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17 Jun

Antonia et ses filles

Publié par Platinoch  - Catégories :  #comedies dramatiques

Un grand merci à Tamasa Distribution pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Antonia et ses filles » de Marleen Gorris.

 

Antonia_et_ses_filles

« Un mari ? Pourquoi faire ? »

 

À la fin de la guerre, Antonia rentre avec sa fille au village où elle est née. Les deux femmes fonderont une grande famille élargie. Pendant quarante ans, tout arrive : amour, mort, travail, religion, sexe, haine et vengeance, mais aussi philosophie, courage et poésie...

 

« Rien ne vaut d’être enceinte. Ni la copulation ni l’enfant. Le meilleur, c’est le portage et l’accouchement. C’est la plus belle chose au monde. »

 

Antonia_et_ses_filles_Willeke_Von_Ammelroy

Réalisatrice et scénariste néerlandaise, Marleen Gorris s’est imposée dès le début des années 1980 grâce à un cinéma féministe engagé, consacré aux rapports de domination entre les sexes. Avec « Le Silence autour de Christine M. » (1982), puis « Miroirs brisés » (1984), elle dénonce une société qui banalise les violences faites aux femmes et perpétue leur soumission derrière les apparences de la respectabilité. Avec « Antonia et ses filles », la cinéaste change de perspective : au lieu de dénoncer uniquement un ordre patriarcal oppressant, elle imagine un monde où les femmes peuvent inventer leurs propres règles et vivre librement. Écrit dès 1988, le film ne voit le jour qu’en 1995, après plusieurs années de difficultés de production. Inspirée par ses souvenirs de la campagne néerlandaise (mais tourné dans les Ardennes françaises !), Gorris transforme le cadre rural en un espace de liberté, d’entraide et de résistance aux conventions sociales. Présenté à Cannes en 1995, le film remporte l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1996. Une reconnaissance qui lui permet d’accéder à des productions internationales : elle dirige Vanessa Redgrave dans « Mrs. Dalloway » (1997, d’après Virginia Woolf), John Turturro dans « La défense Loujine » (2001) ou encore Shirley MacLaine dans « Carolina » (2003).

 

« Il y a des années tu m’as demandé ma main. C’est toujours non. Mais c’est d’accord pour le reste. »

 

Antonia_et_ses_filles_Els_Dootermans

De retour dans son village natal après la guerre, Antonia reprend la ferme familiale et choisit de vivre selon ses propres règles, en refusant de se soumettre aux conventions d'une société dominée par les hommes, la religion et les traditions. Une « transgression » en douceur, qui voit la ferme devenir peu à peu un refuge pour celles et ceux que le village rejette, donnant naissance à une communauté fondée sur la solidarité et l'acceptation des différences. À travers plusieurs générations, Marleen Gorris explore les multiples visages de l'émancipation. Antonia choisit de vivre sa vie comme elle l’entend sans être sous la domination d’un homme. Sa fille Danielle revendique sa liberté amoureuse et choisit la maternité sans mariage, tandis que Thérèse, sa petite-fille, affirme son indépendance intellectuelle. Sarah, l'arrière-petite-fille d'Antonia et narratrice du récit, assure quant à elle la transmission de cette mémoire familiale. Chacune prolonge ainsi l'héritage d'Antonia à sa manière, sans se conformer à un modèle unique. Par ce biais, la réalisatrice défend une conception généreuse de la liberté – d’aimer, de désirer, de vivre sa vie à sa façon et selon ses choix – tout en dénonçant l’hypocrisie d’une société puritaine et moraliste, qui justifie ses violences au nom des traditions et de réflexes grégaires. A l’évidence, il y a un peu du formidable « Beignets de tomates vertes » (Avnet, 1992) dans ce film. Dans ces histoires de femmes fortes, en quête de liberté et de remise à plat des règles. Dans sa fantaisie aussi. Mais Gorris en oublie un peu le côté piquant. Sa communauté se révèle trop utopique et, belgitude oblige, se perd dans des personnages et des moments excessivement décalés (le couple qui hulule, la matriarche qui se réveille moult fois de son lit de mort) qui étouffent l’émotion de certaines scènes, déséquilibrant un peu la tonalité générale du film. Reste une chronique touchante, généreuse, sur le cycle de la vie, la transmission des valeurs et l’âpreté des combats. Marleen Gorris signe là une fable humaniste sur la possibilité d’un monde meilleur, plus ouvert, tolérant et inclusif, dans lequel chacun pourrait vivre heureux, comme il l’entend, en harmonie avec ses congénères. Un peu naïf sans doute dans sa forme. Mais forcément fédérateur.

 

Antonia_et_ses_filles_Marleen_Gorris

 

**

Le blu-ray : Le film est présenté en version restaurée dans un Master Haute-Définition et proposé en version néerlandaise (2.0). Des sous-titres français et bretons sont également proposés.

 

Côté bonus, le film est accompagné de Antonia, une femme libre par Harry Bos (22 min.) ainsi que de "L'Incarnation de la liberté" par Marie Kirschen (24 min.).

 

Édité par Tamasa Distribution, « Antonia et ses filles » est disponible en combo blu-ray + DVD depuis le 5 mai 2026.

 

Le site Internet de Tamasa Distribution est ici. Sa page Facebook est ici.

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Le site sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!