A deriva - Un dernier été
A loccasion de la deuxième cession de lopération DVDtrafic, lancée à linitiative de lexcellent site Cinétrafic, il ma été proposé de critiquer le dvd du film « A deriva ».
« Ce nest pas parce que tu ne laimes pas que tu as le droit de le maltraiter »
Filipa, 14 ans, passe l'été avec sa famille à Buzios, à côté de Rio de Janeiro (Brésil). Ces vacances seront le théâtre d'un passage douloureux à l'âge adulte et de sa première initiation à l'amour. Filipa découvre avec peine l'infidélité de son père, un romancier célèbre qui trompe sa mère avec une belle Américaine vivant près du petit village côtier. Mais cet événement n'est que le premier d'une longue série de réalisations à la fois douloureuses et enchanteresses que Filipa va être amenée à faire sur sa famille et sur elle-même.
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« Jai pris une photo de Maman pour toi, parce quelle est jolie »
Un père et une fille font la planche dans locéan, au large dune plage paradisiaque. Seuls au monde, dans ce paysage de rêve, caressés par le soleil, ils se laissent dériver. Il règne sur cette image idyllique qui ouvre le film une parfaite sérénité, un calme absolu. Pourtant, comme le rappelle le titre « Un dernier été » - une tempête sapprête à ravager ce bonheur en apparence si parfait. En effet, le monde tranquille de la jeune Filipa est sur le point de sécrouler. Brassant pêle-mêle une série de thèmes, allant de lexplosion du noyau familial (les parents sur le point de divorcer) à la remise en cause de limage du père (de part son infidélité) en passant par léveil à la sexualité, le réalisateur brésilien Heitor Dhalia dresse un portrait sensible de ce difficile passage à ladolescence, synonyme de perte dinnocence. Le problème, cest que le canevas scénaristique savère tout de même un peu éculé (la partie daction/vérité pour illustrer léveil à la sexualité) et maladroit (notamment quand le film enfile les poncifs comme par exemple le livre écrit par le père de Filipa qui est une mise en abîme de son propre couple). Même si le réalisateur évite certains pièges en jouant avec les faux semblants (linfidélité du père nest pas forcément la cause de la séparation mais sa conséquence), ce qui évite au film de tomber dans le manichéisme facile (pour le coup, il ny a pas de salaud dans lhistoire).
« Toutes les bonnes choses ont une fin »
Pour autant, si « A deriva » pèche parfois côté scénario, force est de constater que sur sa forme, la mise en scène de Heitor Dhalia se révèle dune esthétique fascinante. Doté dun sens du cadre incroyable, le réalisateur use des longues focales, dune photographie aux couleurs chaudes presque irréelles et de musiques aux sonorités nostalgiques pour créer une étrange atmosphère, où lhédonisme ambiant est constamment traversé par des fulgurances de mort (lassassinat de la voisine, laccident de voiture). Impression renforcée par le parti pris de ne pas ancrer son film dans une quelconque réalité (abstraction totale de la pauvreté et de la violence au profit dun Brésil de carte postale) ou temporalité (aucun indice ne permet de définir la décennie dans laquelle se déroule le film), qui lui confère des accents à la fois oniriques et élégiaques. Dommage toutefois que Dhalia abuse un peu des symboliques faciles. A limage du rôle omniprésent de leau, symbole de pureté (dans tous les sens du terme), qui sépare le monde des enfants (le monde sous-marin, abrité des bruits de lextérieur) de celui des adultes. Difficile au final dêtre totalement convaincu par ce « A deriva ». Malgré son goût dinachevé, le film nen demeure pas moins une uvre visuellement très belle et très aboutie (à limage de la scène finale, visuellement magnifique). Elle révèle au grand public un réalisateur à lesthétique très sûre et offre à Vincent Cassel (qui trouve là son premier rôle après sa cure damincissement suite au tournage de « Mesrine») loccasion de révéler une nouvelle facette de son talent dans un rôle inhabituel.
Bonus DVD : Lédition DVD propose le film en trois langues : la version originale portugaise (recommandée) ainsi que les versions française et anglaise. Petit problème de lédition presse, les sous-titres anglais demeurent incrustés dans limage du film, quelque soit la version choisie. Côté bonus, un intéressant making-of est proposé dans lequel léquipe du film (réalisateur, chef opérateur, comédiens) reviennent sur la genèse du projet, son tournage et le choix de la jeune comédienne Laura Neiva, repérée sur un réseau social Internet brésilien. A noter toutefois, toujours sur lédition presse, quil est hélas ! impossible de zapper les bandes-annonces des prochaines sorties en dvd.
A Deriva
Un film de Heitor Dhalia avec Vincent Cassel et Debora Bloch.
Distribution : Universal Pictures
Fiche produit Boutique Universal
Date de sortie : 25/05/2010
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