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03 May

Douglas Sirk

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Portrait

A l’occasion de la sortie par Elephant Films d’une deuxième vague de films de Douglas Sirk remastérisés en blu-ray, Toile-et-moi en profite pour réaliser un modeste portrait d’un réalisateur très apprécié sur ce blog.

 

Né à Hambourg en 1897, le jeune Hans Detlef Sierk repart très tôt vers le Danemark natal de ses parents. Ce n’est qu’adolescent qu’il reviendra en Allemagne, où, comme ses parents, il obtiendra la naturalisation allemande. Etudiant dilettante, il étudie successivement les lettres, la philosophie et les arts. Un parcours qui le conduira presque naturellement vers le milieu du théâtre. Un univers qu’il ne quittera plus, ses talents de metteur en scène lui assurant une renommée nationale au point de devenir directeur de théâtre successivement à Brême et à Leipzig. Mais son positionnement libérale et le sujet des pièces qu’il monte lui valent les inimités du pouvoir Nazi montant. Il finit donc par quitter le milieu théâtral pour l’anonymat de l’industrie cinématographique allemande et les studios de la prestigieuse UFA, où il fera une discrète carrière au cours des années 30. Mais épousant en secondes noces une allemande d’origine juive, il finit par devoir quitter l’Allemagne en 1937. Il tournera encore quelques films en Europe, au gré de ses pérégrinations (En France, aux Pays-bas) avant de rejoindre à Hollywood la cohorte des cinéastes allemands déjà exilés (Fritz Lang, Ernst Lubitsch, Otto Preminger, Billy Wilder, Robert Siodmak...).

 

 

Ses débuts hollywoodiens s’avèrent plus compliqués que prévus. Au point que Hans Detlef Sierk abandonne le cinéma et tente une nouvelle vie de rancher, qui comptera, selon ses dires, parmi les plus belles années de sa vie. Mais rattrapé par un sentiment général d’hostilité envers les émigrés allemands, il finit par retourner à Hollywood. L’entrée en guerre de l’Amérique lui permet de tourner ses premiers films de propagandes, sous le nom américanisé de Douglas Sirk. S’en suivra une prolifique carrière de près d’une trentaine de films en quinze ans. Une carrière résolument placée sous le signe du mélodrame, en dépit de quelques essais dans des genres aussi différents que la comédie (« Qui donc a vu ma belle ? »), le western (« Taza, fils de Cochise »), le film d’aventures (« Capitaine Mystère ») et même le péplum (« Le signe du païen »). Il fera ainsi tourner les grandes vedettes de l’époque : Georges Sanders, Claudette Colbert, Charles Boyer, Barbara Stanwyck, Lauren Bacall ou encore Fred McMurray. Mais c’est surtout Rock Hudson, dont il lancera véritablement la carrière et qu’il fera tourner à sept reprises, qu’il imposera comme le symbôle du héros romantique et droit.

 

 

Mais derrière l’aspect policé et très esthétique de ses mélos qui attirent le public dans les salles mais qui peinent à convaincre la critique, le réalisateur, aux idées plutôt libérales et à la sensibilité délicate, se montre un observateur plutôt fin de son époque et égratigne lourdement les mythes de l’American Way of Life : que ce soit la cupidité (le très drôle « Qui donc a vu ma belle ? »), le consumérisme et l’argent (« Ecrit sur du vent »), le puritanisme et les institutions du mariage et de la religion (« Tout ce que le ciel permet », « Demain est un autre jour ») ou encore le racisme (« Mirage de la vie »). Ce qui ne l’empêchera pas à la marge de signer également des films plus personnels, à l’image du sublime « Le temps d’aimer et le temps de mourir », hommage bouleversant à un fils qui lui a été arraché lors de son divorce et qui tomba sur le front de l’est en 1944. Quittant Hollywood au début des années 60, il retourna finalement en Allemagne, où il réalisa encore une poignée de films avant consacrer ses dernières années au théâtre et à l’enseignement du cinéma. Il décède, aveugle, en 1987. Et laisse derrière lui une oeuvre riche, dont de nombreux cinéastes revendiquent une forme de filiation (à commencer par Fassbinder) et que nous redécouvrons à sa juste valeur et avec bonheur aujourd’hui.

 

Pour lire les chroniques de chacun de ces films qui composent cette nouvelle vague de sorties, merci de cliquer sur chacune des images correspondantes:

 

 

 

 

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!