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02 Oct

Waitress

Publié par platinoch  - Catégories :  #Comédies romantiques

« Je ne veux pas de bébé, pas d’ennuis »

 

Quelque part au fin fond d’un bled de l’Amérique profonde. Jenna est serveuse chez « Joe’s dinner », où son sourire et sa gentillesse, et surtout ses excellentes et inventives tartes, contribuent allègrement au succès de l’établissement. Malheureusement pour elle, malgré son talent et son joli minois, sa vie est loin d’être un conte de fée. La faute à un mauvais mariage avec une sorte de primate macho et violent, tout droit sorti d’une autre époque, le dénommé Earl. Alors qu’elle songe de plus en plus à le quitter, elle découvre avec horreur, un matin, qu’elle est enceinte de son mari. Ceci la conduit tout droit chez le nouveau gynécologue de la ville, le charmant et maladroit Dr Pomatter, dont elle tombe assez vite sous le charme avant de vivre avec lui une liaison torride. Entre son mari abject, son amant gentil mais marié, et le soutien inconditionnel de ses collègues et amies, Jenna se métamorphose petit à petit, tout au long de sa grossesse, se découvrant une force de caractère qu’elle ne soupçonnait pas, et acceptant enfin de faire le point sur sa vie, quitte à prendre de grandes et dévastatrices décisions…

 

« Elle a beau être très douée en tartes, une chose est sûre, je ne l’envie pas une seule seconde »

 

Keri Russell, Cheryl Hines et Adrienne Shelly. Night and Day PicturesSans grande campagne de publicité, ce « Waitress », petite comédie romantique sans grand budget et sans grosse tête d’affiche, serait certainement passé quasi inaperçu. Et ce malgré une bande-annonce alléchante, et des présentations saluées dans les médiatiques festivals de Sundance et Deauville en 2007. Si on a parlé un petit peu du film, c’est, hélas, à cause d’un tragique fait divers, en l’occurrence l’assassinat sordide de l’actrice et surtout réalisatrice de ce film, Adrienne Shelly. Icône du cinéma indépendant américain, elle s’était illustrée notamment dans les films de Hal Hartley, et on l’avait aperçue récemment dans « Factotum » (Hamer – 2005). Auteur et réalisatrice talentueuse, elle avait également signée plusieurs pièces de théâtre à succès et était professeur de cinéma à l’Université de New York. Ce « Waitress » restera comme sa troisième et dernière réalisation, mais également son dernier rôle à l’écran.

 

« Votre rouge à lèvres bave comme après une grosse pelle. Quand vous aurez effacé vos écarts de conduite, je serais à ma table »

 

Keri Russell et Nathan Fillion. Night and Day PicturesMalgré le nombre toujours croissants de blockbusters et autres productions exorbitantes grand public, le cinéma américain indépendant arrive encore à nous surprendre et à nous émouvoir sincèrement de temps en temps en sortant des petits films simples, sans effets spéciaux, nous parlant de gens et de galères ordinaires. On se souviendra forcément de films tels que « Garden state » (Braff – 2005) ou « Sideways » (Payne – 2005). Mais plus encore, par son sujet, ce « Waitress » fera penser à des films tels que « Bagdad Café » (Adlon – 1987), « Potins de femmes » (Ross- 1990), « Beignets de tomates vertes » (Avnet – 1991), ou encore « Denise au téléphone » (Salwen – 1996). Car Shelly s’intéresse ici aux femmes, à leurs aspirations, aux problèmes auxquels elles sont confrontées, et comment elles y font toujours face. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle réalise là un film très réussit et très émouvant. Bien sûr on pourra lui reprocher de jouer à fond la carte de la caricature (il n’y a qu’a voir le personnage monolithique de Earl). Mais elle évite en permanence de sombrer dans le discours qui viserait à mettre tous les hommes dans le même panier, faisant des femmes des éternelles victimes. Son scénario est particulièrement bien construit et intelligent, et le personnage central de Jenna devient très vite attachant par son mélange de fragilité et de force insoupçonnée, d’aspirations à autre chose et d’impossibilité de changer de vie. La réflexion portée sur la grossesse et la maternité pourra surprendre – surtout pour un film américain – mais est d’une rare justesse. D’autant que l’ensemble est toujours traité avec assez d’humour, histoire de rendre le film plus léger et de désamorcer les moments trop glauques. En cela, les recettes de tartes exprimant les pensées et les humeurs de Jenna constitue un véritable régal comique. Le tout pourra paraître quelque peu fleur bleu ou cucul, mais derrière ces apparences assumées, Adrienne Shelly réalise un film plus sensible et subtil qu’il n’y paraît, sur l’indépendance des femmes.

 

« Je donne peu, j’attends peu, je possède peu, je me réjouis de ce que j’ai…oui, je suis heureux »

 

Keri Russell et Nathan Fillion. Night and Day PicturesOutre ses talents de scénaristes, Shelly nous aura prouvé ici qu’elle était toute aussi douée pour la réalisation. On saluera notamment le joli travail de la photographie et la lumière du film, qui offre des couleurs particulièrement chaudes et chaleureuses. On soulignera également la très juste direction d’acteurs. Tour à tour sensible, fragile, introvertie, soumise et finalement portée par une force de caractère incroyable, la jeune et jolie Keri Russell explose littéralement devant la caméra de Shelly et forte de sa partition sans fautes, est sans conteste l’atout numéro un de ce film et sa révélation. A ses côtés, Cheryl Hines et bien évidemment Adrienne Shelly offrent des prestations savoureuses pour des personnages féminins hauts en couleur. Les hommes ne sont pas non plus en reste, et que ce soit l’excellent Jemery Sisto, Nathan Fillion, Eddie Jemison ou le vétéran Andy Griffith, tous contribuent pleinement à la qualité générale de l’interprétation.

 

« Cette vie là te tuera. Reprend là à zéro. Il n’est jamais trop tard »

 

Keri Russell et Cheryl Hines. Night and Day PicturesAprès le très réussi « Caramel » de la libanaise Nadine Labaki, ce « Waitress » propose une autre chronique féminine, peut-être plus romancée et cucul, mais tout autant savoureuse et émouvante. Fort d’un scénario intelligent, et qui malgré un sujet délicat réussit à rester léger et truculent tout du long, et d’une interprétation parfaite, Adrienne Shelly réalise ici un film personnel très maîtrisé et très réussit. Outre le caractère particulièrement dramatique de sa disparition, on ne pourra que regretter le départ d’une réalisatrice particulièrement talentueuse qui semblait promise à un brillant avenir dans la réalisation et l’écriture de films. Ce « Waitress » en est l’ultime preuve. Et mon coup de cœur de cette rentrée.

 



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Fritzlangueur 11/10/2007 09:42

Que du bonheur en effet et que de bons acteurs... Savoureux et acidulé comme un tarte au citron. Miam

bobomorane75 02/10/2007 11:18

Critique aussi belle que le film, sensible et aussi juste. Notre regrettée Adrienne Shelby nous laisse dans un désarrois certain.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!