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24 Mar

Katyn

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films Politiques-Historiques

Dans le cadre de son programme Dvdtrafic, l’excellent site Cinetrafic m’a proposé de donner mon avis sur le dvd du film « Katyn » d’Andrzej Wajda. Impressions.

« Servir l’armée ne comporte pas que des victoires : le destin d’un militaire est aussi fait d’échecs »

Katyn est avant tout un film sur la lutte incessante pour la mémoire et la vérité. C'est aussi un règlement de compte sans compromis avec le mensonge qui a forcé la Pologne populaire à oublier ses héros. Anna, la femme d'un capitaine d'un régiment des Uhlans, attend le retour de son mari. Elle ne peut se résoudre à l'idée qu'il ait été assassiné par les Russes. En avril 1943, l'épouse d'un général apprend la mort de son mari quand les Allemands découvrent l'existence de charniers dans la forêt de Katyn contenant des milliers d'officiers polonais. Silence et mensonges brisent le cœur d'Agnieszka, la sœur d'un pilote qui a connu le même sort. Quel sens les mots Patrie et Liberté ont-ils dans un Etat polonais d'après-guerre tombé sous la dépendance de l'Union Soviétique ?

« On ne dépose les armes devant l’ennemi mais devant soi »

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Avec ses 60 millions de victimes (dont plus de la moitié étant des civils), la seconde guerre mondiale restera comme le conflit le plus meurtrier de l’Histoire. Mais plus encore, elle restera surtout marquante par l’ampleur inégalée des actes de barbarie et des crimes de guerre qui y auront été perpétrés, des épurations ethniques (Juifs, Tziganes, Slaves) aux massacres « gratuits » n’ayant pour seul but que d’instaurer un climat de terreur (Sac de la ville de Nankin, durant lequel quelques 300000 civils chinois seront assassinés). Avec ses quelques 20000 victimes, le massacre de Katyn (printemps 1940) aurait presque pu paraître anecdotique. Une goutte d’eau dans l’océan. A ceci près que ce crime de guerre fut commis par l’une des armées « libératrices », en l’occurrence l’Armée Rouge. Pire encore, dans un habile et macabre jeu de manipulations historiques et médiatiques, l’URSS rejettera jusqu’à son effondrement la responsabilité de ce massacre sur les nazis. Histoire sans doute de mieux asseoir son pouvoir et sa main mise sur une Pologne alors objet de toutes les convoitises. Pour autant, même si le sujet devint tabou sous le régime communiste (car synonyme de critique envers « le grand frère » soviétique), les mensonges et les incertitudes entourant ce massacre firent de Katyn un véritable traumatisme national et identitaire. Hanté depuis toujours par ce drame, le cinéaste Andrzej Wajda rêvait (contre l’avis des autorités prorusses) de lui consacrer un film depuis plus de trente ans. Histoire de faire éclater enfin la vérité sur ce tragique évènement. Histoire aussi d’affronter son propre passé, ses propres démons, en rendant hommage à son père, capitaine de l’armée polonaise, exécuté comme tant d’autres au cours de ce massacre. A 83 ans, Wajda se lance donc dans une de ses dernières batailles, en adaptant le roman « Post-Mortem, l’histoire de Katyn » d’Andrzej Mularczyk. 

« Pourquoi vivre si on c’est pour vivre dans le malheur ? »

La barbarie serait-elle uniquement l’apanage des « méchants » ? Les libérateurs, auréolés de leur gloire et de leur probité pour avoir combattu les fascismes, auraient-ils pu se laisser aller à commettre des exactions ? L’Histoire ne retient que les vainqueurs, dit-on. Pour Wajda, les vainqueurs ont surtout le privilège de réécrire l’Histoire à leur avantage. Au détriment quelquefois de la vérité, de la souffrance et de la dignité de tout un peuple. Car à Katyn, ce sont bel et bien les soviétiques – via le NKVD – qui se sont livrés à un massacre planifié et organisé des officiers polonais. Celui-ci répondant à une double logique : d’une part décapiter toute éventuelle rébellion armée des polonais et d’autre part, épurer la société polonaise de toute sa classe dirigeante, économique et intellectuelle afin de mieux la soviétiser. Avec « Katyn », Wajda s’attaque donc à l’ordre établi et au dogme d’une pensée unique tenace (le critique ciné de L’Humanité n’a-t-il pas, lors de la sortie du film en 2009, mis une nouvelle fois ce crime sur le compte des nazis ?). Construit de manière chronologique, le film suit une poignée de personnages dont les destins se croisent au gré des aléas de l’Histoire. Avec la précision d’un orfèvre, Wajda nous montre dans un premier temps le traumatisme de Katyn pour les polonais à travers l’absence et l’incertitude vécues par les femmes (qu’elles soient mères, épouses ou sœurs), avant de mettre en lumière le macabre mécanisme mis au point par les soviétiques pour masquer l’abominable vérité. De la déportation des familles des officiers à l’élimination (par la torture) systématique des objecteurs de conscience, refusant de croire à la « version officielle ». Si certains passages (notamment au milieu du film, comme celui avec le neveu) semblent parfois alourdir plus que de nécessaire le récit, ils ont néanmoins le mérite de nous faire comprendre les raisons de ce traumatisme, notamment par cette volonté délibérer d’empêcher tout travail de deuil collectif autant que le devoir de mémoire. Mais plus que tout, cette étrange torpeur qui envahit peu à peu le film offre un excellent contrepoint à son dernier quart d’heure – morceau de bravoure du film – dans lequel le réalisateur film l’indicible, l’insoutenable vérité de l’exécution brutale et systématique de tous ces hommes. Grosse claque pour le spectateur, « Katyn » est surtout un film historiquement utile et indispensable. 

  

Test du DVD : Les bonus sont clairement le gros plus de cette édition dvd. Pour tout bon passionné d’Histoire qui se respecte, ceux-ci apportent un éclairage très complet et précis sur cet évènement et sur la construction du film lui-même. A commencer par un passionnant entretien avec Andrzej Wajda, qui revient sur la genèse de son film (et notamment sur la difficile élaboration du scénario) ainsi que sur ses souvenirs personnels, notamment liés à l’assassinat de son père à Katyn.

Egalement présent sur ce dvd, un témoignage audio d’un rescapé du massacre, qui nous raconte avec précision la vie des prisonniers polonais dans les camps d’internement ainsi que le mensonge des autorités russes cherchant à camoufler leurs crimes. Un témoignage qui trouve tout son sens grâce à la présence sur ce dvd de deux documents d’archives, en l’occurrence deux films de propagande nazie et soviétiques énonçant des vérités opposés sur des images pourtant similaires, macabres témoignages des mensonges et des manipulations dont la Pologne fut victime.

Enfin, une universitaire spécialiste de la Pologne replace le drame de Katyn dans une perspective historico politique,  rappelant notamment le martyr vécu par les polonais durant cette guerre (et notamment lors du soulèvement de Varsovie) et expliquant les relations toujours tendues avec le voisin russe.

Une édition dvd quatre étoiles, soignée et très complète, qui ravira les passionnés d’Histoire autant que les cinéphiles.

Un grand merci à Cinetrafic qui m’a permis de découvrir ce film et de réaliser cette critique.

Le dvd de « Katyn », d’Andrzej Wajda, est disponible aux éditions Montparnasse.



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Bob Morane 25/03/2010 10:52

Il est toujours bon de remettre la vérité historique même si elle dérange. Les "bons" ne le sont jamais à 100%...

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!