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11 Nov

Alvarez Kelly

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Westerns

alvarez_kelly.jpg« Je ne pense pas être un homme heureux. Toutefois, je suis moins aigri que vous ! »


En pleine guerre de sécession, Alvarez Kelly, un éleveur mexicain d'origine irlandaise livre un troupeau à la plantation Warwick, afin de ravitailler l'armée de Lincoln. Mais Alvarez Kelly est kidnappé par le colonel Lassiter de l'armée confédérée, avec l'aide de la propriétaire des lieux, Charity Warwick. Emmené captif à Richmond, Alvarez Kelly se voit proposer d’obtenir sa liberté à condition qu’il forme le bataillon de Lassiter au convoyage de bétail. L’approvisionnement des populations et de l’armée confédérées n’étant plus assurée, Lassiter veut monter une improbable opération pour aller chercher avec ses hommes le bétail de Kelly en zone unioniste et le ramener à Richmond...

« Grâce à Dieu, vous n’êtes pas un homme étouffé par les principes ! »

alverezkelly.jpgSous contrat à la prestigieuse RKO, Edward Dmytryk entama une prolifique carrière de réalisateur dès le milieu des années 30. De conviction très à gauche, il se fera surtout remarquer pendant la guerre en réalisant des films patriotiques et clairement antifascistes. En 1944, il ira même jusqu’à adhérer au Parti Communiste américain. De quoi lui valoir les pires ennuis avec la Commission des Activités anti-américaines du sénateur McCarthy. Condamné à une peine de six mois d’emprisonnement, il s’expatriera un temps en Europe avant de venir purger sa peine intégralement, condition sine qua non pour revenir en Amérique. Mais plus grave, sous la pression, Dmytryk finira par passer à table, comme Elia Kazan, dénonçant plusieurs de ses collègues hollywoodiens, parmi lesquels Jules Dassin. Une attitude qui scandalisera une grande partie de l’opinion américaine et qui portera un coup durable à sa carrière. Dès lors, s’essayant à tous les genres, oscillant entre le bonOuragan sur le Caine ») et le moins bon (à commencer par cette horreur qu’est « L’arbre de vie »), le réalisateur s’évertuera à construire de film en film des antihéros complexes, ambigus, versatiles. A l’image de ceux qui peuplent ses westerns, comme l’ancien hors-la-loi qui devient shérif dans « L’homme aux colts d’or » ou encore de celui de ce rancher métisse en guerre contre ses frères dans « La lance brisée ». Réalisé en 1966, « Alvarez Kelly » est l’un de ses derniers films. Et son avant-dernier western, le dernier étant « Shalako », qu’il réalise deux ans plus tard, offrant les deux rôles principaux à Sean Connery et Brigitte Bardot.

« J’aurai ce bétail ou j’aurai votre peau »

alvarez kelly 1966 diaporamaInspiré d’un authentique fait d’armes – le « Beefsteak raid » mené en 1864 par le Major Général Wade Hampton, futur gouverneur de Caroline du Sud – l’originalité de cet « Alvarez Kelly » réside dans sa façon de traiter de la guerre sous un angle nouveau et inédit : celui du ravitaillement alimentaire. Car comme l’explique en substance le générique de départ : « pas de nourriture, pas d’hommes ; pas d’hommes, pas d’armée ». A l’instar de « La mission du commandant Lex » (André de Toth, 1952, avec Gary Cooper), dont il reprend en partie la thématique, le film trace sa voie à mi-chemin entre le film de guerre et le western. Ainsi, tout l’enjeu stratégique des deux camps n’est pas d’aboutir à une confrontation armée directe, mais au contraire de garder la main sur un convoi de bétail nécessaire à sa propre survie et surtout nécessaire pour affaiblir l’autre. Au milieu de tout cela, « Alvarez Kelly » est l’archétype du héros « Dmytrykien » : solitaire, libre-penseur, n’appartenant à aucun camp, il est méprisé autant par les yankees que par les confédérés qui lui reprochent de profiter de la guerre pour faire de juteuses affaires et prospérer. Se démarquant des autres films du genre (« Les cavaliers », « La mission du commandant Lex ») en prenant peu à peu le parti des sudistes (arrogants, les yankees imposent également un blocus qui met en péril les populations civiles du sud), le film se fait même trépident dans sa deuxième moitié, lorsque le héros est contraint d’accompagner ses ravisseurs en territoire ennemi avec pour mission de voler le troupeau et de le ramener au sud. Une folle mission qui se terminera par une impressionnante charge du bétail contre les yankees. L’autre point fort du film, c’est assurément la confrontation entre Kelly et Rossiter, son total opposé (celui-ci à tout sacrifié à la cause : sa promise, son œil, sa fortune). Portée par deux très grands acteurs (Holden et Widmarck), celle-ci est particulièrement savoureuse, d’autant qu’elle laisse un peu de place, par moment, à un second degré bienvenu (le débonnaire Alvarez Kelly est assez enclin au libertinage). Histoire de nous surprendre dans un dernier contrepied, celle-ci ne se terminera pas dans un duel sanglant mais par la reconnaissance d’une estime réciproque. Sous-estimé par certains puristes un peu chagrin, « Alvarez Kelly » est pourtant un western original, bien rythmé et très plaisant, qui rappelle tout le savoir-faire et le talent de Dmytryk en la matière.

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Bob Morane 13/11/2011 08:35



A revoir donc, car vu gamin, il y a fort fort lointain :)



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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!