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14 Oct

Sayonara

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« - Katsumi ? C’est quoi ce bled ? – C’est pas un bled, c’est le nom de la fille que je vais épouser »

1953, Guerre de Corée. Fraichement diplômé de la prestigieuse académie de West Point, le Major Gruver s’est forgé une réputation de héros de guerre grâce à ses redoutables combats et à ses précieuses victoires aériennes. Fondu dans le moule militaire, avec ce que cela comprend de morale, d’obéissance et de zèle, il se prépare une grande carrière dans l’armée, à la hauteur de celle de son général de père. Pourtant, alors qu’il souhaite rester au front, il est muté à l’arrière, au Japon, sur les ordres du Général Webster, dont il doit épouser la fille, Eileen. Des plans déjà tout tracés en apparence. Pourtant, il est accompagné par son aide de camp, Kelly, qui doit profiter de ce retour au Japon pour y épouser une autochtone, malgré les consignes strictes de l’armée, qui désapprouve clairement ces unions mixtes et qui tente de s’y opposer par tous les moyens. Critiquant ouvertement Kelly pour son choix qu’il n’arrive pas à comprendre, Gruver tente vainement de dissuader ce dernier. Jusqu’au jour où il croise la belle Hana-Ogi, icône de la prestigieuse académie de théâtre locale, dont il tombe immédiatement amoureux…

« Les hommes les plus malheureux que je connaisse sont ceux qu’on a forcé à faire quelque chose contre leur gré »

Metteur en scène reconnu à Broadway, Joshua Logan aura mené une carrière beaucoup plus discrète et inégale en tant que réalisateur de cinéma, et ce en dépit de ses trois nominations aux Oscars dans la catégorie Meilleur réalisateur. Réalisateur d’à peine une petite dizaine de films, on citera dans sa filmographie deux films avec Marylin Monroe, « Picnic » en 1955 et « Bus Stop » en 1957, « Fanny » en 1961 avec Leslie Caron et Maurice Chevalier, ou encore « La kermesse de l’ouest » en 1969, son dernier film, un improbable western musical porté par Eastwood et Lee Marvin. Daté de 1957, « Sayonara » est adapté d’une nouvelle de James Michener. Pour la petite histoire, le rôle principal fut d’abord proposé à Rock Hudson puis à William Holden, qui le déclinèrent pour jouer respectivement dans « Pour qui sonne le glas » et « Le pont de la rivière Kwaï ». Côté féminin, Audrey Hepburn se vit proposer le rôle de Hana-Ogi mais le refusa pour la simple raison qu’elle savait qu’elle ne pourrait être crédible dans le rôle d’une asiatique. Nommé 10 fois aux Oscars 1957 (dont meilleur réalisateur et meilleur acteur pour Brando), il repartit avec quatre statuettes, dont celle de meilleur acteur dans un second rôle pour Red Buttons, et Meilleure actrice pour un second rôle pour Miyoshi Umeki, qui devint à cette occasion la première actrice asiatique à obtenir un Oscar.     

« Je n’ai jamais aimé d’amour. Mais j’en ai souvent rêvé. Je n’aimerai plus d’amour dans l’avenir. Mais je vous aimerai vous, Lloyd, si c’est ce que vous désirez »

Un jeune officier prometteur à l’aube d’une grande carrière dans la plus pure tradition militaire, et par ailleurs héros de la guerre de Corée est muté à l’arrière, au Japon, sur les ordres d’un Général dont il doit épouser la fille. A cheval entre la fougue insouciante des soldats de « Tant qu’il y aura des hommes », de l’exotisme des « 55 jours de Pékin », et d’une romance rendue impossible par le choc des cultures façon « Mrs Butterfly », « Sayonara » est une grande fresque orientaliste mêlant grands sentiments et exotisme hollywoodien. Mais le propos se  fait souvent moins lisse, plus corrosif et contestataire que d’autres films du genre. Car il traite de sujets forts, souvent encore tabous à l’époque comme le choc des cultures ou le racisme. Sauf que pour une fois, l’Amérique n’a pas le bon rôle et n’en sort pas grandi. Certes, les Japonais n’y aiment pas les américains, blessés par cette force d’occupation qui leur rappelle leur capitulation (et leur déshonneur) récente et qui de surcroit « volent leurs femmes ». Mais les Américains ne sont pas présentés ici comme étant irréprochables : ne respectant rien (à l’image d’un Brando allant affirmer à la star nationale du traditionnel et séculaire théâtre Kabuki qu’il « manquait une Marylin sexy » pour qu’il puisse s’intéresser à la pièce !), se conduisant en cowboys grossiers et racistes qui vont jusqu’à pratiquer une forme de ségrégation raciale dans le pays qu’ils occupent pourtant (les japonais ne sont pas admis à l’hôtel des officiers américains, les barmans sont traités comme de la merde). Plus que tout, sans avoir l’air de rien, le film ose s’attaquer frontalement aux valeurs alors fondamentales et intouchables de l’Amérique : son armée et l’establishment qu’elle représente. Cette armée toute puissante qui n’hésite pas à envoyer sa jeunesse au sacrifice mais qui refuse, à grands coups de morale puritaine et raciste, de voir cette même jeunesse se mélanger et épouser « des femmes indigènes ». Hypocrite jusqu’au bout, le système mis en place allait jusqu’à accepter bon gré mal gré en dernier recours un mariage au Consulat, mais refusant derrière de délivrer des permis de séjours aux compagnes nipponnes. Alors qu’importe si on a du mal à croire au coup de foudre entre Gruver et Hana-Ogi. Au fur et à mesure, le spectateur découvre la vaste étendue de l’hypocrisie du système, en même temps que Brando, d’abord figé sur ses positions conservatrices, qui va se montrer de plus en plus compréhensif puis acquis à la cause au fil de l’évolution de son histoire personnelle et de sa romance avec Hana-Ogi. Pour magnifier l’ensemble, les décors orientalistes un peu clichés mis en valeur par le Technicolor donnent une dimension assez enchanteresse à l’ensemble, que seule l’extrême longueur du film (près de 2h30) pourrait pénaliser. Quant au casting, avec en tête les géniaux Marlon Brando, James Garner et Red Buttons, il est à la fois impeccable et impérial. En dépit des affres du temps, « Sayonara » demeure une belle histoire. Et un grand film.



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Bob Morane 19/10/2008 14:03

Très bon film au message qui a du choquer en son temps, et pas qu'aux states. Malgrès quelques longueurs qui plombent un peu, il n'en reste pas moins un superbe film aux images magnifiques. Et un Marlon Branbo excellentissime.
"Dites leur sayonara de notre part"

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!