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14 Sep

Le sergent noir

Publié par platinoch  - Catégories :  #Westerns

« Vous êtes la plus belle fille que j’ai jamais vu. Ne l’oubliez jamais. »

 

Warner Bros.Arizona, 1881. Dans une petite ville de garnison où est stationnée un régiment de cavalerie composé de soldats noirs, une adolescente est retrouvée violée et assassinée, au même titre que son père, un des officiers blancs du régiment. Très vite, les soupçons reposent sur le sergent-chef Rutledge, soldat noir aux excellents états de service, mais qui est le dernier a avoir été vu prenant la fuite, blessé, sur les lieux du crime. Une fois repris, son procès commence. Défendu par son supérieur blanc, le lieutenant Cantrell, persuadé de son innocence, il doit néanmoins faire face à un procureur et une série de témoins particulièrement hostiles et racistes, voulant à tout prix la peau de Rutledge, coupable idéal à leurs yeux. Avec le seul témoignage de la gentille Mary Beecher à son avantage, c’est un combat de longue haleine qui commence…

 

« Lady, vous ne savez pas à quel point j’essaie de rester en vie ! »

 

Woody Strode. Warner Bros.On ne présente plus John Ford, réalisateur exceptionnel ayant participé au légendaire âge d’or Hollywoodien, dont il a largement contribué à écrire ses lettres de noblesse. Sa carrière de réalisateur sera ainsi profondément marquée par sa spécialisation au genre du western (on lui doit entre autres « La chevauchée fantastique » en 1939, « La poursuite infernale » en 1946, « Rio Grande » et « La charge héroïque » en 1950, « La prisonnière du désert » en 1956, et surtout « L’homme qui tua Liberty Valence » en 1961). En dehors du western, Ford aura également signés quelques chef d’œuvres et pas des moindres, comme « Les raisins de la colère » (1940), « Qu’elle était verte ma vallée » (1946), et l’incontournable « L’homme tranquille » en 1952. Son style moderne, désenchanté, et malgré tout profondément humaniste a ainsi marqué toute une époque. La reprise sur quelques écrans de son « Sergent noir », daté de 1960, était l’occasion de découvrir une de ses œuvres les moins connues.

 

« Nous avons servi ensemble. Je sais qu’il n’y a pas meilleur soldat que vous. Je pensais pareil de l’homme »

 

Constance Towers et Jeffrey Hunter. Warner Bros.Le principal intérêt du film réside dans son message qui s’inscrit clairement contre le racisme ambiant et inhérent à l’Amérique de cette époque. Bien évidemment, le sujet reste – hélas – toujours d’actualité aujourd’hui. Mais recadré dans son contexte historique de 1960, ce film fait office de bombe. En effet, l’Amérique de la décennie 50-60 vit encore au rythme de la ségrégation raciale dans quelques états et des brimades dans les autres états, et voit en réaction à cela des mouvements pour les droits des afro-américains se renforcer et faire des grandes marches à travers le pays, notamment sous l’impulsion de Martin Luther King. Dans ce contexte si passionné, ce « Sergent noir » prend clairement le parti de remettre l’Amérique puritaine bien pensante (que Ford détestait profondément) face à ses contradictions et à sa propre conscience. En cela, ce film est une œuvre forte qui atteint parfaitement son but. Pour le reste, on est également surpris par la forme de ce film, unique incursion à ma connaissance de Ford dans le film de procès. Celui-ci s’articule sur la forme de flash-back entre la salle du procès militaire et le récit des faits sous forme d’enquête mêlée de western. Bien évidemment, le tout reposant sur un scénario très solide, où l’enquête policière se suit avec délectation au fil de ses nombreux rebondissements, et où une place de choix est réservée à l’humour qui vient toujours désamorcer les enjeux trop graves (voir le personnage du juge et celui de sa femme).

 

« - On est idiot de se battre pour les blancs…

  - On se bat pour notre fierté »

 

Woody Strode. Warner Bros.On reconnaîtra sans problème la patte du maître à la réalisation. Entre classicisme et effets efficaces (la lumière qui s’éteint sur la salle pour ne laisser que le témoin dans la lumière à chaque fois qu’un nouveau témoin vient à la barre par exemple), utilisation parfaite des grands espaces et direction impeccable des acteurs, Ford signe dans la forme un grand film. D’autant que l’interprétation est de qualité (même si à priori, l’affiche ne comporte pas de noms excessivement rutilants), s’appuyant principalement sur le duo Woody Strode / Jeffrey Hunter. Woody Strode impose ainsi sa carrure de géant, musculeuse et sèche, jouant jusqu’à la fin de son allure droite et altière pour défendre jusqu’au bout sa fierté d’Homme. En cela, sa composition incroyable est d’une force grave et contenue, parfaitement mise en valeur par Ford. A ses côtés, Jeffrey Hunter (que Ford avait déjà fait tourné dans « La prisonnière du désert ») livre une prestation toute aussi forte et impeccable. Ce dernier, que ses détracteurs auront pris un malin plaisir à tailler en évoquant ses « capacités limités d’acteurs », rappelle ici qu’il aura été un des jeunes premiers Hollywoodiens les plus beaux et les plus talentueux de sa génération (avec Montgomery Clift), mais aussi un des plus mal utilisés.

 

« Je ne suis pas un esclave, vous m’entendez !!! Je suis un homme !!! »

 

Jeffrey Hunter et Constance Towers. Warner Bros.Œuvre beaucoup plus politique et intelligente qu’elle n’y paraît, « Le sergent noir » brille ainsi par son sujet grave et par la modernité de ses prises de positions. Porté par une mise en scène plus soignée qu’inventive, le film jouit surtout d’un scénario écrit avec une grande subtilité et une belle précision, flirtant entre film politique, film de procès, polar et western. Peut-être pas le meilleur film de Ford, mais un grand film quand même.



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Christophe 06/03/2011 10:29

Très belle analyse. Et Woody Strode est formidable dans ce film. Il faudra que je le chronique quand j'aurai le temps ! En tout cas merci pour ce texte, qui évoque un film trop méconnu de Ford

Bob Morane 15/09/2007 09:52

Peut-être pas le meilleur film de John Ford, mais un de ceux qui marquent les esprit par son thème et son style, même si le scénario use d'effets et de ficeles un peu trop facile. Il est toujours bon de se battre contre toutes formes de ségrégations, quelqu'elles soient.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!