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12 Jun

Secrets et mensonges

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

Dans le cadre de son concours « Blogueurs, faites votre cinéma ! », Priceminister m’a proposé de critiquer le dvd du film « Secrets et mensonges » de Mike Leigh.

« T’as pas demandé à venir au monde mais je n’ai pas demandé à t’avoir non plus ! »

A la mort de sa mère adoptive, Hortense, une jeune femme noire de vingt-sept ans, décide de partir à la recherche de sa véritable mère. Elle apprend avec stupéfaction que sa vraie mère, Cynthia, est blanche et qu'elle a une fille de vingt ans, Roxanne, avec laquelle elle vit.

Quant à Cynthia, elle est paniquée quand elle apprend l'arrivée de cette enfant oubliée depuis longtemps.

Palme d'or au Festival de Cannes en 1996 et Prix d'interprétation féminine.

« Vous avez légalement le droit de rechercher votre mère naturelle mais elle n’a peut-être pas trop envie de vous voir »

Metteur en scène de théâtre, Mike Leigh fait ses classes audiovisuelles à la BBC durant les années 70. Au même titre que Ken Loach et Stephen Frears, réalisateurs avec lesquels il participe dès les années 80 au renouveau du cinéma social anglais. S'intéressant au quotidien de classes ouvrières et populaires de l'Angleterre post-thatcheriste, il signe des films souvent assez durs traités sur le mode de la tragi-comédie. Son quatrième film, « Naked », est récompensé du Prix de la mise en scène et du Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 1993, lui permettant d'accéder à la reconnaissance internationale. La Croisette continuera à lui porter bonheur puisque son film suivant, « Secrets et mensonges », y obtient trois ans plus tard la Palme d'or au terme d'une compétition des plus relevée (face notamment à « Fargo », « Breaking the waves », « Crash », « Le huitième jour », « Ridicule » ou encore « Un héros très discret ») ainsi que le Prix d'interprétation féminine pour Brenda Blethyn. Une performance que le film ne rééditera pas aux Oscars, repartant bredouille de la cérémonie malgré ses cinq nominations.

« Ce qu’on n’a jamais eu ne peut pas nous manquer »

On connaissait son talent de chroniqueur de la société anglaise. Avec « Secrets et mensonges », Mike Leigh affine surtout son talent de portraitiste. A l’image de son personnage de photographe, qui parvient à immortaliser en un instant la vérité de ses modèles, Mike Leigh suit donc en parallèle les trajectoires de trois personnages liés par le sang mais que le destin, les secrets et les mensonges ont séparés. Trois destinées en quête de rédemption, donc. Trois êtres cabossés par la vie qui aspirent à voir leurs chemins converger. Mais pour cela, il faudra accepter de faire ressurgir la vérité, de crever les abcès. De se défaire des secrets et des mensonges. De ce que l’on a caché et falsifié au cours des années. Avec délicatesse, le cinéaste filme les silences et les non-dits qui ont fini par miner et briser la vie des protagonistes. Il use d’une infinie finesse pour décrire les rapports entre ses personnages et notamment cette étonnante scène de retrouvailles entre une mère et sa fille, neuf minutes de vérité brute, durant lesquelles Brenda Blethyn fait preuve d’une étonnante et désarmante sincérité. Très peu écrit, le film de Mike Leigh doit une grande partie de sa spontanéité aux talents d’improvisateurs de ses comédiens, trouvant son apogée dans un final dantesque aux accents terriblement british. Traitant avec beaucoup de subtilité des thèmes de l’adoption et de l’identité, « Secrets et mensonges » soulève de grandes questions : l’abandon d’un enfant ne peut-il pas être aussi une chance qui lui est donnée de sortir de sa condition sociale ? Le droit de connaitre ses racines est-il inaliénable ? L’une des belles qualités du film réside dans les beaux rôles de femmes qu’il dessine. A ce titre, les comédiennes sont toutes excellentes, Brenda Blethyn et Marianne Jean-Baptiste (Toutes deux nommées à l’Oscar de la meilleure actrice) en tête. Une fois de plus, Mike Leigh tient toutes ses promesses avec ce film qui mérite amplement sa Palme d’or.

 



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Bob Morane 12/06/2011 22:08

Une très belle critique qui donne envie de voir le film. A l'occasion, je n'y manquerai pas.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!