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25 Jul

Insiang

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Drames

Un grand merci à Carlotta pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « Insiang » de Lino Brocka.

 

Insiang

« Pourquoi venir en ville ? Quand on a pas de travail on reste dans son village ! »

 

Insiang habite un bidonville de Manille avec sa mère, la tyrannique Tonya. Les deux femmes hébergent également la famille du père, parti du domicile conjugal avec sa maîtresse. Insiang se démène corps et âme pour survivre dans ce quartier où chômage et alcoolisme font partie intégrante du quotidien. Elle ne cesse de presser son petit ami Bebot de l’épouser afin de quitter ce lieu de misère au plus vite. Un jour, Tonya chasse sa belle-famille de chez elle et ramène à la place son nouvel amant, Dado, le caïd du quartier, en âge d’être son fils. Ce dernier tombe rapidement sous le charme de sa nouvelle « belle-fille »…

 

« Depuis que mon père est parti, ma mère est devenue cruelle »

 

Insiang_Lino_Brocka

Etrange parcours que celui du réalisateur philippin Lino Brocka (1939-1991) que rien ne semblait devoir destiner à devenir réalisateur de cinéma. Si ce n’est un vague intérêt, dès l’adolescence, pour les films noirs américains. Tout jeune homme, cet enfant de la guerre mettra ainsi entre parenthèses ses études durant plusieurs années pour travailler un temps comme soigneur dans une léproserie. Une expérience humaine difficile dont il sortira profondément marqué. Terminant finalement avec un peu de retard son cursus universitaire, ce passionné de lettres deviendra à moins de trente ans Directeur du Théâtre pédagogique philippin, poste auquel il s’emploiera à monter les pièces des auteurs occidentaux contemporains les plus avant-gardistes et progressistes, tels que Jean-Paul Sartre, Tennessee Williams ou encore Arthur Miller. Une expérience qui lui ouvre peu à peu les portes de la jeune production cinématographique locale alors (re)naissante. Il réalise ainsi dès le début des années 70 une série de films de commande qui cartonnent au box-office local. Mais Brocka rêve de tourner des films plus personnels, plus exigeants et abordant surtout des thèmes plus sensibles. En précurseur, il fonde à cette fin sa propre société de production, Ciné Manila, qui lui donnera les moyens de ses ambitions. A commencer par son œuvre phare, « Manille », tournée en 1975. Deux ans plus tard, il revient avec « Insiang », tourné en deux semaines et sans moyens dans les bidonvilles de Manille, qui aura l’insigne honneur d’être le premier film philippin de l’Histoire à être sélectionné au Festival de Cannes à la Quinzaine des réalisateurs, offrant ainsi au cinéaste une reconnaissance internationale.  

 

« J’ai assez souffert pour toi, maintenant c’est à toi de me servir »

 

Insiang_Hilda_Koronel

A l’inverse de « Manille », balade urbaine désenchantée et désespérée qui dressait un portrait généraliste de la misère humaine et sociale de la grande métropole des Philippines, Lino Brocka privilégie avec « Insiang » une approche plus intimiste en choisissant de se focaliser sur un drame particulier. Un parmi tant d’autres. En l’occurrence, celui de la jeune Insiang, 17 ans, qui vit sous la coupe de sa mère acariâtre et tyrannique. Lino Brocka commence ainsi son récit à la manière d’une chronique sociale sise au cœur d’un bidonville. Un univers grouillant au sein duquel il nous invite d’abord à suivre les galères d’une série de personnages (chômage, pauvreté, alcoolisme) gravitant autour de Insiang.  Puis petit à petit la focale se ressert sur son héroïne et sur sa relation difficile avec sa mère qui se dégrade à mesure que s’installe le nouvel amant de sa mère, un caïd local de vingt ans son cadet. D’autant que si sa mère cherche à affirmer devant lui son autorité sur sa fille, celui-ci ne reste pas insensible aux charmes de la jeune fille. Au-delà même de la misère matérielle esquissée (bidonville crasseux, absence d’intimité qu’il s’agisse des latrines au milieu de la pièce sans cloison ou du robinet qu’on laisse couler pour masque les bruits de ses ébats), le cinéaste s’intéresse ici spécifiquement à la violence de la société et plus particulièrement aux violences faites aux femmes. Les hommes y sont présentés comme des bons à rien, tour à tour ivrognes, joueurs ou menteurs. Des fainéants parasites et fourbes, tout justes bons à profiter des femmes et de leur travail pour subsister. En cela, Insiang sera victime de sa jeunesse et de sa beauté sans espoir d’échappatoire possible : la violence du viol de son beau-père n’aura finalement d’égal que le sordide abandon dans un hôtel de passes miteux par son supposé petit ami. Une violence qui marquera la fin brutale de son innocence et dont elle tirera finalement force et cynisme pour mener à bien sa vengeance machiavélique. Peut-être moins poétique dans la forme que son précédent « Manille », Brocka signe néanmoins avec « Insiang » un poignant mélodrame intimiste et moral.

 

Insiang_DVD

 

***

 

Le DVD : Le film est présenté dans un Master haute définition restauré en 4K, en version originale philippine (1.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

 

Côté bonus, le film est accompagné de « Insiang » : Lino Brocka par Pierre Rissient (7 min.), « Signé : Lino Brocka » (1987 - 84 min.) ainsi que de la bande-annonce 2016.

 

Edité par Carlotta, « Insiang » est disponible en DVD ainsi qu’en blu-ray depuis le 7 juin 2017. Un coffret consacré à Lino Brocka, regroupant les deux films « Manille » et « Insiang » en blu-ray ainsi que le DVD bonus « Retour à Manille : le cinéma philippin » réalisé par Hubert Niogret (2010 - Couleurs et N&B - 57 min.) est également disponible.

 

Le site Internet de Carlotta est ici. Sa page Facebook est ici.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!