Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
24 May

Lumière pâle sur les collines

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Drames

Un grand merci à Metropolitan FilmExport pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Lumière pâle sur les collines » de Kei Ishikawa.

 

Lumière_pâle_sur_les_collines

« Tu pourrais me parler de votre vie d’avant à Nagasaki ? »

 

Royaume-Uni, 1982. Une jeune anglo-japonaise entreprend d’écrire un livre sur la vie de sa mère, Etsuko, marquée par les années d’après-guerre à Nagasaki et hantée par le suicide de sa fille aînée. Etsuko commence le récit de ses souvenirs trente ans plus tôt, lors de sa première grossesse, quand elle se lia d'amitié avec la plus solitaire de ses voisines, Sachiko, une jeune veuve qui élevait seule sa fille. Au fil des discussions, l’écrivaine remarque une certaine discordance dans les souvenirs de sa mère... les fantômes de son passé semblent toujours là - silencieux, mais tenaces.

 

« Il y a quelque chose que je ne t’ai pas dit… »

 

Lumière_pâle_sur_les_collines_Suzu_Hirose

Né en 1977 à Toyohashi, Kei Ishikawa commence par étudier la physique avant de bifurquer vers le cinéma. Une véritable révolution pour le jeune homme, qui part étudier en Pologne, à la prestigieuse école de Łódź, où il réalise ses premiers courts métrages dès 1999. Après plusieurs documentaires télévisés, il passe au long avec « Gukōroku– Traces of sin » (2016) qui est présenté à Venise ou encore « Mitsubachi to enrai » (2019), récompensé aux Mainichi Film Awards. Mais c’est « A Man » (2022), adaptation d’un roman de Keiichirō Hirano et récompensé par huit Japan Academy Prize(dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur), qui le révèle véritablement. Ishikawa s’impose alors comme l’un des cinéastes japonais à suivre, avec un goût marqué pour les identités troubles et les passés qui refusent de disparaître.Avec « Lumière pâle sur les collines », son septième long métrage, il s’attaque au premier roman (publié en 1982) de Kazuo Ishiguro, monument de la littérature internationale qui a reçu le Prix Nobel en 2017. Un choix particulièrement ambitieux, tant l’écriture d’Ishiguro — faite de silences, de souvenirs incertains et de non-dits — semble difficile à transposer à l’écran. Ishikawa signe lui-même le scénario, tandis qu’Ishiguro intervient comme producteur délégué.Présenté en 2025au Festival de Cannes dans la catégorie Un Certain Regard, il prolonge la riche histoire des adaptations d’Ishiguro au cinéma, après « Les Vestiges du jour » (1993) de James Ivory et « Auprès de moi toujours » (2010) de Mark Romanek. Et en attendant « Klara et le soleil » (2026) de Taika Waititi.

 

« On se ressemble beaucoup toi et moi »

 

Lumière_pâle_sur_les_collines_Yo_Yoshida

Toute l’originalité de « Lumière pâle sur les collines » tient dans son double niveau de narration. Le film navigue effet constamment entre deux époques. En 1982, dans la campagne anglaise, Etsuko reçoit la visite de sa fille Niki, jeune journaliste métisse anglo-japonaise venue interroger le passé de sa mère à Nagasaki. Son projet d’écriture fait écho au suicide récent de Keiko, sa sœur aînée. Les souvenirs d’Etsuko ramènent alors le récit au Nagasaki du début des années 1950, encore marqué par les séquelles du bombardement atomique. Enceinte, la jeune femme s’y lie à Sachiko, une voisine mystérieuse qui élève seule sa fille Mariko dans l’attente d’un départ pour les États-Unis avec son amant américain. Mais chez Ishiguro, l’Histoire compte moins que la manière dont on la raconte. Les souvenirs d’Etsuko se fissurent, et le doute s’installe quant à la véracité des souvenirs qui nous sont exposés : qu’est-ce qu’Etsuko a véritablement vécu dans le Nagasaki d’après-guerre et quels lourds secrets traumatisants porte-t-elle ? Etsuko et Sachiko ne formeraient-elle qu’une même personne ? Sachiko et sa fille Mariko seraient-elles les projections d’Etsuko et de Keiko, façonnées par la culpabilité de la narratrice ? Ishikawa entretient volontairement cette incertitude jusqu’au bout, quitte à frustrer quelque peu le spectateur. En refusant de tout expliquer et en laissant volontairement des zones d’ombres, le film trouve aussi une forme de délicatesse : celle d’un traumatisme si profond et si lourd qu’il semble impossible à raconter frontalement. Derrière son intrigue familiale, « Lumière pâle sur les collines » parle ainsi moins de la bombe que de ses traces : le deuil, la culpabilité, les souvenirs déformés et tout ce qu’une société préfère parfois taire. Un film hanté par ce qui ne peut pas se dire. Bouleversant, assurément.

 

Lumière_pâle_sur_les_collines_Ken_Ishikawa

 

***

Le blu-ray : Le film est présenté en version originale anglo-japonaise (5.1). Des sous-titres français sont également disponibles.

 

Côté bonus, le film est accompagné d’un making of.

 

Édité par Metropolitan FilmExport, « Lumière pâle sur les collines » est disponible en DVD ainsi qu’en blu-ray depuis le 10 avril 2026.

 

Le site Internet de Metropolitan FilmExport est ici. Sa page Facebook est ici.

Commenter cet article

Archives

À propos

Le site sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!