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06 Jun

Voici le temps des assassins

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Films noirs-Policiers-Thrillers

Un grand merci à Pathé pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Le temps des assassins » de Julien Duvivier, présenté dans sa version restaurée HD.

 

Voici le temps des assassins bluray« Cette jeune fille est un cadeau de mon ex-femme... Je t’expliquerai... »

 

À Paris, André Chatelin, un restaurateur au grand cœur, voit débarquer la fille de sa première épouse qu'il n'a pas vue depuis des années. La jeune femme se prénomme Catherine et déclare que depuis la mort de sa mère à Marseille elle n'a nulle part où aller. Bientôt, la jeune fille tente d'évincer Gérard, un sympathique étudiant sans le sou qu'André considère comme son fils. Ce n'est que le début de son projet machiavélique…

 

« L’argent est une maladie honteuse. Quand on a vécu dans la misère, c’est merveilleux de rencontrer un homme comme vous »

 

Voici le temps des assassinsLa carrière de Julien Duvivier connait son apogée durant les années 30. Réalisateur prolifique, il enchaine alors les grands films (« Poil de carotte », « La bandera », « La belle équipe », « Pépé le Moko », « Un carnet de bal ») et fait alors tourner toutes les grandes vedettes du moment. Son succès lui vaut alors une certaine reconnaissance internationale, qui lui vaut, en 1938, de tenter le temps d’une pige (« Toute la ville danse ») l’aventure Hollywoodienne. Sans succès. Il revient donc en France où son prestige reste intact. Mais à peine a-t-il le temps de tourner trois films (dont l’excellent « La fin du jour ») que la seconde guerre mondiale éclate et que la France capitule. Refusant d’avoir à travailler pour l’occupant allemand, il repart à Hollywood. Il y tournera deux films en son nom (« Lydia », remake de son film « Un carnet de bal » avec Merle Oberon, puis « L’imposteur », long-métrage de propagande pour lequel il retrouve - en anglais ! - Jean Gabin) et participera à deux films à sketches. Là encore, l’aventure hollywoodienne ne sera pas un succès mémorable. De retour en France après la guerre, il reprend peu à peu ses activités de réalisateurs, notamment sur de grosses coproductions européennes (« Anna Karenine » avec Vivien Leigh, « Black Jack » avec George Sanders). Mais c’est avec « Le petit monde de Don Camillo » (1952) et sa suite, « Le retour de Don Camillo » (1953), que le réalisateur renoue véritablement avec le succès public. Entamant la dernière partie de sa carrière, il réalise en 1956 « Voici le temps des assassins » qui marque ses retrouvailles à l’écran avec Jean Gabin, près de vingt ans après leur dernière collaboration française (« Pépé le Moko », qui avait de Gabin une star) et douze ans après leur aventure américaine. Pour la petite histoire, il se dira que Gabin gardait une certaine rancœur envers Duvivier, qui attendit tout ce temps pour le faire à nouveau tourner alors même que sa carrière d’acteur mis du temps à redécoller après la guerre.

 

« Tu n’as pas été assez malheureux avec la mère ? Tu veux recommencer avec la fille ? »

 

Voici le temps des assassins 2Avec « Voici le temps des assassins », Julien Duvivier nous plonge de façon quasi documentaire dans le Paris de l’après-guerre. Le Paris des années 50, avec ses halles, ses bouges et ses hôtels de passes miteux. Un Paris populaire aux petites rues miséreuses, loin des images de carte postale. Restaurateur réputé, Chatelin y nvaigue en terrain conquis : il connait les vendeurs des halles, se lie d’une amitié quasi filiale avec un courageux étudiant en médecine sans le sou et se fait le confident de sa fidèle clientèle. Décidemment un bon bougre ce Chatelin, même s’il a parfois le verbe dur. Et puis, comme souvent chez Duvivier, l’arrivée d’une femme va venir rompre l’équilibre et mettre à mal les amitiés viriles. En l’occurrence, il s’agira de Catherine, la fille de son ex-femme. Un personnage qui, derrière son apparente innocence d’un moineau tombée du nid (formidable Danièle Delorme), se révèle être une manipulatrice hors pair, dotée d’un cynisme et d’un machiavélisme hors du commun. Mais d’une manière plus générale, les femmes du film sont présentées comme de vilaines harpies, de méchantes mégères qui écrasent de tout leur poids les personnages masculins. Qu’il s’agisse de Catherine, incarnation de l’immoralité, de la mère de Chatelin, femme cruelle usant de son fouet contre ses employées, ou même de sa bonne, vieille femme rustre qui se mêle toujours de ce qui ne la regarde pas. Extrêmement bien écrit (malgré quelques longueurs), « Voici le temps des assassins » est un film profondément sombre et désenchanté. Sans aucun doute l’un des plus pessimistes de la longue filmographie du réalisateur. Il faut dire qu’à aucun moment ne se profile le moindre espoir de rédemption : la pauvreté rend les gens prêts à tout tandis que l’argent n’est pas non plus un gage de bonheur. Quand aux vrais gentils, ils sont irrémédiablement la proie des êtres définitivement méchants. Duvivier signe là son voyage au bout de la nuit.

 

Voici le temps des assassins 3

 

***

 

Le blu-ray : Le film est présenté dans une version intégralement restaurée à partir d’un master 4K. Il est proposé en version originale française. Côté bonus, il est accompagné d’un module documentaire, « Filmer la noirceur, l’histoire de Voici le temps des assassins » (18’), un entretien avec Eric Bonnefille et Hubert Niogret.

 

Edité par Pathé, « Voici le temps des assassins » est disponible dans une très belle édition combo DVD + Blu-ray depuis le 1er juin 2016.

 

« La fin du jour », « Justin de Marseille », « La belle équipe » et « Tartarin de Tarascon » sortent simultanément dans la même collection.

 

Le site Internet de Pathé est ici. Sa page Facebook est ici.

 

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Bob Morane 06/06/2016 23:10

Oui un très beau film, très sombre comme tout l'univers de duvivier, magnifiquement interprétè

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Le blog sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!