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08 Jun

Une vieille maîtresse

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« Nous avons vécu une liaison singulière, en dix ans, nous nous sommes plus haïs qu’aimés »

 

Il était étonnant de retrouver Catherine Breillat en compétition officielle au Festival de Cannes. En effet, ses derniers films étaient tellement provocateurs et sulfureux, souvent avec des scènes de sexe non censurées, et un univers pas toujours facilement accessible pour ses spectateurs, qu’on imaginait mal comment un film dans la lignée de « Romance X », « Anatomie de l’enfer » ou « Sex is comedy » aurait pu être accueilli sur la Croisette.

C’était sans compter sur une sorte d’assagissement de notre Breillat nationale. En choisissant pour sujet l’adaptation du roman de Barbey D’Aurévilly, traitant notamment de passion et de libertinage, Breillat réalise un film en costumes d’époque, une première pour elle. Et l’adaptation de cette histoire, qui n’est pas sans rappeler (en moins forte ceci dit) « Les liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos, est probablement aussi son film le plus accessible à ce jour. Impressions.

 

L’Histoire :

 

Dans le Paris de 1835, une marquise du plus haut rang décide de marier sa petite-fille à un jeune noble, Ryno de Marigny, dont il est de notoriété publique qu’il est désargenté, joueur, et surtout libertin. Mais ce que les gens ignorent, c’est qu’il entretien une relation passionnelle depuis dix ans avec une courtisane dont les mœurs sont de réputation tout aussi scandaleuses. A la demande de celle-ci qui lui demande la plus grande honnêteté, il décide de raconter l’histoire de cette passion à la marquise de Flers avant de prendre sa petite-fille pour épouse.

 

« Si vous n’étiez pas déjà mariée, je vous demanderai de m’épouser sur le champ »

 

Le film surprend tout d’abord par sa forme très « littéraire » : là où « Les liaisons dangereuses » de Frears surprenaient par cette légèreté et ce rythme sans réels temps morts dans le récit pourtant tout aussi « littéraire », Bréillat choisit une mise en scène assez conventionnelle, sans franchement d’actions, et très bavarde. C’est un choix délibéré et discutable, mais qui donne au film une identité propre, très lente, et finalement assez froide, compte tenu du sujet, la passion amoureuse.

 

Car au-delà du libertinage, c’est d’une véritable passion dont il est question ici. Passion tumultueuse et destructrice, à laquelle le héros tente en vain de faire tout ce qu’il peut pour s’en échapper.  Car cette passion, c’est avant tout la collision entre Vellini et Ryno, deux tempéraments bien trempés, deux libertins assumés, et deux dominateurs en puissance. Et à ce jeu-là, chacun prend un plaisir fou à soumettre et torturer l’autre pour finalement ne pas pouvoir se passer de lui, et lui revenir toujours. En choisissant de longs monologues et de longs flash-backs pour nous décrire cette liaison si particulière, Bréillat dissèque lentement cet amour, du long jeu de séduction et de conquête, jusqu’à ce jeu d’autodestruction, emportant avec lui tout ceux qui l’entourent.

 

« Ce n’était pas de l’amour mais une furie sans fin »

 

Loin des sujets plus provocateurs, plus crus, Catherine Breillat révèle ici une certaine forme de romantisme. C’est d’ailleurs l’aspect le plus étonnant de son nouveau film. Certes, certaines scènes paraissent un peu provocantes et rappellent le passé de la réalisatrice (on pense notamment à cette scène où les deux amants font l’amour dans le désert devant le brasier sur lequel brûle le corps de leur petite fille décédée accidentellement.), mais dans l’ensemble, on (re)découvre le cinéma de Catherine Bréillat. Car là où l’aspect sentimental était souvent happé par les aspects plus crus, dirons-nous, dans ses films précédents, elle nous livre ici une histoire brûlante, assez bouleversante, d’une passion d’une intensité destructrice incroyable. Changement de sujet donc, mais aussi de genre, pour un ensemble qui au final réussit plutôt bien à sa réalisatrice.

Car si le film est lent, et souvent assez bavard, les mots sonnent toujours justes et font ressortir des sentiments assez profonds qui animent parfaitement des personnages parfaitement développés.

Bien évidemment, comme toujours chez Bréillat, le film reste très charnel, mais cette fois l'amour y est beaucoup plus voluptueux que cru.

 

« On ne trompe pas quelqu’un que l’on aime avec quelqu’un que l’on n’aime plus »

 

Si Bréillat transforme plutôt bien son essai, elle le doit non seulement à sa réalisation très personnelle, mais également à des comédiens très convaincants. Le jeune Fuad’Ait  Aattou, inconnu au bataillon, dont c’est ici la première expérience cinématographique, vampe totalement la caméra. Sa beauté particulière, son timbre de voix et son jeu très subtil, irradie le film de bout en bout. Mais malgré cela, c’est sa partenaire, la ténébreuse italienne Asia Argento qui fascine totalement. Parfaite dans ce rôle de courtisane au sang chaud et passionnée, elle habite superbement ce rôle de femme à la fois forte et soumise, et par ses excès compose un personnage parfaitement en décalage, souvent à la limite de la vulgarité, qui colle parfaitement à cette histoire. Dans ce trio amoureux, c’est probablement la jeune Roxanne Mesquida qui brille le moins, la faute sans doute à jeu un peu fade. Claude Sarraute, pour son premier rôle est également très convaincante en grand-mère finalement assez ouverte sur les mœurs de son temps. Reste le tandem Yolande Moreau/Michel Lonsdale, très savoureux, tout en cynisme et en bons mots.

Notons également la présence dans des petits rôles, souvent de simples apparitions, de toutes les actrices qui ont brillé à l’affiche des précédents films de Catherine Bréillat, comme Anne Parillaud (« Sex is comedy »), Amira Casar (« Anatomie de l’enfer »), ou encore Caroline Ducey (« Romance X »).

 

Pour conclure, Bréillat surprend avec un film en costume, romantique et littéraire, un genre assez inhabituel pour elle. Le film, loin des effets de provocations auxquels sa réalisatrice nous a habitué, propose une magnifique histoire de passion amoureuse. Servi par des interprétations de très bonne qualité, Bréillat nous propose un film déroutant par sa forme très lente et très bavarde, mais qui, pour peut qu’on y adhère, se révèle parfaitement envoûtante. De loin son meilleur film.



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Bob Morane 10/06/2007 07:10

Par la qualité de ton analyse, par l'excellence de tes propos, je me suis laissé convaincre d'aller voir ce film. Tout en reconnaissant la pate de Catherine Bréillat, qui a une magnifique maitrise de la caméra et de la mise en scène, je dois avouer que je me suis ennuyé, Pour avoir trouvé le film trop lent, au dialogue trop sussuré, et surtout que la passion entre les deux amants/amoureux est trop foide et ne correspond pas à ma définition de la folie amoureuse. Est-ce que Barbey D’Aurévilly et Catherine Bréillat savent ce qu'est la passion amoureuse, dévorante, sulfureuse, dévastatrice ??? surtout avec une latine... je ne l'ai pas vu dans ce film. Mais bon, grace à ton talent sincère et objectif, j'ai été le voir alors que je ne l'aurais sans doute pas fait. Merci

tito 09/06/2007 20:01

salutje dommender des dvd

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!