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03 Jun

U.V.

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films noirs-Policiers-Thrillers

« Il faudrait peut-être songer à préparer une chambre à notre invité »

 

Quelle surprise de voir Gilles Paquet-Brenner aux commandes d’un film aux allures plus proches à priori du film d’auteur que des gros nanards auxquels ils nous a habitué (on lui doit le désolant « Les jolies choses », il est aussi coupable du tristement célèbre « Gomes et Tavares ») !

De plus, on peut lire sur l’affiche qu’il a co-écrit le scénario de ce film avec Lolita Pille, à qui on doit le livre « Hell », adapté au cinéma l’an dernier avec Sara Forestier au casting. Bref, à priori, on se situe à des années lumières du tandem Titoff/Stomy Bugsy…

Avec un casting de choix, porté notamment par Jacques Dutronc et Marthe Keller, le film était forcément alléchant, et j’avais logiquement envie d’aller le voir en salle. Impressions.

 

A noter que le film est adapté du roman « U.V. » de Serge Joncour.

 

L’Histoire :

 

Une île, quelque part en Méditerranée. Une gigantesque maison domine un paysage paradisiaque, avec au bord d’une piscine, deux jeunes et jolies femmes qui bronzent à moitié dévêtues. Un charmant jeune homme débarque, elles ne le connaissent pas, mais dit être là à l’invitation de leur frère, qui n’est pas encore arrivé. Elles l’invitent donc à rester. Très vite, le jeune homme prend place dans cette morne mécanique familial bien huilée, cristallisant les désirs des uns et la haine des autres. Et en soulevant bien des interrogations…

 

« Il est pas clair ce type, il a la poigné de main trop franche »

 

Le premier constat frappant dès les premières minutes du film, c’est que Gilles Paquet-Brenner s’inspire ouvertement des films de Claude Chabrol, en nous montrant justement une famille très aisée financièrement, une maison ostensiblement chère, meublées de manière très design, avec la piscine face à la mer, et l’ennui qui pèse sur tous ses habitants. A ce titre, l’arrivée de cet énigmatique inconnu qui prétend être un ami d’enfance du fils de la famille qui doit arriver dans les jours à venir, est comme chez Chabrol l’introduction de l’élément perturbateur qui va révéler les désirs et les haines enfouis de chacun, et briser le vernis de façade de cette famille qui semble trop parfaite.

Du coup, comme chez son modèle, Paquet-Brenner s’appuie sur le côté très peu chaleureux des relations et des échanges entre les personnages de cette famille, qu’il filme de manière très lente. Ce décalage entre la froideur des personnages et la chaleur apparente de cet été méditerranéen se ressent aussi dans les dialogues, qui sonnent toujours particulièrement creux et affables : on accueille ce jeune homme sans trop poser de questions, on fait comme s’il appartenait à la famille, tout est fait pour créer une sorte de montée en puissance digne d’un rebondissement final de ce nom.

 

« Ne vous inquiétez pas, le temps change vite par ici »

 

Mais voilà, n’est pas Chabrol qui veut. La faute à un scénario trop baclé. Le metteur en scène oublie donc de nous expliquer en chemin qui est ce jeune homme (explications plus que succinctes et peu convaincantes), ce qu’il veut (mystère et boule de gomme !!!), ni quelles sont ses intentions. Du coup, la « violence » du dénouement final tombe à plat, le spectateur ne pouvant pas comprendre réellement ce qui motive un tel ultime rebondissement. De manière encore plus générale, le réalisateur ne sait jamais parfaitement mettre à profit les éléments qu’il a en sa possession. Ainsi, en premier lieu, il ne se sert jamais pleinement du décor : une île, une maison des plus grandioses, avec des murs trop blancs, des meubles trop bien rangés, la chaleur et le soleil omniprésent, tout cela aurait du servir à jouer sur les apparences, le vernis social, le désir, la sexualité, les frustrations…mais non. L’érotisme se limite à deux poitrines (certes jolies !), le vernis social ne cachant pas grand chose, les apparences non plus. Dommage pour un film censé faire reposer son suspense sur les apparences et les non-dits.

Parmi les références de l’auteur, on peut noter aussi le film « La piscine », de Jacques Deray, dont les décors et les thèmes sont également assez proches.

 

« J’ai horreur de me sentir menacé »

 

Côté interprétation, le casting hétéroclite n’est pas du tout homogène. Si Marthe Keller survole le niveau général, les autres n’arrivent jamais à briller. A part peut-être la très jolie Anne Caillon. Pascal Elbé est plombé par un rôle ultra caricatural (qu’il est obligé d’interpréter au second degré) auquel il ne semble pas croire, Dutronc, en personnage très aérien et tout aussi énigmatique n’apporte pas grand chose. Nicolas Cazalé, s’il apporte sa beauté et sa luminosité physique (preuve qu’on a encore des beaux jeunes premiers !), semble un peu à côté de ses pompes. La palme revenant à Laura Smet, bien terne en allumeuse lascive.

 

Pour conclure, Paquet-Brennet signe un film ultra référencé, façon Chabrol, mais sans réussir là on son modèle brille (critique sociale, violence latente, comportement hypocrite de façade). Il se contente d’aligner les stéréotypes, et de tenter de créer une ambiance un peu froide, sensuelle et mystérieuse, sans jamais apporter de transgressions dans son récit, ni d’explications quant au dénouement. Trop lisse de bout en bout, sans jamais d’aspérités, avec une morale à deux balles (la pire violence ou le pire danger viennent souvent des gens qui ont l’air ordinaires), le film ne parvient jamais à captiver. La faute à un scénario écrit avec les pieds et à une direction d’acteurs amateure. Du coup, là où on pouvait s’attendre à une douce insolation sensorielle, on se crame avec un film raté du début à la fin. Ne vous laissez pas berner : ça ressemble à un film d’auteur, mais ce n’est pas du Canada Dry !!!



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Bob Morane 03/06/2007 20:46

Cela confirme une impression que la bande annonce et le synopsis m'avait donné : surtout ne pas aller voir un navet en devenir. Voilà une critique constructive qui m'évitera de perdre mon temps avec une connerie qui pollue assez notre univers comme ça. Merci

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!