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30 Nov

Hunger

Publié par platinoch  - Catégories :  #Films Politiques-Historiques

« - La prochaine fois, je naitrais à la campagne.  – Tu apprendras peut-être à te détendre »

Prison de Maze, Irlande du Nord, 1981. Raymond Lohan est surveillant, affecté au sinistre Quartier H, celui des prisonniers politiques de l'IRA qui ont entamé le "Blanket and No-Wash Protest" pour témoigner leur colère. Le jeune Davey Gillen, qui vient d'être incarcéré, refuse de porter l'uniforme car il ne se considère pas comme un criminel de droit commun. Rejoignant le mouvement du Blanket Protest, il partage une cellule répugnante avec Gerry Campbell, autre détenu politique, qui lui montre comment communiquer avec l'extérieur grâce au leader Bobby Sands.
Lorsque la direction de la prison propose aux détenus des vêtements civils, une émeute éclate. La violence fait tache d'huile et plus aucun gardien de prison n'est désormais en sécurité. Raymond Lohan est abattu d'une balle dans la tête. Bobby Sands s'entretient alors avec le père Dominic Moran. Il lui annonce qu'il s'apprête à entamer une nouvelle grève de la faim afin d'obtenir un statut à part pour les prisonniers politiques de l'IRA.

« On peut aussi se conduire comme une armée et se sacrifier pour nos camarades »

Issu du milieu de l’art contemporain, Steve McQueen a déjà montré par ses œuvres qu’il est un artiste engagé. Pas étonnant de le voir aborder un sujet aussi politiquement sensible que la grève de la faim de Bobby Sands (1954-1981) et des prisonniers de l’IRA (qui aura fait 10 morts en 1981) à l’occasion de son premier long de cinéma. Une reconstitution qu’il voulait minutieuse et surtout sensorielle dans la manière de restituer ce que les prisonniers ont endurer au plus profond d’eux-mêmes. Pour ce faire, Michael Fassbender ira jusqu’à perdre 14 kilos pour interpréter Bobby Sands durant sa grève de la faim. Récompensé dans divers festivals où il a été présenté, « Hunger » a notamment reçu la prestigieuse « Caméra d’or » au dernier Festival de Cannes (prix récompensant le meilleur premier film), ainsi que le Discovery Award à Toronto et le Prix Coup de cœur à Dinard.

« Je ne le fais pas parce que c’est ma dernière solution, je le fais parce que c’est juste »

Il est toujours délicat de toucher aux symboles. Car quelques soient les actes et les opinions de l’IRA, la lutte qu’auront mené fièrement et jusqu’à une fin dramatique Bobby Sands et ses compagnons aura été avant tout une lutte pour l’honneur, la dignité, et pour rappeler à la face du monde que l’Angleterre de Miss Tatcher tolérait en son sein des pratiques d’un autre temps et une barbarie intolérable pour toute démocratie digne de son nom. L’idée d’en faire un film était d’autant plus bienvenue que celui-ci était l’œuvre d’un jeune cinéaste anglais, à priori donc du côté des « loyalistes » pro-Royaume-Uni. Pourtant, quelque soit ses bonnes intentions tant dans le fait d’exposer le martyr de Sands et de ses camarades que dans la dénonciation de la barbarie du régime de l’époque, le film laisse quand même assez perplexe. D’une part sur le fond : en se focalisant sur le régime de détention et le combat mené par les détenus pour la reconnaissance de leurs droits perd un peu de sons sens du fait que le réalisateur ne prenne pas le temps de rappeler vraiment la situation politique de l’époque en Irlande du Nord. Mais plus que tout, c’est la représentation qu’il nous fait de la détention qui met mal à l’aise. Car McQueen prend le parti de tout montrer, cliniquement, sans rien épargner à ses spectateurs : des torrents de pisse aux murs recouverts de merde, des tabassages et des corps détruits aux humiliations, en passant par la longue agonie doublée d’une dégradation physique visuellement impressionnante du héros pendant sa tragique grève de la faim. Insoutenables, repoussantes, souvent assez malsaines, ces images dérangent et choquent plus qu’elles ne démontrent ou créent de l’empathie. D’autant que le film pâtit également d’une réalisation assez « expérimentale », sensorielle, souhaitant clairement impliquer charnellement le spectateur en alternant des grandes phases muettes où le réalisateur prend un malin plaisir à jouer avec les sons pour faire grimper la tension d’une atmosphère anxiogène et claustrophobe, avec les scènes parlées, qui sonnent un peu fausses, à l’image du long monologue de Sands face à son ami prêtre, où il part dans des embardées faussement lyriques de souvenirs d’enfance et de poulain blessé. De même, on reprochera au réalisateur sa fascination morbide pour la violence et la mort, l’esthétisation à l’extrême de la partie relative à la grève de la fin de Sands, durant laquelle il se focalise sur la dégradation de son corps de façon assez christique et un peu malsaine. Clairement, si c’est l’intention qui compte, on ne pourra que saluer celle du film, qui dénonce parfaitement les crimes et les tortures perpétrées en Angleterre sous l’administration Thatcher. Une dénonciation d’autant plus salutaire qu’elle trouve un écho dramatique dans l’actualité, puisque l’inacceptable est toujours toléré par quelques prétendues démocraties (on pense notamment aux prisons de Guantanamo ou de Abou Ghraib). En revanche sur la forme, le film est plus sujet à critiques. Certains y verront – sans doute à juste titre – un chef d’œuvre. D’autres, dont je fais parti, regretteront que la forme ait pris le dessus sur le fond, s’intéressant plus au matryr enduré par ces hommes qu’à la cause qu’ils ont défendu.

  



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Bob Morane 30/11/2008 23:08

Je ne partage pas vos avis. Le film est superbe et la réflexion est forte quand au combat pour faire avancer les convictions les plus élémentaires. Justement, c'est loin d'être simpliste, car il faut aller au delà de ce qui est montré, Il faut interrioriser ce que Bobby Sands et les neuf autres ont vécus. Steve McQuin est génial dans sa démonstration, car jamais il ne prend de position pour nous obliger au débat. Jamais il ne nous enferme, biien au contraire, il nous ouvre les yeux sur la conviction, sur le don de soit et de sa vie. Bobby Sands a fait la démonstration la plus jusqu'au boutiste d'une réalité cachée. Le silence puis le flot de paroles donne le rythme de la vie. La pensée et l'action. La vie et la mort. La dictature et la démocartie. La victoire et/ou la défaite. L'Irlande, comme de nombreux pays, hier comme aujourd'hui, trouve la réponse dans l'aboutissement de l'intention de son engagement. Pour voir ce film tel qu'il est, il faut s'ouvrir largement... pas seulement les yeux.

Anna 30/11/2008 15:31

Nous sommes entièrement d'accord ! En fait je trouve ce film assez simpliste. La forme brillante mais racoleuse et malsaine parasite totalement le fond, enferme le spectateur au lieu de l'ouvrir à une réflexion nécessaire. L'engagement est beau mais il n'y a pas que l'intention qui compte, on est d'accord...

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!