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20 Nov

Tant qu'il y aura des hommes

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films de guerre

« Vous quittez les Clairons pour l’infanterie ? Par amour de la marche ou par dégoût du clairon ? »

 

ColumbiaHawaii, 1941. Le soldat Prewitt vient d’être affecté sur une des bases de l’île. Ancien boxeur, son officier, le capitaine Holmes, veut lui forcer la main pour qu’il rejoigne l’équipe de boxe du régiment pour les aider à gagner le titre interarmées et assurer sa propre promotion. Il n’hésite ainsi pas à infliger toute une série de corvées et de brimades au soldat pour venir à bout de son obstination à ne pas rechausser les gants. Prewitt ne peut compter que sur le soutien  de son ami Maggio. Ce dernier profite de l’une de leur rare permission pour lui faire faire la tournée des clubs. C’est dans l’un d’eux que Prewitt tombe amoureux de Lorene, une entraîneuse. C’est aussi dans l’un d’eux que Maggio va faire la rencontre houleuse du sergent Judson, qui jure d’avoir sa peau. Tout cela se fait sous le regard plein de compassion du valeureux et juste sergent Warden, qui devient l’amant de Karen, l’épouse du Capitaine Holmes. Entre brimades et franche camaraderie, intrigues amoureuses et drame, le destin d’une garnison qui, à quelques semaines de l’attaque de Pearl Harbor, ne se doute pas qu’elle va être précipitée dans la guerre…

 

« - Mon mari dit que vous êtes un homme précieux. A quoi devez-vous un tel compliment ?

   - Je suis né malin »

 
Il est des chefs d’œuvre qui ont marqué leur époque et l’Histoire du Cinéma. Indéniablement, « Tant qu’il y aura des hommes » est de ceux-là
. Ne serait-ce que pour cette légendaire scène de baiser entre Burt Lancaster et Deborah Kerr, allongés dans les vagues. Mais encore, ce serait trop réducteur. Adaptation d’un roman de James Jones paru en 1952, « Tant qu’il y aura des hommes » est réalisé par Fred Zinnemann (à qui l’on doit également, entre autres, « Le train sifflera trois fois » en 1952) en 1953. Le film frappera en partie par son propos humaniste, assez critique sur les modes de fonctionnement de l’armée, moins de dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale. A noter que « Tant qu’il y aura des hommes » recevra pas moins de 13 nominations pour les Oscars, en remportant 8 au total, dont ceux du Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleur acteur dans un second rôle pour Sinatra, et Meilleure actrice dans un second rôle pour Donna Reed.

   

   

« Warden, il est pas comme les autres. Il te mènera la vie dure, mais il sera toujours loyal »

 

Film ambitieux, « Tant qu’il y aura des hommes » surprend par la complexité de son scénario qui, en bon film choral, multiplie les intrigues en développant assez bien les différents personnages. A ce petit jeu, seul peut-être le personnage de Deborah Kerr sera un tantinet sacrifié. Mais l’intérêt est ailleurs : dans la solidarité – militaire – qui existe entre les héros du film. Warden le valeureux est admiratif de l’obstination de Prewitt qui vengera son pote Maggio. Voilà un bon moyen narratif de lier indirectement tous les personnages du film. D’autant que le scénario se laisse aller à une vision assez critique de l’armée, et qui si elle peut reconstituer une cellule familiale pour certains (amitiés viriles digne de la fratrie, saouleries, et chansons au coin du feu), n’en est pas moins souvent injuste et destructrice (les brimades injustes subies par Prewitt, l’incompétence de certains gradés comme Holmes ou Judson), ne servant bien souvent qu’à servir un système de promotion sociale basée sur une certaine injustice (les promus sont ceux qui participent au club de boxe, Karen ne veut pas partir avec Warden tant que celui-ci ne passe pas officier). La vision assez critique qui est faite de l’armée (et non des hommes de rang qui la composent, qui sont des héros fidèles et dévoués, prêts à tout endurer) est d’autant plus forte qu’elle tombe moins de dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale et quelques mois seulement après la guerre de Corée. A titre plus historique, « Tant qu’il y aura des hommes » est également particulièrement intéressant, puisqu’il est un des rares films à montrer la vie à Hawaii dans les quelques semaines précédant l’attaque japonaise, avec une vision assez peu flatteuse du lieu, entre garnisons et bordels. Un contexte qu’il faut garder à l’esprit tout au long du film, dont les scènes tant insouciantes (le fameux baiser sur la plage) que dramatiques (le morceau de clairon entonné pour la mort de Maggio) renforcent la sensation dramatique et mélancolique de savoir que toute cette jeunesse va être précipitée sous peu dans la furie destructrice. Reste qu’au delà de ça, « Tant qu’il y aura des hommes » brille par son exemplaire mélange des genres, entre film de guerre (les scènes de l’attaque japonaise restent encore aujourd’hui assez impressionnantes, avec un mélange d’images fictives et d’images d’archives), romances, et critique sociale.

                        

« - Ce qui me plait c’est votre confiance en vous. C’est aussi ce qui me déplait.

   - Moi ce qui me déplait, c’est de voir une aussi jolie femme que vous gâcher sa vie »

 

Côté réalisation, Zinnemann signe le sans faute, proposant une réalisation des plus classiques mais finalement aussi des plus efficaces, s’offrant au passage quelques scènes d’anthologie, telles le baiser dans les vagues, les solos de clairons de Prewitt, ou encore le dénouement final sur la bateau. Le tout mis en valeur par un noir et blanc particulièrement léché et mélancolique. Mais la vraie force de ce film, c’est son casting pléthorique, pour lequel Zinnemann a eu la bonne idée de distribuer les rôles à contre-emploi. Ainsi, Montgomery Clift apporte toute sa sensibilité à cette improbable interprétation de boxeur brisé, tout comme Burt Lancaster apporte sa sexualité animale peu exploitée jusqu’ici à son personnage. Dans les seconds rôles, Deborah Kerr n’aura elle aussi jamais été aussi sensuelle à l’écran que de ce film. Quant à lui, Franck Sinatra (dont les mauvaises langues retiendrons qu’il n’a obtenu le rôle – prévu à la base pour Eli Wallach – que par ses appuis dans la maffia et par son épouse d’alors, Ava Gardner, qui aurait fait pression sur les dirigeants du studio), apporte une véritable émotion à son personnage de gentil insouciant.

                         

« On ne ment jamais quand on dit qu’on est seul »

 

Film mélancolique et dramatique, profondément humaniste, mettant en avant les qualités de l’Homme devant l’injustice et parfois l’incompétence des institutions, « Tant qu’il y aura des hommes » fait définitivement partie des chefs d’œuvre de l’Histoire du 7ème art. Brassant les genres avec une subtilité extrême, Zinnemann nous dresse ainsi un portrait sensible et dramatique des hommes et des femmes, que le destin va irrémédiablement précipité dans l’enfer de la guerre. Outre l’intelligence du portrait, le film aura gagné ses galons de film culte grâce à quelques scènes d’anthologie qui auront marqué durablement l’esprit des cinéphiles. Porté en plus par un parterre de stars, un casting quatre étoiles d’où ressortent l’excellent quatuor Clift-Lancaster-Kerr-Sinatra, « Tant qu’il y aura des hommes » restera durablement un modèle du genre (tout le contraire notamment du ratage « Pearl Harbor » de Michael Bay, qui s’inspirait pourtant pas mal de ce film), un grand classique à voir et à revoir.



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Bob Morane 20/11/2007 18:32

Excellientissime film culte qui marque chaque génération. La scène du clairon au mort est d'une émotion à toute épreuve. Ce film méritait d'être dans un blog, Platinoch l'a fait. Merki !

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!