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05 Jun

Grace is gone

Publié par platinoch  - Catégories :  #Drames

« Quand elle est partie pour le front, les adieux n’ont pas été très durs : j’étais fier de la voir partir »

La vie de Stanley Philips, père de deux petites filles, bascule le jour où on lui annonce le décès de sa femme, Grace, tuée au combat en Irak. Comment faire face et annoncer à sa filles que leur mère ne reviendra pas ? Décontenancé et paumé, Stanley, d’ordinaire autoritaire et strict, part sur un coup de folie avec ses filles à destination d’un parc d’attraction de Floride. Histoire de repousser l’instant fatidique où il devra faire face à son chagrin et à celui de ses filles en leur annonçant la nouvelle. Un long voyage en voiture commence, permettant de resserrer les liens et redonner vie à une famille brisée…

« Je voulais juste te dire que les filles et moi on va bien. On va s’offrir un petit voyage. Tout va bien, ne t’inquiète pas »

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Ecrit en réaction face au barrage médiatique de l’administration Bush autour des morts en Irak, « Grace is gone » est le premier long du réalisateur James C. Strouse. Scénariste avant tout, Strouse s’était fait remarqué en signant le scénario du « Longsome Jim » réalisé par Steve Buscemi en 2005. Auteur du scénario, Strouse n’avait pas prévu de réaliser le film, tâche qui devait incomber à l’expérimenté Rob Reiner (« Quand Harry rencontre Sally »). Ce n’est qu’après l’abandon de celui-ci que Strouse s’est lancé dans cette aventure. Produit par son interprète principal, John Cusack, « Grace  is gone » peut se vanter d’avoir un autre nom prestigieux à son générique, en l’occurrence celui de Clint Eastwood, qui en a composé la bande musicale. Présenté dans de nombreux festivals, « Grace is gone » a reçu le Prix de la Critique internationale au Festival de Deauville en 2007, ainsi que le Prix du Public au Festival de Sundance 2007.

« Il avait tellement gobé leurs conneries patriotiques que votre père aurait fait n’importe quoi pour s’engager. D’ailleurs il a triché. Cependant, c’est aussi une bonne chose puisque c’est là qu’il a rencontré votre mère et qu’ils sont tombés immédiatement fous amoureux l’un de l’autre »

Sur le papier, « Grace is gone » semblait bénéficier d’un scénario potentiellement fort, à la fois original et émouvant. En effet, ce dernier permettait de toucher à deux thématiques fortes : tout d’abord une thématique sociologique et d’actualité, avec le décès au front d’une femme soldat laissant derrière un mari et des enfants, et ensuite une thématique liée au deuil et à la difficulté d’annoncer et de surmonter ce dramatique événement pour un père strict et autoritaire qui n’arrive plus à communiquer avec ses filles. Si la deuxième thématique n’était pas forcément très inédite, la première bénéficiait cependant d’une grande originalité, s’inscrivant de fait dans l’évolution récente de la société avec l'inversement des rôles hommes/femmes, et promettait un regard assez neuf sur la guerre en Irak, sujet brûlant qui passionne et divise les américains. Hélas, pour cela il aurait fallu que Strouse soit un scénariste digne de nom, capable de prendre des risques, de critiquer, et de sortir des sentiers battus. Au lieu de ça, il nous promène sur pas loin de deux heures le long d’un road movie interminable, où les bons sentiments prennent définitivement le pas sur tout regard critique à l’égard de la conduite de la guerre en Irak et de ce qu’elle fait endurer tant aux irakiens qu’aux américains. Bien sûr, on a droit à deux trois échanges virulents sur Bush (avec le personnage du frangin, idéaliste profondément démocrate et anti-guerre, celui-ci est forcément présenté comme un trentenaire looser chômeur vivant aux crochets de sa mère!), mais le naturel revient vite au galop, et Strouse nous ressort – malgré lui – l’inévitable couplet patriotique. Sortez les violons : Grace est morte mais en accomplissant son devoir pour l’Amérique, les gens comme elle se battent pour défendre les libertés essentiels des américains, et oui Stanley a triché pour rentrer dans l’armée tout patriote qu’il était, c’est d’ailleurs là qu’il a rencontré Grace. La rengaine classique au moralisme des plus douteux et écœurant. Dès lors, pas grand chose de passionnant à se mettre sous la dent : le voyage sur la route devient anecdotique, tout comme la difficile relation père/filles et famille/deuil, traitée cependant avec une jolie pudeur.

« - Tu penses que Maman aurait du rester avec nous à la maison ?

   - Je le pense tout le temps. Mais elle devait partir pour accomplir son devoir »

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 Côté réalisation, Strouse se perd dans une mise en scène sans souffle et sans envergure. Pire, il se vautre dans le piège d’une réalisation très « illustrative », appuyée par une symbolique lourdingue et facile (la route comme voyage initiatique vers la rédemption et le deuil, l’annonce fatidique du décès de la mère ne se fait qu’une fois sortie du parc d’attraction dénommé « Jardins enchantés » comme pour bien souligné la perte de l’innocence des gamines). Tout juste retiendra-t-on la musique, discrète, du vieux Clint. Côté interprète, John Cusack, légèrement transformé physiquement pour le rôle, prouve par l’étendue de son talent qu’il est un acteur définitivement trop rare. Omniprésent devant la caméra de Strouse, ce dernier fait l’étalage de toute sa palette avec une grande subtilité, livrant une prestation impeccable. A ses côtés, les deux jeunes actrices interprétants ses filles sont également très convaincantes et très matures pour leur âge, renvoyant parfaitement la balle à Cusack. Une interprétation de qualité qui n’arrive cependant pas à relever le niveau d’un film mal écrit, mal réalisé, et qui derrière une vision en apparence provocatrice et critique par rapport à la guerre en Irak (qui fait aussi de petits orphelins dans la population américaine), ne peut s’empêcher de distiller de douteux relents de patriotisme. Très dispensable. 

  



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Snifff 13/06/2008 13:17

Nouveau film indé US à deux balles, plein de pudeur et de bons sentiments. A fuir.

collyre 11/06/2008 10:16

Une belle critique avec laquelle je suis tout à fait d'accord.Un film plutôt moyen.
Saluons, tout de même, la performance de Shélan O'Keefe (Heidi la fille ainée) que j'ai trouvé trés bien dans ce film.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!