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16 May

La taverne de l'irlandais

Publié par platinoch  - Catégories :  #Comédies

« Si vous pouvez prouver que la moralité de votre père n’est pas conforme aux critères de Boston, vous pourrez lui prendre ses parts »

A l’instar du Dr Dedham, « Guns » Donovan s’est installé sur la petite île polynésienne de Haleakaloa, où, durant la guerre du Pacifique, leur navire s’est abîmé. Chaque année, le jour de l’anniversaire de Guns, ils sont rejoins par un troisième compère, « Boats » Gilhooley, pour une rituelle bagarre. Ainsi s’écoule la vie sur l’île au rythme lent et harmonieux des vagues et du soleil. Jusqu’au jour où Amelia, la fille que le Dr Dedham a laissé à Boston et qu’il n’a jamais vu, débarque en quête de son père, espérant obtenir des preuves de son mode de vie immoral afin de conserver pour elle toute seule l’héritage familial. Mais celui-ci mène une vie exemplaire au sein de la petite communauté, ayant fondé le seul de dispensaire de l’île. Un seul élément seulement pourrait jouer en sa défaveur selon les normes morales de l’époque : ses enfants, métisses, nés de son union avec une locale. Mais le docteur étant absent lors de l’arrivée de sa fille, son ami Donovan décide de lui faire croire qu’il est le père des trois enfants, afin de protéger les intérêts de son vieil ami…

« Monsieur l’irlandais, si tous les pères sont comme vous, je dois rendre grâce au Ciel de n’avoir jamais connu le mien »

Réalisateur de nombreux westerns (« L’homme qui tua Liberty Valance », « La prisonnière du désert »), on en oublierait presque que l’immense John Ford s’illustra également dans des registres plus légers, avec par exemple des films comme « L’homme tranquille ». Plus ou moins victime des affres du temps et des chefs d’œuvre du réalisateur qui l’ont quelque peu éclipsé, « La taverne de l’irlandais » (réalisé en 1963)  fait partie des derniers films réalisés par Ford, un peu oublié aujourd’hui. Pourtant, « La taverne de l’irlandais » est importante, puisqu’il s’agit de la dernière collaboration entre John Ford et son acteur fétiche, John Wayne. Une collaboration des plus fructueuse, puisque les deux hommes auront participé ensemble à près d’une vingtaine de films. L’occasion aussi pour lui de réunir Wayne et Marvin, les deux charismatiques adversaires de « L’homme qui tua Liberty Valance ». Pour la petite histoire, Ford et Lee Marvin ne s’appréciaient pas, ce qui a donné lieu à un certain nombre de situations houleuses, notamment lors des scènes de bagarre, où Ford prenait un malin plaisir à ridiculiser Lee Marvin lorsque celui-ci se retrouvait à terre.

« Mike Donovan est célibataire. Trois enfants et jamais marié. Je ne dis pas qu’il est le premier à avoir mis la charrue avant les bœufs, mais trois charrues sans attelage, c’est impardonnable ! »

 .

Petit film sans prétentions, à la tonalité volontairement très second degré, « La taverne de l’irlandais » nous propose une sympathique fresque d’aventures exotiques, dans les fascinants décors polynésiens. Etonnement proche dans la forme de « L’homme tranquille » - le film propose un voyage dans des paysages lointains, avec la rencontre d’une femme avec laquelle le héros connaîtra tout d’abord une relation des plus houleuses en raison de son fort caractère, avant de finir avec elle et de lui administrer une franche fessée – cette « Taverne de l’irlandais » ne comporte cependant pas (chose rare chez Ford) de critique sociale forte. Tout semble n’être prétexte qu’au divertissement et à la bonne humeur, comme ces franches et amicales raclées que se mettent régulièrement les deux personnages principaux, ou encore cette histoire d’amour entre la visiteuse pimbêche en provenance de Boston, et ce vieux briscard de Wayne. Comme si Ford n’avait qu’une idée en tête, une sorte d’invitation au voyage dans ces îles paradisiaques, où il fait meilleur vivre au rythme des vagues et du soleil, que dans des villes guindées comme Boston, où les mines grisonnantes des habitants n’ont d’égales que leur ennui profond et leurs futiles soucis matérialistes. De ce fait les personnages, bien que stéréotypés, dégagent tous quelque chose de comique et/ou de positif, que ce soit l’ubuesque gouverneur de l’île, gentil noble français séducteur décati et cabotin, ou le prêtre de l’île, dont le seul soucis demeure le toit de la chapelle qui prend l’eau. Reste que l’ensemble est traité sur un ton machiste gentiment provocateur. Côté réalisation, ce n’est pas non plus le plus grand film de Ford, néanmoins celui-ci est d’une grande maîtrise et d’une grande fluidité, ne souffrant pas de problème de rythme. Le gros atout visuel du film réside essentiellement dans son magnifique Technicolor, qui magnifie façon Hollywood les paysages polynésiens, leur donnant en prime un charme irréel et suranné. Pour le reste, l’incroyable casting fait le reste et donne au film tout son charme, avec en tête le duo John Wayne/Lee Marvin. Si le premier retrouve un rôle caricatural de héros viril et sûr de lui, c’est finalement Lee Marvin qui marque les esprits en donnant une étonnante performance pleine d’humour et de second degré (la scène où il joue au petit train vaut son pesant de cacahuètes !). A leurs côtés, on retrouve du lourd au casting : Cesar Romero, parfait en gouverneur cabot et gentleman, Jack Warden, formidable de sobriété, ainsi que le français Marcel Dalio, dont l’interprétation du prêtre demeure très savoureuse. Reste enfin les rôles féminins : la méconnue Elizabeth Allen livre ainsi une séduisante performance dans son rôle d’héroïne plus sexy que pimbêche, tandis que Dorothy Lamour marque les esprits le temps de deux scènes chantées. Si « La taverne de l’irlandais » n’est clairement pas un chef d’œuvre, le film demeure pour autant un agréable divertissement léger et sans prétentions. Bien qu’ayant un peu vieilli, le film est une curiosité, à voir, pour le talent de Ford, et le savoureux casting emmené par Wayne et Marvin.



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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!