Hot saturday
Un grand merci à Éléphant Films pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Hot Saturday » de William A. Seiter.
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« On n’ira pas à sa fête. Les filles prendraient feu si on allait là-bas ! »
Ruth Brock est une employée de banque de la petite bourgade de Maryville. Le samedi soir venu, les occupations sont rares et si le sulfureux Romer Sheffield organise une soirée, tous les jeunes de la ville s'y précipitent. Quand Ruth s'y rend pour y boire un verre et danser, elle est loin d'imaginer que cette sortie va entacher sa réputation au point de sceller son destin.
« Il semble que je sois une femme immorale. Et on ne veut pas d’une femme immorale dans une banque. Elle pourrait dévoyer les jeunes billets ! »
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Si son nom n’est plus guère parlant aujourd’hui, William A. Seiter n’en fut pas moins un cinéaste prolifique et reconnu qui opéra tant durant l’ère du muet que dans les premières années du cinéma parlant. Avec plus d’une centaine de films à son actif, cet honorable artisan aura abordé quasiment tous les genres (comédies légères, mélodrames, films musicaux et même quelques westerns) et, surtout, dirigé quelques-unes des plus grandes vedettes de son époque, telles Shirley Temple (« Petite princesse, « Fossettes »), Fred Astaire et Ginger Rogers (« Roberta », « Ô toi ma charmante ») ou encore les Marx Brothers (« Panique à l’hôtel »). En 1932, il est appelé à diriger pour la Paramount « Hot Saturday », une comédie de mœurs adaptée du roman éponyme de Harvey Ferguson (publié en 1926). Un film qui devait réunir à l’origine Gary Cooper, jeune premier iconique du cinéma hollywoodien, et Cary Grant, qui n’est encore qu’un débutant. Mais par un coup du destin, Cooper se désistera et Grant récupérera ce qui sera son premier rôle en tête d’affiche. Surtout, il se liera d’une profonde amitié avec son remplaçant, Randolph Scott, avec lequel il partagera sa vie pendant une décennie.
« Je ne savais pas que notre première danse serait aussi la dernière. J’espère qu’elle sera longue »
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Produit par Paramount Pictures, le film est tourné en 1932, en pleine période pré-Code, c’est-à-dire avant l’application stricte du Code Hays (qui entrera en vigueur en 1934). Cette période de relative liberté permet au cinéma hollywoodien d’aborder des thèmes jugés alors osés : sexualité implicite, critique sociale, personnages féminins complexes et situations moralement ambiguës. Prenant pour décor une petite ville du Midwest, l’histoire suite une jeune et jolie employée de banque qui suscite autant le désir des garçons de sa ville que leur jalousie une fois qu’ils se retrouvent éconduits. Mais alors qu’elle se retrouver contrainte de s’enfuir lors d’une promenade pour ne pas avoir à céder aux avances de son prétendant, elle trouve (un chaste) refuge pour une partie de la nuit chez un riche rentier à la réputation sulfureuse. Ce qui déclenchera bien malgré elle un scandale, la faisant passer pour une immorale paria aux yeux de toute la ville. Avec beaucoup de malice, le film explore les mécanismes de la rumeur, de la jalousie et de la condamnation morale collective, osant ainsi critiquer frontalement le puritanisme et l’hypocrisie de l’Amérique profonde. Et ce avec une grande modernité : qu’il s’agisse de sa dimension phallocratique (les jeunes hommes sont encouragés à être entreprenants, voire prédateurs tandis que les femmes sont jugées sévèrement voire punies pour le moindre écart supposé), familiale (les parents de l’héroïne ne pensent qu’au salaire qu’elle apporte et leur verse), sociétale (les commères incarnant autant une autorité morale oppressive qu’un tribunal populaire) ou encore la sacrosainte institution du mariage, unique espoir de réhabilitation sociale pour les « filles de mauvaise vie », à condition de se soumettre à un homme. La liberté de ton du Pré-code donne là encore au film toute sa force : l’héroïne refuse d’être une victime passive. Elle résiste aux avances non consenties de son prétendant, renonce à un mariage voué à l’échec et finit par choisir activement son destin. Sa décision finale – assumer la rumeur en vivant réellement la nuit avec Romer – est un acte de rébellion radicale, typique des héroïnes pré-Code qui refusent de se soumettre aux diktats sociaux. Fort d’un format resserré (77 minutes) et de dialogues souvent incisifs, Seiter signe là bien plus qu’une efficace comédie de mœurs romantique : « Hot Saturday » est un portrait corrosif d’une Amérique conservatrice, intolérante et hypocrite (l’alcool coule à flot en pleine prohibition) autant qu’ et une célébration de la liberté féminine. Étonnant de modernité.
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Le blu-ray : Le film est présenté en version restaurée dans un Master Haute-Définition, et proposé en version originale américaine (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.
Côté bonus, le film est accompagné d’une présentation et d’une analyse signée Justin Kwedi (15 min.).
Édité par Éléphant Films, « Hot Saturday » est disponible en combo blu-ray + DVD ainsi qu’en édition DVD depuis le 2 septembre 2025. Il est disponible en édition blu-ray depuis le 13 janvier 2026.
Le site Internet d’Éléphant Films est ici. Sa page Facebook est ici.
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