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17 Jul

Persépolis

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films d'animation-Dessins animés

« J’avais deux grandes obsessions : me raser les jambes et devenir le dernier prophète de la galaxie »

 

C’était probablement le film le plus attendu de ce début d’été. Il faut dire que depuis sa présentation à Cannes et l’engouement unanime qu’il y a suscité, le film a bénéficié d’une bonne couverture médiatique dans tous les journaux et sites spécialisés. Malheureusement pour sa créatrice, Marjane Satrapi, « Persépolis » ne sera pas le premier film d’animation récompensé par une Palme d’or, et devra se contenter du Prix du jury, qu’elle partagera avec le film mexicain « Lumière silencieuse ». Le film est l’adaptation d’une série de quatre BD homonymes de Marjane Satrapi, sorte de journal intime où elle raconte sa jeunesse et les tourments politiques qui ont marqué cette période de sa vie. Impressions.

Diaphana Films

 

« Ce pays en ce moment, c’est la merde, ma fille ! »

 

L’Histoire :

 

1978, Téhéran. Marjane est une petite fille de 8 ans, qui vit dans une famille aisée et ouverte d’esprit. Elle rêve de devenir le dernier prophète et de sauver le monde. Dans un climat politique tendu, elle vit avec curiosité et exaltation les évènements qui vont conduire à la chute du Chah et de son régime. Mais très vite, le régime autoritaire est remplacé par un autre régime totalitaire, la République Islamique. Adolescente rebelle, ses parents l’envoie donc finir sa scolarité à Vienne, en Autriche, où Marjane découvre un autre type de société, vit une adolescence difficile, où elle se retrouve finalement dans une solitude extrême. Vingt années d’une vie et de politique iranienne vues à travers les yeux de la petite et adolescente Marjane, et la relation, forte, qu’elle entretien avec ses proches qui l’influencent à différents niveaux : ses parents, démocrates convaincus, sa grand-mère, libertaire, et son oncle, dissident communiste.

Diaphana Films

 

« J’avais connu une guerre, survécu à une révolution, et c’est une banale histoire d’amour qui a failli m’emporter »

 

La première impression qui ressort de ce film, c’est une grande émotion. Emotion tout d’abord pour le récit du destin de Marjane Satrapi, qui évite en permanence tout misérabilisme, mais qui démontre par quelques anecdotes bien choisies la bêtise et la cruauté du sort. Que ce soit l’évocation de sa grand-mère, vieille dame savoureuse et indigne, avec qui elle entretien une relation particulièrement forte et qu’elle ne reverra plus lorsqu’elle décide de partir, ou l’évocation de ses parents, intègres, qui jusqu’au bout auront également tout fait pour préserver la vie de leur fille, et surtout son oncle, dissident communiste, libéré à la chute du Chah et exécuté aussitôt l’euphorie de la chute du régime passée et le régime islamique mis en place. Toutes ces histoires sont racontées sans haine, mais avec beaucoup de nostalgie, jouant en permanence sur le fil ténu des émotions.

Diaphana Films. Diaphana Films

 

Le deuxième niveau de lecture est encore plus intéressant, puisqu’il dénonce le régime en place. La grande force de Satrapi, c’est de faire une dénonciation sur le mode de l’universel. Elle commence par démontrer avant toute critique que le régime du Chah était une dictature, comme l’est l’actuelle République Islamique, évitant ainsi tout manichéisme. Ensuite, elle peint le portrait d’un état autoritaire, où les libertés disparaissent au profit de nouvelles lois et de nouveaux mœurs contraignants (reproches les plus dingues sur la manière de s’habiller, cours d’art où le nu artistique est prohibé et proscrit, traque des haleines alcoolisées et corruption des gardiens de la révolution). Dans tous les cas, elle dénonce avec force la privation de libertés et le statut de plus en plus contraignant pour les femmes.

Diaphana Films

 

« Nous recherchions tant le bonheur que nous finîmes par oublier que nous n’étions pas libres »

 

Sur la forme, Satrapi réalise un film audacieux, reprenant le graphisme assez simple et épuré de sa bande-dessinée. Bien plus profond qu’il n’y paraît, son dessin épuré, mélé à un certain humour de BD, lui permet d’aborder avec beaucoup de légèreté des sujets vraiment graves. Avec un noir et blanc très stylisé (la couleur n’apparaît que pour les très rares scènes se déroulant au temps présent), elle nous raconte un passé finalement assez sombre. Pour autant, au niveau du scénario, Satrapi prend garde à ne jamais sombrer dans le drame le plus noir qui soit, et si elle arrive à préserver de vraies plages d’émotions pures dans certaines scènes (la visite à son oncle en prison, ses années de dérives à Vienne, la dernière nuit avec sa grand-mère), elle sait également manier l’humour avec beaucoup de subtilité (son enfance pendant la chute du Chah, la transformation de son corps), celui-ci permettant de donner à ce « Persépolis » un ton vraiment original, surtout pour traiter d’un sujet aussi grave.

Satrapi peut aussi s’enorgueillir d’un casting de voix phénoménal, en tête desquels brillent particulièrement Chiara Mastroianni (dans le rôle de Marjane adolescente et femme), et Danielle Darrieux, très brillante en grand-mère au franc parler impressionnant. On y retrouve aussi d’autres pointures comme Catherine Deneuve et Simon Abkarian.

Diaphana Films

 

« C’est la peur qui nous fait perdre nos consciences »

 

Pour conclure, avec ce « Persépolis », Marjane Satrapi réalise un coup de maitre, adaptant sa célèbre bande-dessinée, sorte de journal intime de sa jeunesse, sur grand écran. Avec un graphisme à la fois simple en apparence et profond et stylé à la fois, elle nous livre une chronique douce-(très)amère sur sa jeunesse en Iran, bouleversée par les évènements politiques graves qui ont secoué ce pays ces trente dernières années. Elle en profite pour critiquer de manière intelligente et caustique le régime en place, se rebeller contre les lois liberticides et la condition de la femme. Avec ce grand film, sorte d’appel à la liberté, Marjane Satrapi réalise probablement le film d’animation le plus intelligent de ces dernières années. Une réelle réussite, un film qu’il est essentiel de voir !



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Fritzlangueur 17/07/2007 20:33

Avec une simplicité et un esprit libre, Satrapi délivre un vrai message de paix et d'espoir qui vont droit au coeur, et de plus universel.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!