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10 May

Pale Rider, le cavalier solitaire

Publié par platinoch  - Catégories :  #Westerns

« Il y a très peu de problèmes qu’on ne puisse résoudre avec un peu de sueur et d’huile de coude »

Californie. Quelque part, dans une bourgade perdue dans le désert, une petite communauté de chercheurs d’or est constamment harcelée par la bande de Coy LaHood, le riche magnat de la région, qui tente en vain de les faire partir afin de récupérer l’exploitation de leurs parcelles, les dernières qu’il ne possède pas dans cette région minière. Alors que ces derniers semblent résigner à fuir suite à la dernière et violente intrusion des hommes de LaHood, un mystérieux cavalier solitaire surgi de nulle part prend la défense de l’un des chercheurs d’or alors que ce dernier se fait tabasser en ville. Afin de le remercier, ce dernier lui offre son hospitalité. Très vite, l’énigmatique cavalier va se prendre de sympathie pour la petite communauté et décide de rester pour les aider…

 

« Sacramento est un paradis : ils ont deux politiciens par immigré chinois et deux putes par politicien. S’ils avaient de l’or j’y habiterais ! »

Même s’il ne s’agit officiellement pas d’un remake, ce « Pale rider » - réalisé en 1985 par Clint Eastwood – est bel et bien une relecture dépoussiérée de « L’homme des vallées perdues », vieux classique du western réalisé par Stevens en 1953. Eastwood ne s’en est d’ailleurs jamais caché. Considéré comme un chef d’œuvre du genre, l’original souffrait néanmoins des affres du temps, ainsi que d’un scénario dont la morale facile semblait surannée. L’enjeu de cette relecture et de cette réactualisation était donc de taille, mais qui mieux que le grand Clint, l’une des plus grandes légendes du genre du western (« Le bon, la brute et le truand », « Impitoyable », « L’hommes des hautes plaines », « Pendez-les haut et court », « Josey Wales »), aurait pu mieux relever et réussir si brillamment un tel pari ? Car autant le dire tout de suite, il y arrive haut la main ! Tout d’abord, en modernisant intelligemment son propos. Ainsi, les rugueux chercheurs d’or remplacent les trop lisses paysans, et la cruauté des bandits (avec une surenchère bienvenue dans leurs exactions) en sort largement renforcée. Quant au personnage central – celui de l’aventurier infaillible qui a roulé sa bosse mais dont on ne sait rien – il prend ici une toute autre dimension. Apparaissant sur les prières d’une adolescente qui souffre des violences perpétrées contre sa communauté et qui souhaite trouver un protecteur, le personnage d’Eastwood prend d’entrée des allures mystiques. Sans nom, sans passé, peu bavard : son personnage demeure des plus énigmatiques, tel l’ange revenu des enfers et de la mort, comme le prouvent les cicatrices de balles sur son dos. Sa relation avec la communauté gagne en substance et en intérêt, notamment avec la relation qu’il entretien avec l’adolescente (qui remplace l'insupportable gamin de l'original) et sa mère, toutes deux éprises de lui bien que cette dernière soit déjà engagée auprès de l’ami d’Eastwood. De même, le final gagne en spectaculaire et en violence. Là aussi, ce n’est plus un tueur à gages cynique et glacial à qui le héros aura à faire, mais à un shérif énigmatique et corrompu, affublé de ses six adjoints, qui font penser aux cavaliers de l’Apocalypse.

« Si nous vendons nos terres aujourd’hui, à quel prix estimerons-nous notre dignité demain ? »

 

Western assez lent et symbolique, « Pale Rider » est bourré de références, tant aux westerns classiques qu’aux films de Sergio Leone, auxquels Eastwood rend hommage (l’habit du shérif et de ses hommes est identique à celui de Franck dans « Il était une fois dans l’ouest »). Stylé, racé, et d’une incroyable sobriété, « Pale Rider » nous montre encore l’étendu du talent de réalisateur d’Eastwood. Celui ne néglige pas non plus l’esthétisme de son film, comme le prouvent la formidable photographie granuleuse ainsi que la musique. Côté interprétation, Clint Eastwood crève une nouvelle fois l’écran. A l’image de sa réalisation dépouillé, il interprète un personnage assez austère, parfaite antithèse de son personnage de Blondin dans « Le bon, la brute et le truand », pour lequel son charisme naturel fait merveille. Face à lui, on retiendra les performances très justes de Michael Moriarty, de Carrie Snodgress, et de Sydney Penny. Tout juste regrettera-t-on que le méchant du film n’ai pas le charisme et le magnétisme que pouvait avoir Jack Palance dans la version originale. Pour autant, c’est bien la seule chose qu’on regrettera du film de 1953, tant la version dépoussiérée d’Eastwood est au final plus aboutie. Ce qui est certainement l’apanage des grands. Un excellent western, peut-être l’un des derniers westerns classiques de qualité en date. 



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Kleinhase 05/02/2009 00:31

Un très bon cru, même si ce n'est pas mon western "Eastwoodien" préféré. Ce personnage de pasteur solitaire et mystérieux me rappelle beaucoup le personnage de "L'homme des hautes plaines", du même Eastwood.

Bob Morane 19/05/2008 07:17

Je partage 100% ta très belle analyse du meilleur western qui est été réalisé. De bout en bout, on est pris dans cette histoire sobre à la réalisation hyper léché sans jamais nous faire décrocher. Du bon, du vrai, du pur western !

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!