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30 Oct

Jane

Publié par platinoch  - Catégories :  #Biopics

« L’amour est toujours l’ennemi du bon sens »

 

1795, Angleterre. Jane Austen est une jeune fille issue de la bonne société provinciale. Esprit libre et indépendant, passionnée par l’écriture, elle souhaite se battre contre sa condition et vivre de sa plume plutôt que de faire un mariage arrangé. C’est ainsi qu’elle refuse nombre de prétendants, au grand dam de ses parents, désargentés, qui rêvent de se retrouver à l’abri du besoin grâce au mariage de leur fille avec un bon parti. C’est alors que débarque dans la vie de Jane le jeune Tom Lefroy, jeune étudiant en droit de Londres, envoyé à la campagne par son oncle pour punir et réfréner ses excès et ses frasques. Si dans un premier temps, ces deux forts caractères s’opposent fortement, les deux jeunes gens deviennent vite éperdument amoureux l’un de l’autre, et ce en dépit des convenances sociales. Une amour de jeunesse passionnée qui marquera pour toujours l’auteur de quelques-uns des plus grands romans d’amour d’Angleterre…

 

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« Afin d’exceller dans l’art de la fiction, l’expérience est indispensable »

 

Anne Hathaway. La Fabrique de FilmsConsidérée comme l’une des plus grandes romancières britannique, auteur entre autre d’ « Orgueil et préjugés » et de « Raisons et sentiments » (tous deux adaptés avec succès au cinéma), le biopic de Jane Austen apparaissait comme un exercice périlleux. En effet, bien que plusieurs biographes se soient penchés sur le sujet, les éléments concernant la jeunesse de la romancière semblent assez vague et incertain et dès lors, l’entreprise de raconter en extrapolant cette histoire d’amour dont on ne sait que très peu de choses, fait fortement penser au « Molière » de Laurent Tirard (2007), qui empruntait la même démarche scénaristique. Malgré tout, le film s’appuie sur la biographie écrite par Jon Spence en 2003, qui permet de confirmer que Jane Austen a bien rencontré Tom Lefroy en 1795, puis son oncle à Londres, l’année suivante. Aux manettes de ce film, on découvre Julian Jarrold, réalisateur britannique qui a fait l’essentiel de sa carrière comme réalisateur pour la télévision avant de signer une poignée de longs passés inaperçus de par chez nous. C’est donc pour lui son premier projet d’envergure.

 

«  - L’amour est appréciable, l’argent est indispensable

    -  Jane ne doit pas céder à la meilleure offre mais à l’homme qu’elle aime »

 

Anne Hathaway et James McAvoy. La Fabrique de FilmsPeu de surprises sur la forme avec ce « Jane » dont la facture est très classique. Avec un tel sujet, il aurait été surprenant qu’il en soit autrement. Néanmoins, on constate finalement peu de différences dans la mise en scène entre ce « Jane » et « Orgueil et préjugés » (Wright – 2004), ou encore « Raison et sentiments » de Ang Lee (1996) : même effort porté sur les costumes et les décors, même importance des paysages de la campagne anglaise, et même soin porté à la photographie, jouant sur des éclairages particulièrement lumineux. La surprise majeure du film et son intérêt viennent donc du fond. En effet, et pour la première fois, l’entreprise menée par Jarrold et Spence tend à désacraliser l’image que nous avions traditionnellement de Jane Austen : en nous la présentant dans ses jeunes années comme une jeune fille amoureuse, fougueuse et passionnée (véritable héroïne de ses propres romans), ils vont ainsi à l’encontre de l’image traditionnelle que nous avions d’elle, à savoir une éternelle vieille fille, indépendante, ayant connu le succès grâce à ses romans d’amour. Vraie ou non, cette version est très intéressante car elle permettrait de comprendre ce qui a influencé et nourri les romans de la romancière, et expliquerait aussi pourquoi elle n’a jamais voulu se marier. Car ce « Jane » est avant tout une jolie histoire d’amour contrariée, racontée à la manière même de l’auteur. Ce film est également l’occasion de brosser un intéressant portrait social de l’Angleterre de la fin du 18ème siècle, où le poids des convenances sociales était prédominant et où les hommes n’étaient finalement pas plus libres que les femmes (Tom ne peut ainsi pas épouser Jane, n’ayant pas obtenu le consentement de son oncle, et ayant besoin de la rente octroyé par celui-ci pour entretenir sa famille nombreuse et déshéritée en Irlande), mettant l’accent au passage sur le caractère précurseur de Jane Austen, féministe avant l’heure, ayant mené toute sa vie un combat contre les convenances sociales pour obtenir sa liberté.

 

« Comment pourrais-je assumer mes sentiments ? Vous partez demain… »

 

Anne Hathaway (au centre). La Fabrique de FilmsMise en scène classique, histoire ressemblant aux propres romans écrit par Jane Austen, le film aurait pu souffrit d’un petit air de déjà-vu. D’autant que comme toujours dans les adaptations cinématographiques de la romancière, ce « Jane » n’échappe pas à quelques longueurs et quelques problèmes de rythme. Néanmoins, sans être un grand amateur du genre, il plane un petit vent de fraîcheur sur ce film, qui est du en grande partie aux comédiens. Dans le rôle titre, Anne Hathaway se montre parfaite, faisant taire les critiques reprochant au réalisateur de ne pas avoir pris une actrice anglaise et non américaine pour jouer la célèbre romancière. Avec son charme particulier et son caractère pétillant et affirmée, elle propose une interprétation très crédible de Jane Austen. A ses côtés, James MacAvoy, découvert dans « Le dernier roi d’Ecosse » (MacDonald – 2006), se montre tout aussi convainquant, passant en un clin d’œil du gros dur frimeur à l’amoureux le plus transi. Derrière, les seconds rôles se montrent tout aussi bons et participent à l’impression convaincante qui ressort de l’ensemble. On saluera ainsi les prestations de James Cromwell, July Walters, Maggie Smith ou encore Lucy Cohu.

 

« - Vos histoires se finissent-elles bien ?

   - Après quelques péripéties, ils verront leurs vœux s’exaucer. Les belles histoires se finissent pourtant rarement bien, c’est une vérité universelle. »

 

James McAvoy et Anne Hathaway. La Fabrique de FilmsProjet finalement ambitieux et périlleux, « Jane » est au final un petit film très charmant. Les amateurs de la romancière apprécieront d’y trouver une jolie histoire comme dans ses romans, les autres seront intéressés par cette vision de sa jeunesse que nous proposent Jarrold et Spence, et qui permettrait de mieux comprendre son œuvre et sa vie. S’il fallait trouver un reproche à faire, peut-être pourrait-on reprocher que la passion des deux personnages ne soit pas représentée de manière plus dévorante. Mais cela ne relève que du détail. Un film en tous cas très recommandable et un très agréable moment de cinéma.

 Anne Hathaway. La Fabrique de Films  Anne Hathaway. La Fabrique de Films



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Bob Morane 30/10/2007 07:13

Une très grosse différence tout de même entre ce film sur la jeunesse de Jane, et ceux tirés de ses livres : sa véritable histoire d'amour se termine mal, alors que dans ses romans, ils se terminent tous très bien, malgrès les difficultés. Orgueils et préjugés nous montrait son amour avec Leroy, un beau mariage, des beaux enfants, tout en fleur bleu, ce qui n'a pas été le cas, finissant vieille fille comme sa soeur. Bon film, sans concession.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!