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20 Apr

Wendy et Lucy

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« Quand notre chien se perdait, mon père laissait sa veste à l’endroit où il avait disparu. Bien souvent, il revenait avec le chien »

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Wendy, accompagnée de son chien Lucy, a pris la route de l'Alaska dans l'espoir de trouver un petit boulot et commencer une nouvelle vie. Jusqu’à ce que sa voiture tombe en panne dans une petite ville de l’Oregon.

Une série d’évènements malheureux commence alors entrainant inexorablement Wendy vers le fond…

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« On ne devrait pas avoir de chien quand on ne peut pas le nourrir »

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Professeur de cinéma dans les prestigieuses universités de New York et de Columbia et réalisatrice à ses heures de films indépendants à petits budgets, Kelly Reichardt est une cinéaste iconoclaste dans l’univers du cinéma américain. Développant un cinéma artisanal (l’équipe du film est constituée pour beaucoup d’amis de la réalisatrice qui travaillent gratuitement) et à très petit budget, loin de la pression des grands studios, Kelly Reichardt réalise avec « Wendy et Lucy » son troisième long métrage après « River of grass » (1994, resté inédit en France) et « Old joy » (2007). Comme pour son précédent long métrage, « Wendy et Lucy » est adapté d’une nouvelle de Jon Raymond. Présenté dans de nombreux festivals (Toronto, Turin), « Wendy et Lucy » a notamment été présenté au 61ème Festival de Cannes, dans la catégorie « Un certain regard ».

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« Une nuit à la fourrière n’a jamais fait de mal à personne »

Les années Bush auront marqué durablement l’Amérique : terrorisme, guerres mal gérées, mensonges, crise économique… Les Etats-Unis semblent se réveiller avec une sévère gueule de bois. Pour preuve, la multiplication des films (« The wrestler », « The visitor ») qui osent se pencher sur une autre réalité américaine, moins glorieuse, peuplée de paumés, de gueules cassées, de héros désœuvrés et brisés, de « loosers » évoluant en marge d’un système basé sur l’image de la prospérité et de la réussite. Certes, le mythe américain est toujours présent (la migration pour aller conquérir de nouveaux territoires vierges où la fortune est promise), mais le rêve américain, lui, semble avoir pris du plomb dans l’aile. Un peu comme si l’Amérique était toujours « Sur la route », mais sans Kerouac, les rencontres amicales et l’esprit d’aventure ayant été remplacés par une immense solitude et un incroyable manque d’humanité. La pauvre Wendy, gamine paumée et désargentée, en fera la triste expérience à ses dépends. En effet, il suffira d’un acte à priori sans réelle importance (le vol d’une boite de Canigou) pour que le terrible engrenage du destin se mette en place et que les évènements dramatiques s’enchainent contre elle. Garde à vue humiliante, disparition de sa chienne, panne de voiture : autant d’évènements qui vont très vite la plonger dans  la clochardisation et la mouise la plus totale. Un récit qui permet à Kelly Reichardt de porter un regard sans concession et de s’interroger sur la société américaine. Une société en proie à une grave crise de valeurs autant qu’à une crise économique et sociale, où règne une impression de solitude plus forte que jamais, une sorte d’accoutumance à la souffrance et à la misère, et où les valeurs qui priment désormais sont celles de la délation et de l’indifférence. Pire que tout, il en ressort une impression de danger omniprésent, comme si il ne suffisait que de quelques évènements malencontreux, quelques heures d’errements, pour se retrouver dans la misère la plus totale. Avec le renoncement à toute humanité (le chacun pour soi évoqué dans l’abandon du chien) comme seul espoir de survit. Constat aussi glacial que violent, ce « Wendy et Lucy » manque malgré tout d’un peu de chair pour nous convaincre. Excès de misérabilisme et de pathos virant parfois au grotesque (trop d’évènements catastrophiques s’enchainent en trop peu de temps, la coupe de cheveux Playmobil pour souligner l’état de déchéance de l’héroïne), mise en scène trop démonstrative et un poil démago (volonté d’afficher une certaine laideur visuelle pour coller à l’univers de l’héroïne), récit chaotique : non seulement on peine à être ému, mais en plus on s’ennuie ferme. Si on salue les bonnes intentions de la réalisatrice et si le constat de son film fait froid dans le dos, un tel sujet méritait néanmoins un meilleur traitement.        



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Le site sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!