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24 Jun

Indignation

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Drames

Un grand merci à M6 Vidéo pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « Indignation » de James Schamus.

 

Indignation

« A Newark, il était inconcevable qu’il fille comme Olivia fasse une telle chose. Il faut dire qu’à Newark, il n’y avait aucune fille comme Olivia »

 

En 1951, alors que la guerre de Corée fait rage à l’autre bout du monde, le jeune Markus Messner compte parmi les heureux élus qui ne doivent pas accomplir leur service militaire. Avec la bénédiction de son père, boucher, et une bourse de sa synagogue en poche, il quitte son New Jersey natal pour une université de l’Ohio. L’intégration à la faculté se passe pourtant moyennement. En cause : le refus de Markus de rejoindre la seule association d’étudiants juifs du campus et d’y rechercher activement de nouveaux amis. Il préfère se consacrer corps et âme à ses cours, jusqu’au jour où il tombe sous le charme de l’énigmatique Olivia Hutton. Celle-ci, dès leur premier rendez-vous, s’adonne à un acte qui n’en finit pas de troubler Markus. Markus va devoir faire face à la répression sexuelle et à l’antisémitisme.

 

« Pourquoi estimez-vous que la fuite est la seule solution à vos problèmes ? »

 

Indignation_Schamus

Débutant dès la fin des années 80 comme producteur indépendant, la carrière de James Schamus est alors résolument tournée vers la recherche de nouveaux talents. Il produit ainsi « The golden boat » en 1990, le premier film du cinéaste chilien Raoul Ruiz, puis « Poison », premier film d’un jeune cinéaste prometteur nommé Todd Haynes. L’année suivante, il fait la rencontre déterminante d’un jeune réalisateur taïwanais qui vient de finir ses études en Amérique et dont les films de fin d’études ont été très remarqué dans les festivals. Il s’agit de Ang Lee, qui prépare plusieurs projets destinés aux productions de son île natale. Schamus se retrouvera ainsi à coécrire et produire les trois premiers films de Lee – «  Pushing hands » en 1992, « Garçon d’honneur » en 1993 et « Salé, Sucré » en 1994 – qui feront le tour des festivals internationaux où ils récolteront de nombreux prix. Les deux hommes ne se quitteront alors plus et collaboreront sur tous les projets du cinéaste, qu’il s’agisse de films intimistes (« Le secret de Brockback Mountain », « Hotel Woodstock ») ou de blockbusters (« Hulk »). De cette fructueuse collaboration, Schamus obtiendra même trois nominations aux Oscars (pour « Tigres et dragons » en 2000 ainsi que pour « Le secret de Brockback Mountain » en 2006). Mettant leur collaboration entre parenthèses depuis 2009, Schamus continue depuis son travail de producteur (« Les suffragettes », « Seul dans Berlin »…), tout en étant titillé par le virus de la réalisation. C’est ainsi qu’en 2016, à l’âge de 56 ans, il passe pour la première fois derrière la caméra et signe « Indignation », une adaptation du roman éponyme de Philip Roth. Le film a été présenté à Sundance ainsi qu'au Festival de Berlin.

 

« Les personnes faibles ne sont pas forcément inoffensives. Leur faiblesse est leur force. »

 

Indignation_Logan_Lerman

On a coutume de dire que le sentiment de révolte est l’apanage de la jeunesse. « Indignation » est ainsi un récit initiatique. L’histoire d’un jeune homme qui quitte pour la première fois son quartier populaire juif du New-Jersey pour intégrer l’Université et par analogie le monde des adultes. Il y fera la découverte et l’apprentissage de la liberté, des responsabilités, des contraintes, et surtout de l’amour. Mais « Indignation » c’est aussi l’histoire d’un jeune homme brillant à la sensibilité exacerbée qui est trop en avance sur son temps. Il faut dire qu’en ce début des années 50, l’Amérique vit des temps troublés, tiraillée entre la Guerre de Corée qui décime sa jeunesse et la chasse aux sorcières du Sénateur McCarthy qui déchire la société, générant un sentiment anxiogène de paranoïa généralisée. Surtout, la société américaine, particulièrement rigide et conservatrice, est dominée par la bourgeoisie WASP puritaine, qui rechigne à s’ouvrir aux autres communautés. Un sulfureux cocktail de racisme, d’antisémitisme et d’injustice qui pousseront le héros à se révolter contre l’establishment et contre sa propre condition. Schamus, lui, s’intéresse plus particulièrement à la notion de libre-arbitre et au fait d’assumer ses choix. Deux qualités essentielles selon lui qui distinguent l’Homme de l’enfant et qu’il illustre le temps d’une longue scène de joute verbale et philosophique opposant le héros au doyen de l’Université. Une sorte d’opposition morale entre le moderne et l’ancien qui constitue le véritable centre névralgique du film. S’appuyant sur une reconstitution des plus soignées, le réalisateur filme surtout avec force élégance et mélancolie le portrait d’une jeunesse sacrifiée. Sans doute conviendra-t-il cependant de dépasser l’aspect parfois un peu austère de sa narration pour prendre conscience de la puissance romanesque de ce joli film. On y fera également, à cette occasion, la découverte de la jolie Sarah Gadon, formidable actrice qui livre ici une subtile partition, toute en émotion et fragilité contenue.

 

Indignation_Sarah_Gadon

 

***

 

Le DVD : Le film est proposé en version originale américaine (5.1 et 2.0) ainsi qu’en version française (5.1 et 2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

 

Côté bonus, le film est accompagné de deux modules documentaires « Relier le passé au présent » et « Du roman à l’écran ».

 

Edité par M6 Vidéo, « Indignation » est disponible en DVD depuis le 15 juin 2017.

 

Le site Internet de M6 Vidéo est ici. Sa page Facebook est ici.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!