommes, trois camarades, dont l'amitié a été forgée dans les maquis des partisans (à priori une amitié solide donc) italiens contre les occupants nazis. Leur destin, sur les trente années suivantes, se suivra au gré de leurs rencontres, souvent fortuites, et sera peuplé de mensonges, de non-dits, et de désir pour la même femme qui mettra à mal leur amitié. Sur un scénario extrêment bien construit, Scola nous expose tour à tour les points de vue et les états d'âme des trois personnages, et la façon dont ils ont su concilier les idéaux pour lesquels ils se sont battus et ont risqué leur vie, et les réalités du quotidien. Sur cette base, Scola nous dresse un portrait assez amer, de trois hommes finalement assez individualistes, qui n'ont pas su être conciliant et trouver le bonheur. A l'exception d'Antonio, magnifiquement interprété par Nino Manfredi, qui épouse finalement la femme dont il est amoureux, mais qui n'a pas su, faute de tempérance sortir de sa condition, les deux autres personnages semblent s'être perdus en chemin, que ce soit Nicola, l'intransigeant militant communiste qui a sacrifié femme et enfant au nom de son militantisme, ou Gianni (Superbe Gassman), tout de dédain et de cynisme, qui a lui aussi laissé partir l'amour ainsi que ses idéaux pour une situation sociale en or.

"Le monde n'est pas si petit, il aura fallu 25 ans pour se retrouver"

La grande force de ce film est d'arriver à faire le parallèle entre le destin de ces anciens frères de sang, et celui de l'Italie de l'après-guerre, tiraillée politiquement entre les deux extrêmes, et très instable. Avec un scénario des plus intelligents et des dialogues remarquables, dont la grandilloquence n'a d'égale que l'amertume des personnages, Scola pose une grande question humaine sur la valeur des idéaux (faut-il y rester obstinément fidèle quitte à y sacrifier son propre bonheur?) sans vraiment y répondre. Sa mise en scène, très fluide compte tenu de la relative complexité du récit qui voit se succéder différentes époques, est comme toujours impeccable, et inventive, l'effet de mise en lumière hors du temps des personnages pour qu'ils expriment leurs pensées intimes à la manière de la pièce de théâtre que Luciania et Antonio vont voir, apporte beaucoup de poésie à l'ensemble.

"Notre génération est dégueulasse"

La perfection du jeu des acteurs principaux apporte une touche d'humanité supplémentaire, la palme revenant à Vittorio Gassman, génial en salaud plein de mépris, de suffisance, de cynisme, et finalement bien plus lucide et vulnérable que l'on croit. La scène où il s'imagine mourrir par balle en maquisard dans les bras de ses deux compagnons, comme celle où il discute avec sa défunte femme, en sont les plus grandes preuves.

Vittorio Gassman. Mars Distribution

"Je croyais que le grand amour reste le grand amour"

Avec ce "Nous nous sommes tant aimés", Ettore Scola signe un film d'une grande maturité, traitant de l'amitié, de la vie, des illusions et des idéaux. Si ses personnages apparaissent finalement, avec beaucoup d'amertume, comme étant des perdants (aucun d'entre eux n'a réussi le savant mélange entre convictions politiques et concessions menant à l'épanouissement d'une vie), il les traite avec beaucoup d'empathie, ce qui leur confère une grande humanité. Certaines scènes sont d'une force rare, comme le dernier repas des retrouvailles, 25 ans plus tard autour du même plat de pâtes, où Gianni fait croire qu'il est un pauvre gardien de parking alors qu'il est riche (ce dernier repas et cette trahison étant presque christiques). C'est sur ce constat désabusé que s'achève cette oeuvre majeure, sur une Italie qui a alors un peu "le cul entre deux chaises", et qui préfigure déjà la période noire des années 70-80. Un film formidable, à voir absolument.



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bobmorane75 29/07/2006 20:42

Merde alors !Voilà une magistrale critique d'un film que je n'ai pas vu, et dont j'ai une extrême envie de voir au plus vite, tant il est bien mis en valeur. D'autant qu'en effet, le parterre d'acteur est époustouflant. Tant de dieux du cinéma réunis sur un plateau d'or.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!