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01 Mar

Sans plus attendre

Publié par platinoch  - Catégories :  #Comédies

«- Que faites-vous à l’hôpital ?

   - J’essaie de m’accrocher à la vie !  »

 

Edward Cole, riche homme d’affaires spécialisé dans la gestion d’hôpitaux, à tout du jouisseur abusant des plaisirs de la vie. Pourtant, un jour, le cancer le rattrape. Contre sa volonté mais en concordance avec sa logique commerciale, il se retrouve contraint de partager sa chambre avec un autre patient traité pour un cancer, Carter. Ce dernier, mécano qui aurait aimé devenir professeur de philo, est un homme calme et très cultivé, passionné de jeux télévisés de culture générale. Dans un premier temps, la cohabitation s’avère difficile, d’autant plus que les deux hommes sont assez opposés. En effet, Edward en vieux séducteur et renard des affaires est un homme plutôt solitaire et démonstratif tandis que Carter, d’un tempérament plus réservé et sage, mène une existence plus calme, marié à la même femme depuis près de 50 ans. Si peu à peu les deux hommes apprennent à se connaître par la force des choses, l’annonce faite par les médecins de l’incurabilité de leur maladie finit de les lier. Un jour, Edward surprend Carter en train de rédiger une liste des choses qu’il aurait aimé faire avant de mourir. Trouvant l’idée intéressante et plus que jamais animé d’une irascible envie de vivre et de profiter de ses derniers mois, il propose à Carter de le suivre pour un dernier tour du monde, où ils pourront réaliser leurs derniers rêves…

 

« Et dire qu’il y a des veinards qui font des crises cardiaques! »

 

« Sans plus attendre » est le quatorzième long métrage pour un Rob Reiner qu’on dit sur le déclin. En effet, plus de vingt ans après ses débuts prometteurs ponctués de succès critiques et publics comme « Stand by me » (1987), « Quand Harry rencontre Sally » (1989), « Misery » (1991), « Des hommes d’honneur » (1992), Rob Reiner semble avoir perdu quelque peu le goût pour les scénarios efficaces et intelligents, ainsi que pour les mises en scènes alertes, comme en attestent les déceptions de « Une vie à deux » (2000), « Alex et Emma » (2003), ou encore « La rumeur court » (2006), sorte de suite inspirée par le film « Le lauréat » de Mike Nichols. Reiner dit avoir eu le coup de foudre à la lecture de ce scénario et eu aussitôt l’envie de le réaliser lui-même. Pas très rassurant quand on sait que le scénariste Justin Zackham reconnaît volontiers l’avoir écrit rapidement, en deux semaines. Reste que ce film donne l’occasion à Reiner de réunir deux monstres sacrés du cinéma américain : le prolifique Morgan Freeman, et surtout Jack Nicholson. Ce dernier, de plus en plus rare sur les écrans (seulement 6 films en dix ans), retrouve donc Reiner, quinze ans après « Des hommes d’honneur ».

 

« Je te donne quelques conseils pour le reste de ta vie : vidange aussi souvent que possible, réjouis toi de chacune de tes érections, et méfie-toi toujours de tes pets »

 

Sujets plus que jamais à la mode, la vieillesse, la maladie, et le travail d’acceptation de la mort ont donné lieu à de nombreux films ces dernières années. On peut citer ainsi les récents « La famille Savage » (Jenkins – 2008), « Les toits de Paris » (Saleem – 2007), ou encore « Monsieur Schmidt » (Payne – 2002). Pour autant, regroupant tous ces thèmes, la palme de la réussite revient au très délicat et touchant « Ma vie sans moi » de Coixet. Avec Rob Reiner aux commandes, on sait que nous n’aurons pas droit à un film franchement sensible et émouvant mais plus à une comédie douce-amère adressée au grand public. Et en cela, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce « Sans plus attendre » ne nous trompe pas sur la marchandise. Ce qui constitue de fait son gros défaut ! Car en matière de sensibilité et de délicatesse, Reiner est plus qu’un ovni, c’est un obstacle ! Léger comme un parpaing, fin et intelligent comme un film de Thomas Langmann, ce « Sans plus attendre » accumule des lieux communs et des clichés pour au final nous imposer un joli petit discours moraliste, politiquement correct et bien pensant. Et c’est dommage, car cette histoire de tour du monde et de papys casse-cous prêts à tout pour profiter au maximum de leurs derniers jours, donnait matière à bon nombre de situations incongrues, irrévérencieuses, qui pouvaient pour autant être très touchantes. Au lieu de ça, Reiner se vautre et se complait dans le pathos tire-larmes : entre l’histoire de la fille de Edward qui ne lui parle plus à tort, faisant par là de son personnage un homme blessé et un père remarquable, et l’humilité exagérée du personnage de Carter (« jeune, black, et fauché », il n’a pas pu finir ses études et se réaliser, obligé de devenir mécano, l’homme n’a plus l’étincelle pour sa femme, mais reste avec après toutes ces années et comme c’est un homme droit et vertueux, va refuser de la tromper une nuit à l’autre bout du monde, à quelques semaines de la mort – que de clichés !!!) , le film nous impose finalement sa morale très puritaine à l’américaine, sur l’importance de la famille et de l’amitié, seules valeurs satisfaisantes à l’heure des bilans d’une vie. Pour ce qui est des réflexions profondes sur le sens de la vie et les regrets, on repassera ! Du coup, les 400 coups amorcés par nos deux septuagénaires manquent de panache, tournent à vide et les salaceries d’Edward paraissent vite hypocrites.

 

« J’aurais aimé te rencontrer avant notre mort »

 

Côté réalisation, le film de Reiner ne brille pas non plus par son originalité ni par sa créativité. Tout juste se contente-t-il de reprendre les mêmes recettes inhérentes à toute bonne comédie américaine familiale et mièvre. De la photographie, particulièrement toc, aux cadrages ultra-conventionnels, en passant par les avalanches de lieux communs (La Côte d’Azur avec ses boulistes et Edith Piaf, l’Inde et le Taj Mahal, l’Egypte et ses pyramides, les retrouvailles post-mortem où les héros se retrouvent de manière égalitaire dans les mêmes boites de café, sans parler de l’épreuve de la prostituée pour Carter, orchestrée par Edward) superficiels et prévisibles, peu de choses sont à retenir de la mise en scène de Reiner. Sa direction d’acteurs semble toute aussi poussive et paresseuse, les comédiens se sentant obligés d’en faire des caisses inutilement. La palme revenant à Morgan Freeman, trouvant un énième rôle de vieil homme sage et humble, qu’il maîtrise jusqu’à la caricature. Face à lui, Jack Nicholson est pas mal non plus dans son numéro de cabotinage, pour autant, c’est à lui qu’on doit les quelques passages faisant sourire. Un bien maigre résultat pour ce film qui ne vole pas bien haut, tout juste divertissant, qui fait à peine sourire à une poignée de reprises. Rob Reiner confirme une nouvelle fois qu’il est sur le déclin. Dispensable.    



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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!