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24 Jun

Tabarly

Publié par platinoch  - Catégories :  #Documentaires

« Quand j’étais petit et qu’on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais ; amiral ! »

« On souhaite s'approcher de ceux que l'on admire, pour les écouter, les connaître. Mais ces hommes-là ne racontent pas leur histoire, ils la vivent. Rencontrer Eric est déconcertant. Un homme de discrétion et d'humilité. Une présence, imposante. Des mots simples et un humour pudique. Je regrette de ne pas l'avoir mieux connu. Mais si je l'avais connu davantage, en aurais-je su beaucoup plus ? Parrainé par l'Association Eric Tabarly, le film de Pierre Marcel évoque le parcours hors norme du marin et son extrême sensibilité. S'appuyant sur une documentation unique d'archives radiophoniques et audiovisuelles, françaises et étrangères, professionnelles et amateurs, inédites pour la plupart, le documentaire nous fait revivre les courses au large, les arrivées discrètes ou triomphales, en solitaire ou en équipage, au long des trente cinq années de suprématie des Pen Duick sur toutes les mers du monde. Tabarly : la symbiose parfaite entre un homme, un bateau et la mer. Si Tabarly ne voulait pas être un homme à messages, il demeure pour toujours exemplaire. Jacques Perrin, producteur. »

« Sans mer il n’y aurait pas de bateaux, et c’est surtout le bateau qui m’intéresse »

Siècle remarquable par son absence de terres vierges à découvrir et par la domestication progressive des éléments naturels par la technique, le 20ème siècle aura laissé peu de place pour les vrais aventuriers. Dès lors, de par ses exploits et ses succès de navigateurs, et par son tempérament de défi envers les éléments, Eric Tabarly aura été en quelque sorte l’un des derniers aventuriers des temps modernes. De ceux dont les exploits marquent durablement les foules et font travailler l’imaginaire collectif. Rien d’étonnant donc à voir débarquer sur nos écrans un documentaire hommage sur la vie de ce navigateur hors normes à l’occasion du dixième anniversaire de sa tragique disparition. Seulement voilà. Face à la grandeur des exploits du personnage, on était en droit de s’attendre à un documentaire tout aussi grand. Le problème, c’est que pour son premier long métrage, Pierre Marcel se livre sans scrupules à un triste travail de fumiste. Ainsi, son « documentaire » se borne à aligner chronologiquement les images d’archives des courses – et des victoires – de Tabarly, entrecoupées par quelques extraits, pas toujours pertinents, d’interviews qu’aura pu donner le marin. Et c’est tout. Sans vouloir faire la fine bouche, on était quand même en droit d’attendre une investigation un peu plus creusée sur ce personnage atypique et sur l’impact de ses exploits vu de nos jours. D’autant que, comble du ridicule, Pierre Marcel effleure les sujets, sans penser à les développer. Il nous montre par exemple que Tabarly a formé dans ses équipages successifs la majeure partie des navigateurs français actuels, de De Kersauson à Jean Le Cam en passant par Philippe Poupon, Marc Pajot, ou encore Titouan Lamazou. Pour autant, une fois sorti des quelques images d’archives, le réalisateur ne pense à aucun moment à interviewer ces marins, dignes héritiers de Tabarly. Ballot ! Dans le même genre, il « oublie » totalement de mentionner la disparition de l’ancien compagnon de route devenu rival, Alain Colas. Un événement qui aurait pu permettre un éclairage intéressant sur la manière dont Tabarly appréhendait le risque en mer et la mort. Mais là encore, le réalisateur est aux abonnés absents. On lui reprochera dans le même genre de ne pas montrer l’impact des innovations du navigateur – grand visionnaire en matière de conception – sur la technique des bateaux de compétitions actuels. Mais le gros échec de ce documentaire, c’est le portrait du navigateur que tente d’esquisser Pierre Marcel. S’il nous montre un homme mal à l’aise face aux médias et d’une incroyable réserve, le réalisateur se montre particulièrement malhabile dans sa tentative d’explication de cette facette de la personnalité de Tabarly. En nous ressortant maladroitement quelques bribes peu pertinentes de vieilles interviews où le marin reproche tantôt aux journalistes leur manque de professionnalisme, avant de nous assener un imparable « j’aime pas parler pour ne rien dire, aussi quand je n’ai rien à dire je me tais », le réalisateur ne parvient pas à donner une autre image de Tabarly que celle d’un vieux con un peu bas du front et misanthrope. Un portrait qui finit par sombrer en raison de quelques images inutiles et surtout mal placées dans le film, comme celles où Tabarly confesse avoir peur des enfants en jouant avec sa fille, dont il ressort beaucoup de pathétisme, ou encore celles, censées montrer sa timidité, où il chante seul la mythique « Fanny de La Ninon » dans un banquet qui finit par prendre des tournures beaufs façon village d’Astérix. Triste constat d’échec que de livrer un portrait négatif d’une personnalité qu’on admire et à qui on décide de consacrer un documentaire !

« Il a une grande qualité qui est aussi son principal défaut : il se dit obstiné, moi je dis qu’il est têtu »

 

Sur la forme, ce documentaire est assez déroutant et peu probant. On reconnaît la présence du producteur Jacques Perrin, par le passé déjà producteur de nombreux documentaires essentiellement animaliers (« Microcosmos »), et dont la vision « naturaliste » de la chose se concrétise ici par l’absence totale de voix off, d’investigation, ou d’une quelconque subjectivité d’un regard extérieur. Les images nous sont livrées telles quelles en pâture, simplement accompagnées de la belle musique de Yann Tiersen. Prenant l’eau de part et d’autre, le documentaire de Pierre Marcel s’avère finalement assez décevant et peu passionnant. La faute à un parti pris très discutable de ce dernier, qui aborde son documentaire de façon « naturaliste », occultant totalement tout travail d’investigation pourtant propre à ce genre. On se consolera avec les belles images de mer, qui, à l’image des exploits de Tabarly, demeurent intemporels.

  



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sebastien 07/01/2009 00:03

pas d'accordun docu a l'image du grand tabarly,
pas de fioritures de grandes paroles en l'air....
je ne comprends pas bien la critique.
Bas du front tabarly?
ce film montre quand meme le fabuleux ingenieur des mers qu'il etait!
sa classe, sa pudeur, bref je n'y vois rien de pathetique.
pourquoi misanthrope? parce qu'il refuse le jeu de ces journaleux ignares
et ne defile pas comme la pathetique EDF grand sourire sur les champs?
quand a la scene de tabarly papa, elle est ptet indiscrete mais montre pour une fois la carapace fendue de tabarly.
@ b. morane, quels sont tes sources pour affirmer que l'homme est antipahique?

Bob Morane 06/07/2008 08:25

De son vivant, je ne portais pas spécialement une admiration particulière et encore moins de sympathie pour Tabarly. Le peu que j'en ai lu sur lui confirme mon opinion, du coup, ce film ne m'intéressait pas des masses et ta critique ne m'engage pas à aller le voir. Merci à toi

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!