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09 Sep

Les amours d'Astrée et de Céladon

Publié par platinoch  - Catégories :  #Comédies romantiques

« Vous avez bien de la hardiesse de soutenir mon regard après l’avoir trahi »

 

Rezo Films5ème siècle après J-C, quelque part en France, dans une forêt enchantée. En dépit du désaccord de leurs familles, Astrée et Céladon s’aiment innocemment d’amour pur. Mais, manipulée par un prétendant, Astrée finit par croire que Céladon la trompe. Après l’avoir violemment éconduit, ce dernier décide de se jeter dans la rivière par désespoir. Alors que tout le monde le croit mort, ce dernier est repêché par des nymphes qui décident de le soigner. Si l’une d’entre elle décide de l’enfermer contre son gré pour mieux l’épouser, une de ses disciples l’aide à prendre la fuite dans les bois. Mais plutôt que de retourner chez lui, celui-ci préfère vivre son malheur en ermite, respectant ainsi le vœu d’Astrée de ne plus jamais le voir. Mais guidé par un druide, celui-ci accepte de relever un certain nombre d’épreuves et accepte de se faire passer pour une femme pour côtoyer sa belle sans qu’elle le reconnaisse et sans ainsi briser son vœu…

 

« C’est donc avec la plus grande tristesse que je constate que vous ne pleurez même pas celui qui vous aimait plus que lui-même »

 

Véronique Reymond, Andy Gillet et Cécile Cassel. Rezo FilmsIl était une fois l’un des plus grands réalisateurs du patrimoine cinématographique français. Eric Rohmer, grand artisan de la Nouvelle Vague et réalisateur d’œuvres majeures comme « Le genou de Claire » (1970), « L’amour l’après-midi » (1972), « Pauline à la plage » (1983), ou encore l’excellent « Conte d’été » (1996), a toujours eu un style caractéristique et reconnu marqué par une certaine évanescence visuelle, un goût pour le minimalisme, et des dialogues très littéraires. Pour autant ses films ont rarement fait l’unanimité, la faute à un style souvent peu accessible, et à des choix thématiques discutables et abscons. A ce titre, l’adaptation cinématographique du roman fleuve (pas moins de 5000 pages !) d’Honoré d’Urfé, daté du début du 17ème siècle, avec une intrigue située à l’époque des druides et des bergers, pouvait paraître quelque peu déroutante, les rares incursions du metteur en scène dans des adaptations d’œuvre littéraires anciennes ayant donné lieu à des œuvres franchement hallucinantes et pas convaincantes du tout. Ceux qui auront vu « Perceval le gallois » (1979), avec Lucchini, me comprendront !

 

« Céladon, je ne suis point incommodée puisque je vous vois accommodé »

 

Cécile Cassel et Andy Gillet. Rezo FilmsEt malheureusement, la catastrophe attendue se met en place dès les premières secondes du film, et cette scène de fête de village où des jeunes gens en toges dansent maladroitement une carmagnole improbable. Les scènes se succèdent entrecoupées de panneaux écrits et de voix off commentant les scènes façon « Rosemary’s baby » (1968 – Polanski), rendant l’ensemble assez désagréable et parfois risible (la palme pour le réveil de Céladon chez les nymphes, avec la voix off « Céladon se demande où il est », et Céladon qui enchaîne « où suis-je ? »), et les jeunes acteurs débitent des dialogues ultra littéraires et d’une platitude absolue. Si l’œuvre originale (j’avoue volontiers ne pas l’avoir lue) était certainement dotée d’une force dramatique sur la perte désespérée de l’Amour et son besoin vital de reconquête (on imagine bien le thème assez poétique et onirique façon « Le roman de la rose »), Rohmer, par sa mise en scène plan plan et par ses dialogues assommants et inintéressants, désamorce tout le potentiel émotionnel de son film et plombe littéralement les spectateurs dans un profond ennui.

 

« Il me fait penser à ceux qui après avoir trouvé le vin trop bon se plaignent de s’en être laissé enivrer »

 

Stéphanie de Crayencour et Cécile Cassel. Rezo FilmsEt l’ensemble n’est pas rattrapé par l’aspect visuel du film. Car à la mise en scène sans âme et feignante de Rohmer, il faut ajouter les choix visuels incompréhensibles de l’auteur.  Soyons clairs, depuis « Perceval le gallois », jamais un film de Rohmer (voire même jamais un film) n’avait eu une telle laideur visuelle à nous offrir. Sur une photographie seventies, jaunie et dégueulasse, flirtant dans le style entre vieux porno à petits budgets, mauvais sketch des Inconnus (façon  "Le chevalier de Pardaillec" – on s’attend d’ailleurs à voir Didier Bourdon débarquer en clamant « il y a un traître à la cour, qu’en penses-tu Abdallâh de Bourgogne ? »), et surtout niaiserie télévisuelle seventies façon Nina Campanez, des personnages en toges évoluent dans un décor minable en déclamant des vers improbables et des chansons faussement lyriques et horripilantes. Véritablement une sorte de trip hallucinogène, calibré pour un public de lecteurs des « Cahiers du Cinéma ».

 

« N’accusez point cette fille, il faut seulement accuser le mauvais astre sous lequel je suis né »

 

Andy Gillet et Stéphanie de Crayencour. Rezo FilmsComme toujours chez Rohmer, le casting comporte peu de comédiens confirmés et beaucoup d’inconnus, ce qui se sent d’ailleurs dans l’inégalité des prestations. Les deux acteurs confirmés, Jocelyn Quivrin et surtout Cécile Cassel survolent le film (bien qu’on se demande ce qu’ils sont venus faire dans ce film). A leurs côtés, le quasi novice Andy Gillet (vu dans l’excellent « Nouvelle chance » d’Anne Fontaine), brille par une étonnante évanescence et par son étrange beauté androgyne. Et derrière, le néant. La jeune et néanmoins jolie Stéphanie de Crayencour semble à côté de ses pompes lors de toutes ses déclamations, et se rate ridiculement à chaque scène de pleurs. Mais la palme du naufrage revient sans contexte au comédien interprétant le troubadour fougueux et dragueur impénitent. Ses mimiques et ses intonations mériteraient un bêtisier consacré chez Arthur, si seulement celui-ci connaissait l’œuvre de Rohmer. Entre sourire gêné de pitié, et ennui profond, le dernier Rohmer semble définitivement être une œuvre absconse dont les tenants et aboutissants, et dont l’intérêt, semblent avoir été quelque peu jeté aux oubliettes. Nos pires craintes se confirment dès les premiers instants du film, et on se dit que définitivement, ce n’était pas une bonne idée d’adapter ce roman d’Honoré D’Urfé au cinéma. Œuvre baroque et surtout barrée, trip hallucinogène, « Les amours d’Astrée et de Céladon » est probablement le film le plus dispensable de Rohmer. Par respect pour ce grand réalisateur, espérons que ce ne sera pas son dernier film et que le prochain sera meilleur. Et toujours par respect pour lui, vous n’êtes pas obligé d’y aller.

 Cécile Cassel et Andy Gillet. Rezo FilmsCécile Cassel et Stéphanie de Crayencour. Rezo Films



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Fritzlangueur 19/09/2007 16:03

Eh... Oh... les ptis loulous on se calme !!! MDR ! Moi ce film je l'ai apprécié. Bon c'est sur, je dois avoir le même fournisseur de substances que notre Vieux Maître... Vu mon grand âge !!! Plus sérieusement, je trouve formidable qu'i fasse la nique à la production acutelle, reniant tout dogmatisme. il sort des oubliettes "L'Astrée" en la traitant à sa manière, apparente simplicité des méandres amoureux.

Bob Morane 09/09/2007 18:34

Kouin ??? C'est fini ? Xcusez moi mais, euh comment dire, je m'ai endormi... Nan ! mais pas loin ! Autant j'ai adoré ses contes, autant là, j'ai cru que c'était un gag à la Colaro ou aux Inconnus. Pire navet de l'année ? je crois qu'on le tiens.

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!