Le chevauchée fantastique
Un grand merci à Sidonis Calysta pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « La chevauchée fantastique » de John Ford.
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« Ce qui est bon pour la banque est bon pour le pays ! »
En 1885, un petit groupe hétéroclite de civils traverse les paysages désertiques de l'Arizona à bord d'une diligence escortée par la cavalerie, afin de rejoindre la ville de Lordsburg. En cours de route, le hors-la-loi Ringo Kid se joint à la troupe, décidé à venger le meurtre de son père et de son frère. Mais la présence des Apaches dans la région, déterminés à reprendre le sentier de la guerre et menés par le terrible Geronimo, laisse planer une lourde menace sur les passagers.
« Je suis dans cette diligence. J’y reste. J’ai connu des hommes bien plus dangereux que les Apaches ! »
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Lorsqu'il tourne « La Chevauchée fantastique » en 1938, John Ford est déjà un vétéran de Hollywood : pionnier du cinéma américain, il a été l’un des réalisateurs les plus actifs et reconnus de l'époque du muet. Toutefois, il n’a plus dirigé de western (genre auquel on l’associe pourtant trop souvent) depuis « Trois sublimes canailles »tourné douze ans plus tôt. L’idée du film lui est soufflée par son adolescent de fils, qui voit dans la lecture de la nouvelle « Stage to Lordsburg » d’Ernest Haycox – la chevauchée pleine de péripéties d’un groupe de voyageurs traversant en diligence un territoire tenu par les indiens – un potentiel bon sujet. Aux côtés de ses scénaristes Ben Hecht et Dudley Nichols, Ford se sert de ce matériau de départ pour y transposer – très librement et dans l’ouest américain – le roman « Boule de suif » de Maupassant, qui lui permet d’ajouter une dimension sociale à son récit. Mais le projet peine à convaincre les producteurs, et Ford devra se contenter d’un budget de série B très limité pour tourner son film. Son choix d’imposer contre l’avis des studios un certain John Wayne – alors acteur de seconde zone dont la carrière peine à décoller depuis l’échec commercial retentissant de « La piste des géants » (Walsh, 193 ?) – dans le rôle principal n’étant pas de nature à faciliter les négociations avec ses producteurs. Contre toute attente, le film s’avèrera être un important succès commercial en plus d’un succès critique. Nommé sept fois aux Oscars, il repartira avec deux statuettes (meilleur acteur dans un second rôle pour Thomas Mitchell et meilleure musique) lors d’une édition marquée par le triomphe de « Autant en emporte le vent ».
« Qui suis-je pour décider du juste et de l’injuste ? »
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Une diligence lancée à travers l’Ouest américain. À son bord, outre le cocher et le shérif, une galerie de personnages que tout semble opposer : un médecin alcoolique, un joueur, un représentant en whisky, une femme enceinte, un banquier et une prostituée (jamais expressément désignée comme telle). Ils seront bientôt rejoints par un hors-la-loi en fuite. Et bientôt par des indiens bien décidés à les éliminer. Avec sa trame hyper simple,« La Chevauchée fantastique » (1939) aurait pu n’être qu’un banal western d’aventure. Pour autant, John Ford va réussir à transcender son sujet et à transformer une simple traversée en un théâtre social et moral. Dans l’habitacle exigu de la diligence, les personnages montrent ainsi leur vrai visage : et tandis que les plus respectables se montrent les plus détestables (le gentilhomme du sud qui refuse de laisser boire la prostituée ; le banquier escroc), ce sont les marginaux et les réprouvés qui se montrent les plus dignes et les plus humains. Ford insuffle ainsi une critique sociale discrète mais efficace de l’Amérique puritaine selon laquelle les apparences sont souvent trompeuses et les « bons » ne sont pas toujours ceux que la société désigne comme tels. Au-delà de la qualité de son scénario, « La chevauchée fantastique » est aussi marquant en ce qu’il est le premier film à prendre pour décor Monument Valley et ses reliefs spectaculaires, dont l’immensité désertique renforce la sensation d’enfermement et de piège des personnages coincés dans la diligence. John Ford y filme les paysages grandioses comme un personnage à part entière, inventant ainsi de nouveaux codes visuels et esthétiques qui deviendront la marque de fabrique de ce genre cinématographique un peu à part. Seul bémol : la représentation assez caricaturale faite des indiens, comme souvent à cette époque réduits à des personnages anonymes et cruels que l’on peut abattre à la pelle et sans état d’âme. Mis à part cela, Ford déroule un western aussi matriciel que magistral, à la fois psychologique, social et spectaculaire. De la très belle ouvrage.
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Le blu-ray : Le film est présenté en version restaurée à partir d’un transfert 2K et est proposé en version originale américaine (2.0) ainsi qu’en version française (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.
Côté bonus, le film est accompagné d’une présentation signée Noël Simsolo (22 min.), d’un documentaire sur John Ford issue de la BBC (41 min.) et d’une bande-annonce. Le film est également proposé en version colorisée (VOSTFR).
Édité par Sidonis Calysta, « La chevauchée fantastique » est disponible depuis le 16 janvier 2026 en édition digibook collector blu-ray + DVD, contenant également un livret de 48 pages signé Jean-François Giré.
Le site Internet de Sidonis Calysta est ici. Sa page Facebook est ici.
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