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09 Jul

Manille

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Drames

Un grand merci à Carlotta Films pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « Manille » de Lino Brocka.

 

Manille

« Ici quand on est riche c’est le bonheur. Sinon, c’est l’enfer. »

 

Julio, 21 ans, a quitté il y a sept mois son village de pêcheurs pour Manille afin de retrouver sa fiancée, Ligaya. Cette dernière s’en est aussi allée à la capitale où du travail l’attendait. Mais lorsqu’elle a cessé de donner des nouvelles, Julio a tout laissé derrière lui pour partir à la recherche de sa bien-aimée. Bientôt à court d’argent, il se fait embaucher comme ouvrier sur un chantier. Julio découvre peu à peu l’univers du sous-prolétariat à Manille entre prostitution, corruption et pauvreté extrême…

 

« Un jour une femme est arrivée au village, elle cherchait des femmes qui voulaient aller travailler en ville. Elle disait que la vie était belle à Manille. Surtout pour les jolies filles. »

 

Manille_brocka

Longtemps resté à l’état embryonnaire, le cinéma philippin connait un essor au début des années 70. Dans le contexte des années de plomb de la dictature du Président Marcos, le cinéma se développe alors autour d’une jeune génération de cinéastes avant-gardistes et contestataires qui voient là un moyen de rendre compte de la violence sociale et de dénoncer les dérives du régime autoritaire (misère, corruption des élites...). Figure de proue de cette génération, Lino Brocka (1939-1991) fut l’un des premiers cinéastes local à créer sa propre société de production afin de tourner ses films de façon indépendante. Il fut aussi le premier cinéaste philippin à être sélectionné à Cannes (« Insiang » en 1978) puis dans la plupart des grands festivals internationaux. Alternant les films populaires et les films plus volontiers sociopolitiques, il signe en 1975 « Manille », d’après le roman « In the claws of brightness » de Edgardo M. Reyes.

 

« Au début, j’avais un peu d’argent, mais j’ai tout dépensé pour la chercher à travers toute la ville »

 

Manille_film

« Manille » commence comme un conte romantique échevelé : l’histoire d’un jeune homme ayant quitté sa campagne pour tenter de retrouver sa fiancée partie sans laisser de trace pour gagner sa vie dans la grande métropole du pays. Mais très vite, le conte tourne au cauchemar. Mais le prospère El Dorado se révèle vite être une antichambre de l’enfer. Une zone de non-droit et de débauche abritant en son sein tout ce que le pays compte de miséreux et de paumés venus se perdre dans la toile tentaculaire de cette ville grouillante, qui abrite une société violente, sans foi ni lois et moralement corrompue. Une cité étouffante, dans laquelle les petits patrons rackettent sciemment les employés tandis que la police s’octroie le droit d’éliminer délibérément les éléments les plus récalcitrants et séditieux. Au milieu de ce chaos, tandis qu’il cherche en vain à retrouver sa belle, le héros glisse progressivement sur la pente qui le mènera vers les bas-fonds de la misère sociale, comme une sorte de déchéance dont on ne se relève jamais. Qu’il s’agisse des ouvriers morts sur les chantiers dont on revend les corps pour dissection à l’Université, ou encore les bidonvilles dans lesquels les miséreux s’entassent dans des conditions d’hygiène et de sécurité déplorables, Lino Brocka dresse un portrait effrayant et claustrophobique de sa ville. Et puis il y a la prostitution, omniprésente, qui apparait comme la dernière étape vers la déshumanisation. L’ultime renoncement à soi et à sa dignité avant de sombrer définitivement. Une sorte de malédiction qui finit inéluctablement par emporter toutes les jolies jeunes femmes des bidonvilles avec lesquelles les hommes comme Julio ont pu espérer, un court instant, la possibilité d’un amour. Les flashbacks du héros (sa jeunesse avec sa fiancée sur son ile paradisiaque) évoquent ainsi un paradis perdu par opposition à cet enfer urbain dont il est impossible de s’échapper. A l’image de ce dernier quart d’heure, à la fois émouvant, déchirant et glaçant. Lino Brocka signe là un drame réaliste fort doublé d’une magistrale balade urbaine désespérée.   

 

Manille_Hilda_Koronel

 

****

 

Le DVD : Le film est présenté dans un Master haute définition restauré en 2K, en version originale philippine (1.0) avec des sous-titres français.

 

Côté bonus, le film est accompagné d’une introduction de Martin Scorsese, de « Manille : Lino Brocka par Pierre Rissient (7 min.), « Manille… un film philippin » (1975 - 23 min.), d’une galerie photos et de la Bande-annonce 2016.

 

Edité par Carlotta Films, « Manille » est disponible en DVD ainsi qu’en blu-ray depuis le 7 juin 2017. Un coffret consacré à Lino Brocka, regroupant les deux films « Manille » et « Insiang » en blu-ray ainsi que le DVD bonus « Retour à Manille : le cinéma philippin » réalisé par Hubert Niogret (2010 - Couleurs et N&B - 57 min.) est également disponible.

 

Le site Internet de Carlotta Films est ici. Sa page Facebook est ici.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!