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05 Aug

So dark the night

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Films noirs-Policiers-Thrillers

Un grand merci à Sidonis Calysta pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « So dark the night » de Jospeh H. Lewis.

 

So_dark_the_night_DVD

« Vous mangez trop, vous buvez trop et surtout, vous parlez trop ! »

 

Un détective parisien prend des vacances pour la première fois depuis onze ans dans une petite auberge de la campagne française. Il y rencontre et tombe amoureux de la fille de ses logeurs. Promise à un fermier voisin, ils disparaissent tous les deux le soir de leurs fiançailles… le détective va mener l’enquête…

 

« Des fois je préfèrerais te tuer que d’avoir à te perdre »

 

So_dark_the_night_Geray

Joseph H. Lewis nait à New-York dans les premières années du vingtième siècle, au sein d’une modeste famille d’immigrés juifs ayant fuit quelques années plus tôt la Russie et ses pogroms. Grandissant en même temps que la toute jeune industrie du cinéma, Lewis se passionne pour le septième art et décide finalement de rejoindre Hollywood où son frère est déjà un monteur reconnu. S’il caresse le rêve de devenir lui-même comédien, il doit cependant se contenter d’un emploi de garçon de courses au sein des studios. Gravissant les échelons un à un au cours des années qui suivent, il enchaine les métiers de techniciens, officiant tour à tour comme caméraman, monteur puis assistant réalisateur, jusqu’à accéder enfin à la réalisation à partir de 1937. Dès lors, il se spécialisera dans la réalisation de films de série B - principalement des films noirs et quelques westerns - faisant étal d’une grande maitrise technique et d’un profond respect des contraintes logistiques inhérentes à ce type de productions (budgets très serrés, durées de tournage très courtes). En dépit de quelques jolis succès au cours des années 50 (« Gun crazy », « La dame sans passeport », « Association criminelle », « Terreur au Texas »), il fera délibérément le choix de ne pas aller vers des productions plus importantes, préférant la liberté artistique dont il bénéficiait sur les productions de série B. Réalisé en 1946, « So dark the night », adaptation d’une histoire signée Aubrey Wisberg, demeure l’un des films les plus importants de la filmographie de Lewis, mais aussi, selon ses propres mots, l’un des plus aboutis.

 

« Je n’ai jamais connu d’enquête comme celle-là »

 

So_dark_the_night_Cheirel

Avec « So dark the night », Joseph H. Lewis signe un film noir aussi étonnant que déroutant. Le film démarre ainsi sur un faux air de légèreté, s’apparentant presque à une comédie. Le plus grand enquêteur de Paris - croisement entre le raffinement d’Hercule Poirot et le côté implacable de Maigret - s’octroie pour la première fois en dix ans quelques jours de vacances loin de Paris. Direction la campagne et le petit village de Saint-Margot où il est accueilli à bras ouverts par les aubergistes, fiers d’accueillir chez eux une célébrité parisienne. Et puis, en dépit de la quiétude du village, les évènements s’enchainent rapidement. Trop. A peine le détective a le coup de foudre pour la fille de l’aubergiste - beaucoup plus jeune que lui et déjà fiancée - que leurs noces sont célébrées. Au grand dam de l’ancien fiancé délaissé. Et puis, d’un seul coup, alors qu’on aurait presque oublié qu’il s’agit d’un film noir, une succession de meurtre vient mettre fin à la légèreté ambiante. La mariée, son ex courtisant, sa mère... les cadavres s’accumulent sans que le héros ne soit capable en dépit de son expérience de faire émerger un suspect ou un mobile. De façon assez brutale, Lewis fait alors basculer son film vers quelque chose de plus sombre, en s’aventurant notamment dans l’exploration des méandres tortueux de l’âme humaine et de la folie. Un voyage au bout de la nuit qui prend fin dans un final dantesque où la caméra joue merveilleusement des reflets du visage de l’assassin pour en montrer les différents aspects, tour à tour affables puis inquiétants. Nonobstant une reconstitution en studio des plus folkloriques de la campagne française, qui plus est peuplé de comédiens de secondes zones (Steven Geray manque un peu de charisme tandis que Micheline Cheirel est franchement falote) principalement originaires d’Europe de l’est et incapables d’imiter l’accent français, Joseph H. Lewis signe là un film schizophrène génialement tordu, d’une profonde noirceur et surtout d’une redoutable efficacité (le film dure à peine 71 minutes).

 

So_dark_the_night_Lewis

 

***

 

Le DVD : Le film est présenté en version restaurée, en version originale américaine (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

 

Côté bonus, le film est accompagné de trois présentations signées respectivement Patrick Brion, François Guérif et Bertrand Tavernier.

 

Edité par Sidonis Calysta, « So dark the night » est disponible en DVD depuis le 13 juin 2017.

 

Le site Internet de Sidonis Calysta est ici. Sa page Facebook est ici.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!