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22 Mar

There will be blood

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« J’ai toutes les croyances : je n’appartiens à aucune. »

Fin du 19ème siècle. Daniel Plainview mène la difficile existence de ceux qui ont succombé à la ruée vers l’or noir. A la force de ses mains, et avec un peu de réussite et de chance, il finit par trouver un gisement, qui assure à la petite entreprise qu’il a crée de confortables bénéfices. Un jour, un jeune homme vient le trouver à son bureau, lui indiquant pour quelques poignées de dollar un gisement inexploité au beau milieu du désert californien. Partant avec son jeune fils, Daniel parvient à racheter aux particuliers tous les terrains de la région pour quelques bouchées de pain, tout en étant conscient de la véritable valeur de ces terres. Son pari s’avère particulièrement payant tant le gisement est colossal. Mais entre l’accident que subit son fils sur le chantier, et l’influence grandissante sur les autochtones du jeune pasteur local aux ambitions personnelles énormes, le succès exacerbe chez Daniel sa mégalomanie, sa misanthropie, et sa paranoïa…

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« J’ai le goût de la compétitivité. Je ne veux voir personne d’autre réussir. Je hais la plupart des gens. Je veux gagner assez d’argent pour pouvoir me couper du monde. »

Considéré comme l’un des petits prodiges de la jeune génération des cinéastes américains, la carrière de Paul Thomas Anderson est déjà riche de films unanimement reconnus, comme « Boogie nights » (1998), « Magnolia » (2000), et « Punch drunk love » (2003). Son cinquième long, « There will be blood », est une adaptation du roman « Pétrole ! » signé de l’auteur Upton Sinclair et publié en 1927. Un projet de longue haleine pour PT Anderson qui aura passé cinq années à préparer cette grande fresque sur la ruée vers l’or noir. L’accord très rapide du trop rare Daniel Day-Lewis aura permis aux scénaristes de finir et de peaufiner le scénario en adaptant au mieux le personnage de Daniel Plainview au comédien britannique. Le tournage a duré près de quatre mois, de mai à août 2006, principalement au Texas, dans la petite ville de Marfa, où avait déjà été tourné par le passé « Géant » (Stevens – 1957). Pour la petite histoire, le grand rival de ce « There will be blood » pour les Oscars, à savoir le film des frères Coen « No country for old men », a été tourné dans la ville au même moment. La scène de l’incendie du derrick, qui aura été à l’origine d’un gros nuage de fumée, aura même contraint les frères Coen a suspendre le tournage de leur film pendant plus d’une journée. « There will be blood » aura été récompensé par huit nominations aux Oscars 2008, repartant avec deux trophées : celui du meilleur acteur pour Daniel Day-Lewis (déjà lauréat pour « My left foot » en 1989), et celui de la meilleure photographie.

« La doctrine du salut universel est un mensonge : vous ne serez pas sauvé si vous rejetez le sang. »

Il y a quelque chose de « Citizen Kane » (Welles – 1941) dans cette grande fresque, qui à travers le portrait et l’ascension d’un homme au destin hors du commun, traite des principes fondamentaux de la société américaine, à savoir l’argent et la religion. Deux mondes intimement liés, qui ont besoin l’un de l’autre, synonymes de contrôle des foules et dont la finalité suprême est le pouvoir. Deux univers animés ici par des hommes à la fois très opposés, et en même temps pas si différents, puisque tous deux sont en quête de reconnaissance, poussés par leur mégalomanie, et par leur quête effrénée de pouvoir. Il est assez frappant de voir combien ce film, sur le fond, est assez proche par les thèmes qu’il aborde et par les valeurs qu’il critique, du film des frères Coen, « No country for old men », sorti sur les écrans approximativement en même temps. Cette grande fresque bénéficie également d’un scénario d’une rare qualité, à la fois passionnante par la reconstitution qu’elle propose d’une époque pas si lointaine et déjà largement révolue où la vie était particulièrement rude, mais aussi par ces portraits psychologiques qu’elle dresse des personnages de Daniel et d’Ely. Dans cette mégalomanie et cette folie qui les habite, ils s’opposent violemment dans la quête du pouvoir (les scènes humiliantes du tabassage dans la marre de pétrole puis celle de l’expiation des pêchés en public dans l’Eglise sont incroyablement fortes), avant de se retrouver réunis lors d’un final hallucinant de violence et de folie. Les intrigues secondaires, comme les relations que Daniel entretien avec son fils, son frère, ou encore avec ce représentant d’une grande compagnie voulant lui racheter ses puits, sont également passionnantes et déroutantes.

« J’ai laissé le démon entrer en moi. Je vis dans le pêché »

Côté réalisation, PT Anderson nous livre un spectacle d’une rare maîtrise, à l’image d’un premier quart d’heure muet totalement hallucinant, dont les images sont particulièrement fortes et impressionnantes. Ses longs plans-séquences, d’une langueur incroyable, rappellent à ce titre certains westerns, comme ceux de Sergio Leone. D’un classicisme redoutablement efficace, la mise en scène est particulièrement soignée, avec son lot de scène magistralement réussies et impressionnantes (comme l’incendie du puit de pétrole), avec une mention particulière pour la superbe photographie de Robert Elswit. La bande musicale, signée par Johnny Greenwood (guitariste de Radiohead), apporte une dissonance qui renforce magistralement la sensation de mal-être que laisse le film. Un film qui ne serait pas non plus ce qu’il est sans l’incroyable prestation de Daniel Day-Lewis. De tous les plans, le trop rare acteur britannique (neuf films seulement en près de vingt ans, pour deux Oscars) se montre particulièrement flippant, totalement habité par ce personnage névrosé basculant petit à petit vers la folie. Son Oscar est infiniment mérité. Face à lui, Paul Dano (découvert en frangin autiste dans « Little miss sunshine »), parvient malgré tout à faire exister son personnage grâce à son physique inquiétant et à quelques passages très convaincants (comme sa transe lors de son sermon). Un exploit en soi, tant la performance de Day-Lewis semble vampirisante. Reste un film d’une force incroyable, dont la longueur et l’atmosphère, poisseuse et lourde, en fait ressortir le profond désenchantement. En ressort également une sensation de gène, de mal-être, qui chamboule le spectateur encore longtemps après la fin. Une grande réussite.

  



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Bob Morane 23/03/2008 09:33

Très belle critique. Intelligente, efficace et toujours bourrée d'informations précieuses. Reste que je n'ai vu le film, et que je vais devoir aller le voir.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!