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06 Oct

Freud passions secrètes

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Drames, #Biopics

Un grand merci à Rimini Editions pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « Freud passions secrètes » de John Huston.

 

Freud_passions_secretes_dvd

« Les idées exactes ne sont pas nouvelles et les idées nouvelles ne sont pas exactes »

 

A Vienne, en 1885, le jeune Docteur Sigmund Freud s’intéresse à l’hystérie et aux maladies du psychisme.

Soutenu par le seul Docteur Breur, un ami de son père, il mène à cet effet des recherches sur l'inconscient de ses malades et sur le sien propre qui l'amènent à ses principales découvertes.

Mais ses conclusions provoqueront un scandale qui ébranlera toute la médecine et la bonne société viennoises.

 

« Laissez dans l’obscurité ce qui appartient à l’obscurité »

 

Freud_Montgomery_Clift

Fils du célèbre comédien Walter Huston, John Huston vit une jeunesse privilégiée dans un milieu bercé par les arts, la culture et surtout par la littérature, à laquelle il voue une véritable passion. Embauché comme scénariste dès le début des années 30 à la MGM, il se fait remarquer en signant les scénarios de quelques-uns des grands succès de la décennie, tels que « L’insoumise » de Wyler, « La grande évasion » de Walsh ou encore « Sergent York » de Hawks. De quoi lui permettre d’envisager un passage à la réalisation, qui intervient en 1941 avec le « Faucon maltais ». Un premier succès qui marque le début d’une longue et fructueuse carrière ponctuée de chefs d’œuvres devenus depuis des classiques (« Key Largo », « Quand la ville dort », « L’odyssée de l’African Queen », « Dieu seul le sait », « Les désaxés »...). Dès 1958, il entreprend de dédier un film à Freud et aux prémices de la psychanalyse - sujet pour lequel il éprouve un grand intérêt depuis le documentaire « Let there be light » (1946) qu’il consacra aux soldats souffrant de traumatismes psychiques dus à la guerre - et propose à cet effet à Jean-Paul Sartre d’en écrire le scénario. Mais la collaboration entre les deux hommes, rendue compliquée du fait de divergences artistiques (Sartre propose le scénario d’un film de plus de quatre heures et refuse toute coupe) aboutit à un échec. Reprenant finalement l’écriture à zéro, le film est tourné et sort en 1962. Dans le rôle-titre, Huston retrouve Montgomery Clift qu’il avait dirigé dans son précédent film, « Les désaxés » sorti un an plus tôt, et qui avait déjà manié la psychanalyse dans « Soudain l'été dernier » trois ans plus tôt. Acteur névrosé s’il en est, Clift est alors en bout de course, rongé par la maladie et par ses démons intérieurs, rendant l’ambiance de tournage particulièrement difficile. Il s’agit là de son avant-dernier film et de son dernier grand rôle.

 

« La folie des autres vous attire car elle vous permet d’oublier la votre »

 

Freud_passions_secretes

Le nom de John Huston reste généralement associé à une certaine idée du cinéma d’aventures hollywoodien (« L’odyssée de l’African Queen », « Le trésor de la Sierre Madre », « L’homme qui voulut être roi », « Le vent de la plaine »). On en oublierait presque que l’œuvre de cet amoureux des belles lettres fut également très influencée par la littérature. Il adapta ainsi nombre d’œuvres littéraires souvent réputées difficiles voire inadaptables, à l’image du « Moby Dick » de Melville, de « Gens du Dublin » de Joyce ou encore de « Reflets dans un œil d’or » de McCullers. Même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’une adaptation littéraire, « Freud passions secrètes », évocation de la vie de Sigmund Freud et de la naissance de la psychanalyse, appartient à cette catégorie de films de par son sujet difficile et, avouons-le, assez peu cinématographique. Mais Huston est avant tout un cinéaste fin et malicieux. A ce titre, ce n’est pas tant la vie de Freud qui l’intéresse (d’ailleurs le film n’est pas à proprement parler un biopic) mais sa démarche et ses conclusions. Ainsi, après une longue introduction explicative et les premiers échecs du Docteur, l’intrigue se recentrera en grande partie sur le cas de la jeune Cecily, dont les névroses et les désirs refoulés serviront d’expérimentations pour bâtir ses théories. Huston, lui, construit cette partie du récit un peu à la manière d’un polar, à grands coups de flashbacks qui permettent in fine de percer les troubles de la mémoire et de faire jaillir la vérité quant à l’origine des maux de la jeune femme. A l’évidence, la grand réussite de Huston est de parvenir à mettre en images - et à rendre intelligible - les bases de la psychanalyse freudienne, en suggérant un certain nombre de thèmes jusqu’alors tabous au cinéma (la pédophilie, la sexualité infantile). Reste que les 2h20 nécessaires à cette démonstration demeurent d’autant plus fastidieuses que le récit, franchement bavard et à la symbolique parfois pesante (l’allégorie de la grotte), avance sur un rythme lent. Reste un Montgomery Clift comme toujours magistral, le regard parfaitement habité par ses doutes et ses tourments personnels. Au final, cette évocation cinématographique de Freud apparait comme vraie curiosité, même si le film demeure assez secondaire dans la riche et exemplaire filmographie du maitre Huston.

 

Freud_Susannah_York

 

**

 

Le DVD : Le film est présenté en version restaurée, en version originale américaine (2.0). Des sous-titres français sont également proposés.

 

Côté bonus, le film est accompagné de deux modules : « Freud, le film oublié » (22 min.) et « Freud, secrets d’adaptation », par Marie-Laure Susini, psychanalyste et écrivain (12 min.).

 

Edité par Rimini Editions, «Freud passions secrètes » est disponible en DVD depuis le 12 septembre 2017.

 

La page Facebook de Rimini Editions est ici.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!