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03 Jul

La personne aux deux personnes

Publié par platinoch  - Catégories :  #Comédies

« Deux fois que ma chanson passe en un mois, les affaires reprennent !!! »

Gilles Gabriel, chanteur des 80's en plein come-back, est tué dans un accident de voiture causé par Jean-Christian Ranu, comptable à la COGIP. Mais Gilles Gabriel n'est pas totalement mort : son esprit bien vivant a atterri dans le corps de Ranu, qui ne comprend pas qui est cette personne qui parle dans sa tête. Gilles, lui, n'a aucun contrôle des mouvements de son hôte. Gilles et Ranu vont vite se rendre à l'évidence : ils n'ont rien en commun, sauf ce corps qu'ils vont devoir partager. C'était déjà compliqué chacun de leur côté... alors maintenant, à deux dans la même personne...

 

« Je voudrais savoir quelle différence il y a entre une personne qui serait folle et qui entendrait des voix, et une personne normalement constituée qui aurait quelqu’un d’autre dans sa sphère ORL ? »

Faux clip, single efficace appelé à devenir culte, fausses interviews, pages consacrées à Gilles Gabriel sur MySpace, Facebook et Wikipédia, doublées pour ce dernier par une remarquée montée des marches à Cannes, la sortie de cette « Personne aux deux personnes » était précédée d’un buzz d’enfer comme on en a rarement l’habitude dans le paysage cinématographique français. Et comme les dernières comédies made in France sorties cette année étaient d’une tonalité bien convenue (« Bienvenue chez les Ch’tis », « Astérix aux Jeux Olympiques », « Disco »), le fait que cette comédie soit estampillée « humour Canal+ » ne pouvait que laisser présager de bonnes choses. Car en effet, les scénaristes et réalisateurs de ce film ne sont autres que Nicolas et Bruno, qui s’étaient fait connaître il y a quelques années de cela en créant les hilarants « Messages à caractères informatiques » pour Nulle Part Ailleurs, petits sketches basés sur le détournement de vieux films d’entreprises ringards. On y retrouve ainsi plusieurs visages de la chaîne cryptée, en l’occurrence Alain Chabat, ici acteur et producteur, ou encore Marina Foïs, ex-Robin des Bois.

« Ce n’est plus vous. C’est moi avec vous dans moi. C’est ça qui est difficile à comprendre pour les autres »

Au départ, on se laisse un peu porté par cette comédie qui prend un peu des allures d’ovni. La dégaine de Chabat, et plus encore celle de Auteuil sont incroyablement ringardes et décallées, et les personnages se retrouvent dans une succession de situations plus loufoques les unes que les autres. Un démarrage des plus déroutants donc. Et pourtant. Très vite, on accepte le postulat de départ, et on arrive à effacer les identités des comédiens pour ne plus voir que leurs personnages gentiment ringards. Et il faut en venir à l’évidence : Nicolas et Bruno ont fait très fort. Tout d’abord dans la confrontation de ces deux personnages : Le ringard qui va venir motivé et dynamiser un looser encore plus ringard que lui. Il fallait y penser !!! D’autant que les deux portraits sont dressés sans aucune moquerie (contrairement aux films de Dubosc, qui taillent souvent les petites gens de façon facile). En ressort une extrême drôlerie, tant dans la description du quotidien très décalé d’Auteuil (ses plateaux repas, son appartement atroce, le fait qu’il dorme habillé) que le temps de quelques scènes touchées par la grâce (Auteuil en costard ringard qui règle ses comptes avec ses collègues qui le méprisent, avant un final hallucinant et hilarant durant lequel il chante un hymne très personnel à la gloire de la COGIP devant ses supérieurs). Avec en prime quelques clins d’œil aux « Messages à Caractères informatifs » (Jean-Jacques Style) qui s’insèrent ici parfaitement. L’autre point fort de notre duo de réalisateurs, c’est d’avoir réussi à construire un univers autour de cette « Personne aux deux personnes », qui traduit un regard critique de leur part envers notre société actuelle. Un regard critique vis-à-vis du monde de l’entreprise (celui-ci est filmé dans des cadres très impersonnels, très étouffants, les collègues étant toujours faux et fourbes, et peu enclins à s’ouvrir aux autres pour des raisons de concurrence), comme vis-à-vis de nos comportement et du regard que l’on pose sur les autres. A des degrés divers, Ranu et Gabriel sont repoussés en marge par leur entourage qui leur reproche leur côté ringard, alors que tous deux sont en quête permanente de reconnaissance et d’amour. Ranu est d’ailleurs encore plus isolé lorsqu’il parle à celui qui « l’habite », les autres le prenant pour un fou. Une vision très critique de cette société individualiste, formatée et sans fantaisie, uniquement basée sur les apparences.

« Même avec toi dans moi, je me sens toujours aussi seul comme un chien »

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Sur la forme, Nicolas et Bruno réussissent un film à la mise en scène très soignée. Du choix des décors, des costumes, de la photographie – volontairement blafarde et froide, non seulement rien n’est laissé au hasard, mais tous les éléments se combinent parfaitement pour créer cette ambiance étouffante de solitude. Mais plus que tout, c’est qu’ils ont su aller au bout de leur délire, toujours totalement assumé, sans l’ensemble soit rébarbatif. Ceci est principalement du à un montage convaincant et dynamique, réduisant la durée à un peu moins d’une heure trente, soit la durée idéale pour que le délire ne paraisse pas lourdingue. De plus, avec beaucoup d’intelligence, les réalisateurs ont su préserver un switch final, qui vient donner un peu plus de profondeur au film. L’autre grande force de ce film tient dans sa capacité à faire la part belle aux acteurs. De toutes les scènes, Daniel Auteuil est assez génial, jouant avec beaucoup d’autodérision de son image un peu lisse. Il fait étalage d’un grand potentiel comique, dans un registre beaucoup plus profond que celui des comédies misérables qu’il faisait à ses débuts (période « Les sous-doués »). A ses côtés, Chabat (toujours présent sur le plateau), apporte une belle complémentarité, même si celle-ci est essentiellement vocale. Enfin, Marina Foïs est une nouvelle fois impeccable en cadre supérieure revêche. Originale, intelligente, et très drôle, cette « Personne aux deux personnes » est une comédie très réussie qui s’offre également le luxe d’être subtile et fine. Un petit ovni charmant, la bonne surprise qu’on attendait plus dans le registre de la comédie française !

  



Commenter cet article

Bob Morane 06/07/2008 08:19

Vraiment une très belle surprise que ce film complètement déjanté. Moi qui n'aime pas trop Auteuil habituellement, m'a littéralement plu dans ce role qu'il assume avec une aisance géniale. Quelques petites longueur, mais oublié par la qualité magistral du jeu et du scénario.

Platinoch 04/07/2008 18:07

C'est clair!!! J'aurais pu en mettre d'autres! Maintenant, j'ai surtout fait avec celles dont je me souvenais!!! Mais le coup où Ranu parle de son amour pour le céléri rémoulade, ou la conversation qu'il a avec G Gabriel lorsqu'il va aux toilettes étaient par exemple tout aussi géniaux!!!
Mais je crois que ce que j'ai préféré c'est sa chanson à la gloire de la COGIP...dommage que je n'ai pas retenu les paroles (ni l'air d'ailleurs!)

VincentLesageCritique 04/07/2008 17:37

Entièrement d'acc ! Juste une question : ça n'a pas été trop compliqué le choix des répliques avec ce film-là ? Parce qu'il y avait des tas d'autres, mais vraiment des tas ! Voire le scénario entier !

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