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28 Sep

Guerre des gangs à Okinawa

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Films noirs-Policiers-Thrillers

Un grand merci à Roboto Films pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Guerre des gangs à Okinawa » de Kinju Fukasaku.

 

Guerre_des_gangs_à_Okinawa

« Au Japon, il reste un endroit qui respecte les codes : Okinawa. J’ai connu un type en prison qui en venait. Bien sûr, le coup est risqué. Mais je préfère le tenter que de végéter ici. »

 

Gunji Sadao sort de prison après 10 ans de détention. Son clan n'existant plus, il décide de réunir à nouveau ses troupes pour tenter leur chance à Okinawa. Mais la pègre locale est déjà bien implantée, et soutenue par les américains en place.

 

« Avec une fille comme ça qui t’attendait, pourquoi tu as fait de la prison ? »

 

Guerre_des_gangs_à_Okinawa_Koji_Tsuruta

Pour toute une génération de cinéphiles, le nom du cinéaste Kinji Fukasaku reste étroitement associé au succès de « Battle Royale » (2000), film japonais devenu iconique et grand succès international du début des années 2000. Mais on oublie parfois qu’il s’agit de l’ultime réalisation d’un cinéaste dont la carrière s’étend sur près de quarante ans. Car bien avant de devenir une figure culte en Occident, Fukasaku s’était imposé au Japon comme l’un des grands noms du film de yakuzas.Né dans le Japon du début des années 30, il est très tôt confronté à la violence du monde : adolescent pendant la Seconde Guerre mondiale, il travaille dans une usine d’armement, une expérience qui marquera profondément son cinéma et son regard sur le Japon d’après-guerre. Après des études de cinéma, il entre en 1953 au studio Toei comme assistant réalisateur, et passe à la mise en scène en 1961 avec la série du « Policier vagabond », qui révèle le tout jeune acteur Sonny Chiba. En l’espace de quelques films, il s’impose alors comme l'une des voix majeures du film de gangsters japonais. Une reconnaissance qui lui vaut de participer en 1970 à la mise en scène des segments japonais de la spectaculaire production américaine « Tora ! Tora ! Tora ! ». L’année suivant, il est engagé pour tourner le neuvième opus de la saga « Bakuto » – une franchise de dix films centrée sur les aventures de joueurs professionnels – initiée par la Toei en 1964. Fukasaku connaît déjà bien la série puisqu’il en avait réalisé le sixième volet, « Les Adieux du joueur », en 1968. S’il envisage au départ ce neuvième opus comme une suite à son film de 1969, « Le Caïd de Yokohama », il change son fusil d’épaule après avoir découvert le film « La bataille d’Alger » de Gillo Pontecorvo dont il projette le sous-texte politique à la situation tendue que connait alors l’île d’Okinawa, dernier territoire japonais encore sous administration américaine (et qui sera rétrocédé au Japon quelques mois plus tard), donnant ainsi lieu à ce « Guerre des gangs à Okinawa ».

 

« Cette ile appartient à celui qui sait la prendre. Basta. »

 

Guerre_des_gangs_à_Okinawa_Tomisaburo_Wakayama

Le film suit Gunji Sadao, gangster qui sort de prison après dix ans derrière les barreaux. Son ancien clan de Yokohama ayant disparu, il décide de reformer une équipe avec quelques anciens complices et de tenter sa chance à Okinawa où il espère pouvoir s’approprier un territoire. Mais sur place, la pègre locale, menée par l’imposant Yonabaru, voit d’un mauvais œil l’arrivée de ces yakuzas venus du continent. Dès les premières images, Fukasaku plante le décor et donne une tonalité amère et réaliste à son film : ses yakuzas n’ont définitivement rien d’élégants ni de flamboyants (derrière ses lunettes noires, Gunji apparait en chaussettes et sabots dans la neige, ses complices ont tous des petits boulots minables). Tout comme Okinawa ne nous est jamais présentée comme un paradis tropical, mais plutôt au mieux comme une ville de débauche avec une succession de rues mal famées et de bars interlopes ou les soldats américains viennent noyer leur solitude dans le whisky de contrebandes et les entraineuses locales. Là, sa poignée de gangsters au bout du rouleau pourra livrer bataille pour espérer sa part du gâteau. Aussi vaine et sanglante soit-elle. A l’évidence, Fukasaku lorgne ici vers le cinéma désenchanté de Sam Peckinpah (et notamment sa « Horde sauvage » dont l’ombre semble planer sur le film jusqu’au final jusqu’au-boutiste), avec ses héros nihilistes et désabusés, et sa violence purgative. Mais ce qui n’aurait pu être qu’un banal film de yakuza est ici troublé par l’omniprésence américaine – que ce soit les soldats dans les rues, les enseignes en anglais des bars et des commerces, les patrons de bar ou sa complicité tacite dans le trafic de spiritueux – source de (presque) tous les maux et qui ne fait qu’exacerber les guerres de clan. Derrière la brutalité de l’ensemble, les personnages laissent néanmoins apparaitre de véritables fêlures (tel Gunji qui reste hanté par un amour perdu et qui s’abandonne dans les bras d’une prostituée qui lui ressemble) et une vraie humanité. Maitrisé et efficace de bout en bout, « Guerre des gangs à Okinawa » est un formidable film de gangsters, à la fois radical et élégiaque.

 

Guerre_des_gangs_à_Okinawa_Kinji_Fukasaku

 

****

Le blu-ray : Le film est présenté en version restaurée dans un Master Haute-Définition, et proposé en version originale japonaise (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

 

Côté bonus, le film est accompagné d’un commentaire audio de Nathan Stuart, d’un échange entre Stéphane du Mesnildot et Fausto Fasulo ainsi que de Bandes-annonces. Cette belle édition est complété par des goodies : le livret de Malik-Djamel Amazigh Houha, des photos d'exploitation, six cartes postales et un poster.

 

Édité par Roboto Films, « Guerre des gangs à Okinawa » est disponible en blu-ray depuis le 23 septembre 2026.

 

Le site de Roboto Films est ici. Sa page Facebook est ici.

 

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Le site sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!