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16 Apr

Les clés du royaume

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Drames

Un grand merci à ESC Editions pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Les clés du royaume » de John M. Stahl.

 

Les_cles_du_royaume« Un bon chrétien est un brave homme. Mais je trouve qu’un adepte de Confucius est un homme qui a plus d’esprit »

 

Francis Chilsholm, prêtre catholique, est un homme d’église peu conventionnel. Envoyé en Chine pour y établir une paroisse, il refuse de convertir les chinois par la contrainte ou l’argent. Il préfère les convaincre par la force de son rayonnement et de son témoignage. Au fil des années, des guerres, des épidémies et des disettes, il gagne la confiance des habitants et de trois religieuses européennes envoyées pour l’aider dans sa mission.

 

« Une conversion doit se faire par la foi et non par la force ! »

 

Gregory_Peck_kingdomJohn M. Stalh est né au sein d’une famille plutôt aisée de commerçants ayant fuit quelques années avant sa naissance le Caucase Russe. Pour faire plaisir à sa famille, il entame des études de droit qu’il délaisse bien vite pour se consacrer à sa passion pour le théâtre. D’abord acteur à Broadway pendant une dizaine d’années, il s’essaye progressivement à la réalisation de films au cours des années 10, décennie à la fin de laquelle il part définitivement s’installer à Hollywood, où il s’imposera très vite comme l’un des réalisateurs phares du cinéma muet des années 20. Réussissant sans difficulté la transition avec le cinéma parlant, il signe de nombreux mélodrames au cours des années 30, dont « Images de la vie » et « Le secret magnifique » qui feront, vingt ans plus tard, l’objet de remakes signés par Douglas Sirk. Au cours des années 40, il signe deux gros succès que sont « Péché mortel » (1946) et surtout « Les clés du royaume » en 1944. Tiré d’un roman de l’auteur écossais A. J. Cronin publié en 1941 dont le scénario est adapté par Joseph Mankiewicz, le film décrochera quatre nominations aux Oscars (dont Meilleur acteur pour Gregory Peck).

 

« Chacun fait son propre chemin vers le Paradis »

 

Kingdom_PeckAprès une décennie des années 30 plutôt libérale, Hollywood connait un virage plus conservateur au tournant des années 40, annonçant un retour en force du puritanisme. Celui-ci est symbolisé entre autre par la multiplication des films à portée religieuse, avec d’une part des films purement bibliques (« La bible », « Les dix commandements », « Samson et Dalila »...) et d’autre part des films centrés sur la question de la Foi (« La route semée d’étoiles », « Les cloches de Sainte-Marie », « Le narcisse noir »...). Consacré au portrait fictionnel d’un homme d’Eglise parti fonder une mission en Chine, « Les clés du royaume » appartient clairement à cette seconde catégorie. Le film relate ainsi la destinée d’un homme, de son enfance jusqu’au crépuscule de sa vie, et son cheminement vers Dieu. Il pose en outre la question du destin (aurait-il choisit la prêtrise s’il avait pu épouser comme il l’espérait sa fiancée ?) et celle du rapport à la Foi. En cela, le film distingue - et oppose - les théoriciens, adeptes du dogme et servant un idéal lointain, et les pragmatiques, plus souples et au service direct des autres et notamment des plus pauvres. En filigrane, il livre également une description du fonctionnement intérieur de l’Eglise, avec ses castes et ses luttes de pouvoir, donnant au film sa dimension sans doute la plus intéressante. Pour autant, force est de constater que « Les clés du royaume », de par son sujet et son académisme, demeure un film daté et qui ne saurait être exempt de tout reproche. A commencer par sa représentation du peuple chinois, assez caricaturale (le plus souvent, représentés comme des personnages fourbes ou cyniques, prêt à troquer leur foi contre une gamelle de riz) et qui se retrouve de toute façon cantonné aux rôles secondaires, ce qui va à l’encontre du message humaniste d’égalité et de tolérance du Père Chilsholm. Et puis surtout, il y a cette forme de légitimation tacite d’une forme de colonialisme - ici, religieux - qui n’est presque jamais remise en question. Reste le portrait, très digne, d’un homme (parfaitement incarné par la sobriété altière de Gregory Peck) qui - en dehors de toute considération religieuse - aura consacré son existence au service des autres et à faire le Bien. Forcément un peu désuet et anachronique, le film, au demeurant plutôt élégant, se regarde aujourd’hui avant tout comme une curiosité.

 

Keys_of_kingdom

 

**

 

Le blu-ray : Le film est présenté dans une très belle version restaurée en haute définition. Il est proposé en version originale américaine (2.0) ainsi qu’en version française (2.0). Des sous-titres français sont également proposés.

 

Côté bonus, le film est accompagné du module « Une profession de foi hollywoodienne » (16 min.), présentation du film par Mathieu Macheret, critique cinéma pour le journal Le Monde.

 

Edité par ESC Editions, « Les clés du royaume » est disponible en DVD ainsi qu’en blu-ray depuis le 14 mars 2017.

 

Le site Internet de ESC Editions est ici. Sa page Facebook est ici.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!