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05 Aug

Mad Money

Publié par platinoch  - Catégories :  #Comédies

« J’ai une théorie : le crime est contagieux, comme s’il était dans l’air, comme un virus que tout le monde se repasse et qui change profondément les gens »

Suite au licenciement de son mari et à l’accumulation de leurs dettes, Bridget Cardigan, qui n’a jamais travaillé, se retrouve obligée de renoncer à sa vie bourgeoise et part donc en quête d’un emploi. Malheureusement pour elle, son inexpérience et sa longue inactivité jouent en sa défaveur. Car qui voudrait recruter une femme de près de soixante ans qui ne maitrise même pas un traitement de texte ? Finalement, elle n’a d’autre choix que d’accepter un emploi de femme de ménage à la prestigieuse Réserve Fédérale.  Institution on ne peut plus sécurisée, c’est là qu’arrivent les vieux billets de banque prêts à être détruits. Difficile de ne pas être tenté dans un tel environnement.  Surtout quand la plupart des employés occupent des postes mal payés et vivent dans des conditions difficiles. Il n’en faut pas plus à Bridget pour réussir à convaincre la bouillonnante Nina et la fantasque Jackie de la suivre dans son stratagème qui pourrait bien les conduire à réaliser le casse du siècle, le tout sans armes ni violence.

« On est comme à Vegas ici : enfermées et surveillées, sans intimité au milieu d’un gros tas de fric. Sauf qu’ici personne ne s’amuse »

Remis au goût du jour par la saga des « Ocean’s » portée par George Clooney, les films de braquage et de casse ont le vent en poupe. Surtout quand il s’agit d’en faire des buddy movie sans violence, retraçant avec humour ces casses aussi ingénieux que spectaculaires. Il n’en fallait pas plus pour voir chaque faits divers du genre ayant défrayé les annales judiciaires faire l’objet d’une potentielle adaptation sur grand écran. C’est le cas ici puisque ce « Mad Money » s’inspire librement d’un fait divers réel, en l’occurrence le détournement de sommes colossales par des femmes des ménages et des ouvrières de la Banque d’Angleterre dans les années 70. Pour tirer le meilleur parti de ce buddy movie féminin, pas étonnant de retrouver aux manettes la réalisatrice Callie Khouri, spécialiste des histoires d’amitié féminines fortes, comme en attestent son Oscar pour le scénario de « Thelma et Louise », ou son premier et précédent long, « Les divins secrets », sorti en 2002. 

« Le secret ici : ne rien désirer. Ne pas même y penser »

Sorti dans l’anonymat de l’été, sans grande campagne promotionnelle, cette petite comédie qui sentait bon le navet n’avait à l’évidence pas d’autre prétention que celle de divertir. Un objectif des plus louables après tout. Cependant, si ce « Mad money » surfe sur la vague des films de casse spectaculaires, la réalisatrice se démarque des productions récentes du genre (« Ocean’s 13 », « Las Vegas 21 ») en sortant du cadre glamour de Las Vegas et de son univers impitoyable peuplé de femmes fatales et manipulatrices et de flambeurs aussi magnifiques que violents, pour prendre place parmi les petites mains affectées aux basses besognes d’une administration prestigieuse. L’envers du décor du rêve américain en quelque sorte, en totale opposition avec la folie des grandeurs et le rêve d’argent facile de la célèbre cité des casinos. Un parti pris qui était totalement défendable et qui permettait de sortir potentiellement des sentiers battus, notamment en s’intéressant à une certaine réalité sociale de l’Amérique qu’on ne nous montre pas si souvent dans ce genre de divertissement, avec sa précarité (le mari de l’héroïne, pourtant haut placé perd son boulot ; le couple de Katie Holmes vit dans une caravane), son racisme ambiant (la black qui vit dans une sorte de ghetto où la venue d’un blanc fait office d’événement local, l’argent lui sert notamment à pouvoir offrir une scolarité de qualité à ses enfants), et ses inégalités flagrantes, symbolisées par ces femmes qui travaillent pour des petits salaires et qui sont en contact permanents avec des sommes d’argent considérables. Malheureusement, la peur de ne pas faire un film populaire et grand public (et donc rentable) semble perturber la réalisatrice qui n’ose pas aller jusqu’au bout de son parti pris, et qui ne peut s’empêcher d’aller flirter avec le bling bling du plus mauvais goût, comme lorsque l’une d’elle s’achète une bague à 60.000 dollars, ou qu’une autre achète un camping-car géant. Une surenchère dans le mauvais goût et l’improbable, sorte d’ode au consumérisme un peu beauf en totale inadéquation avec la réalité sociale montrée plus tôt, et qui souligne parfaitement la situation peut enviable de la réalisatrice, constamment le cul entre deux chaises. Du coup, la plupart des gags tombent à plat (peut-on vraiment imaginer qu’il suffisse de changer un cadenas d’un chariot pour réussir un tel coup ? Et qu’une employée puisse se promener en danser dans les couloirs d’un tel établissement sans rappel à l’ordre ?), et le film, beaucoup trop long, finit par être ennuyeux. Et ce en dépit d’une scène d’arrestation collective plutôt lumineuse et jouissive, gâchée dans les ultimes minutes par un ridicule et inutile happy-end.

« Si l’argent n’achète pas le bonheur, il achète tout le reste »

D’autant que la réalisation de Khouri s’avère assez plate, sans grand génie et sans grande ambition, plus proche de la qualité d’un téléfilm que d’autre chose. Tout juste pourra-t-on trouver un peu de charme à l’interprétation, en particulier à celle de la pétillante Queen Latifah, et surtout au trop rare Ted Danson, à la fois caution d’un peu de sérieux et d’un humour assez décontracté. Petite déception en revanche pour Diane Keaton, dont le jeu est ici beaucoup trop caricatural pour convaincre. Avec son humour un peu ringard, « Mad Money » ne dépasse jamais son statut de petite comédie trop sage et trop prévisible, et un poil soporifique. Pas bien convaincant, sans intérêt aucun, mais totalement inoffensif.   

  



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Bob Morane 05/08/2008 07:26

Oui, c'est tout à fait ça. Un gachis à tout niveau, le cil entre deux chaises pour une comédie perdant tout intérêt. Long, poussif, assez chiant.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!