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05 Feb

Reviens-moi

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« Désole pour la lettre. Ce n’était pas la bonne version. Il y a eu une erreur. »

Angleterre, été 1935. La famille Tillis a pris ses quartiers dans son immense maison victorienne. En attendant l’arrivée du chef de famille, retenu en ville pour ses affaires, et celles de Leon, le fils aîné qui revient de l’université pour l’été avec son ami Paul, la petite famille profite de l’immense propriété pour trouver un peu de rafraîchissement pour faire face à la canicule qui frappe la région. Persuadée d’avoir un don pour l’écriture, la jeune Briony, douze ans et en mal de frissons et d’aventures, s’invente des histoires et écrit des pièces de théâtre. Elle assiste également, avec une pointe de jalousie, à l’idylle naissante entre sa sœur aînée, Cecilia, et le fils de la gouvernante, Robbie. Mais un soir, la jeune cousine est victime d’un viol. Surprenant le ravisseur au moment de sa fuite, Briony se persuade à tort qu’il s’agit de Robbie. Une accusation tragique, qui bouleversera à jamais la vie de Robbie et celle de sa sœur… 

« Je te remercie de m’avoir sauvé la vie. Je te serais éternellement reconnaissante. »

 

Après avoir adapté il y a deux ans « Orgueil et préjugés », l’un des principaux romans de Jane Austen, Joe Wright s’attaque de nouveau à l’adaptation d’un autre classique de la littérature romantique britannique, en l’occurrence « Expiation » de Ian McEwan (auteur déjà plusieurs fois adapté sur grand écran en Grande-Bretagne), publié en 2001. Pari d’autant plus relevé que ce roman, qui a été un best-seller outre-Manche, était réputé inadaptable au cinéma en raison de sa difficile construction en flash-back et de l’approche très introspective des personnages. Pour mener à bien son projet, Wright s’est entouré d’une partie de l’équipe déjà présente devant et derrière la caméra sur le tournage de « Orgueil et préjugés ». On reconnaîtra donc notamment Keira Knightley et Brenda Blethyn, déjà présente au générique de l’adaptation du roman de Austen. Gros succès en Grande-Bretagne, « Reviens-moi » y fait figure de film de l’année. Présenté en ouverture du Festival de Venise 2007 où il était en compétition, le film a décroché 2 Golden Globes (pour un total de 7 nominations) pour le meilleur film dramatique et la meilleure musique, et compte sept nominations aux Oscars, dont meilleur film et meilleure actrice pour un second rôle pour la jeune Saoirse Ronan.

 

« - Comment un gars de la haute avec de l’instruction finit par se retrouver troufion ?

   - Quand on sort de prison, on ne te prend pas comme officier »

 

Flirtant entre mélo, tragédie, guerre, et introspections, ce « Reviens-moi » surprend tout d’abord par sa construction narrative décousue faite de flash-back et de répétitions de scènes identiques imposant le regard des différents protagonistes sur un même événement. Si l’exercice scénaristique semble de prime abord assez périlleux, on doit reconnaître qu’il est ici hautement réussi. Car la force du film de Wright tient bel et bien dans ce mélange des genres, où l’amour se montre plus fort que tous les coups du sort. Plus fort que les drames, que les injustices, que les séparations, plus fort que la vie qui décide de foudroyer en plein vol ces jeunes amants, encore à un âge insouciant, et où tous les possibles s’offrent à eux. Autant d’éléments et d’évènements distillés avec toute la finesse et la subtilité anglaise, qui rendent ces deux jeunes amants particulièrement attachants et émouvants, et qui magnifient cette grande histoire d’amour. De très loin, par sa retenue et sa pudeur, c’est même l’une des plus belles histoires d’amour qui nous ait été donnée de voir ces derniers temps sur grand écran (probablement depuis le « Eternal Sunshine of the spotless mind » de Gondry). Pour autant, Wright ne néglige pas non plus l’aspect introspectif qui fait le sel de ce roman. Jalousie, bêtise, remords, regrets, lâcheté, on observe le personnage de Briony traverser ces différents états avec une remarquable justesse, le poids de la culpabilité allant grandissant avec l’âge et l’anéantissement de toute chance de réconciliation et de pardon par un destin décidément cruel. Une intelligence dans l’observation, une épaisseur dans la réflexion, qui donnent un petit quelque chose en plus à ce « Reviens-moi » par rapport aux autres fresques romanesques et romantiques made in Angleterre.

 

« Je suis vraiment désolée de la souffrance que j’ai causée »

 

Si le scénario est particulièrement bien construit et accrocheur, la forme du film n’est pas en reste. La réussite de celui-ci doit d’ailleurs beaucoup à la belle réalisation soignée de Joe Wright. Non content de bénéficier d’une adaptation réussie du roman original, Wright nous prouve qu’il est aussi maître dans l’art de recréer des atmosphères et des ambiances. On ne peut ainsi que souligner le travail soigné sur la photographie et sur la lumière, contribuant dans la première moitié du film à imposer cette atmosphère de canicule, cette moiteur très sensuelle, théâtre des désirs physiques de chacun. Dans la seconde moitié, d’autant plus austère qu’elle se déroule pendant la guerre, on pourra également admirer le beau travail de reconstitution des décorateurs. La scène où Robbie arrive finalement avec son escouade sur la plage de Dunkerque – un long plan séquence de plusieurs minutes – est très certainement une des plus maîtrisée que l’on ai pu voir depuis longtemps. Mais le talent de Joe Wright réside aussi dans sa direction d’acteurs. Keira Knightley et James McAvoy en tête : par leur jeu terriblement à fleur de peau, par leur charme, et par leurs beautés peu classiques, l’alchimie qui s’opère en fait un formidable couple de cinéma. On est tout autant emballé par la performance de la jeune Saoirse Ronan, espiègle, malicieuse, capricieuse, et incroyablement dure, elle semble faire preuve d’une incroyable maturité pour son âge dans la compréhension d’un rôle pourtant difficile. Derrière, les seconds rôles sont relativement peu exposés, et les interprètes assez inégaux. Romola Garai livre une prestation très correcte mais un cran en dessous de ses partenaires. Il faut dire qu’elle a l’ingrate tâche de jouer la seule scène inutile et trop clichée de ce film, à savoir celle de la conversation avec un soldat français mourant (interprété de manière assez caricaturale par Jérémie Rénier). A noter la courte mais toujours appréciable présence de Vanessa Redgrave et celle plus inattendue du réalisateur Anthony Minghella (à qui l’on doit entre autre « Le patient anglais »).

 

« Cecilia, l’histoire peut reprendre. Je reviendrai. Je te retrouverai, t’aimerai, et t’épouserai. Et je pourrai reprendre ma vie sans honte »

 

Attendu comme une des grosses sorties de ce début d’année, « Reviens-moi » est tout à fait à la hauteur de sa réputation et s’impose comme l’un des films les plus émouvants sortis sur nos écrans ces derniers mois. Loin des mélos qui pullulent sur nos écrans, le film nous charme par son parti pris pour la retenue plutôt que pour un traitement plus larmoyant des grands sentiments. Fort d’un travail d’adaptation remarquable, « Reviens-moi » est également l’œuvre d’un réalisateur, Joe Wright, qui confirme tout le bien qu’on pensait de lui et de son travail depuis « Orgueil et préjugés ». Emportés dans un tourbillon dramatique sans fin, Keira Knightley et James McAvoy illuminent le film par la finesse de leur jeu et par leur charme. Reste un titre français assez obscur, « Reviens-moi », qui ne correspond pas du tout à l’esprit de cette histoire. Le nom du roman, « Expiation », semblait beaucoup plus approprié pour évoquer la complexité de cette histoire dans sa globalité. Un détail sans importance à la vue de ce grand et beau film.

    



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Bob Morane 06/02/2008 10:38

Film romantique à souhait, sans tomber dans le piège eau de rose et fleur bleue, évitant de forcer la larmichouille. très belles scènes, belles images, et les acteurs au ton juste.

Melissa 05/02/2008 20:16

Magnifique film, émouvant et touchant. Je l'ai même préféré au livre.

ffred 05/02/2008 19:43

Un grand et beau film en effet. Mon préféré de janvier. En tout cas bravo pour ton très bel article.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!