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21 Dec

Un baiser s'il vous plait!

Publié par platinoch  - Catégories :  #Comédies romantiques

« Je vais être honnête, j’ai moi aussi quelqu’un dans ma vie. Mais je voulais juste vous donner un baiser d’au revoir. Un baiser sans conséquences. »

 

De passage à Nantes pour raisons professionnelles, une femme, Emilie, fait la connaissance d’un homme, Gabriel. Séduits mutuellement, et bien qu’ils soient tous les deux déjà engagés par ailleurs, ils décident de passer la soirée ensemble. Mais lorsque celui-ci tente de l’embrasser, Emilie se dérobe. Avec pour seule raison, l’histoire similaire qui est arrivée à son amie : celle-ci était mariée, installée, et heureuse, et a remis en question toute sa vie pour avoir accepté de dépanner physiquement et mécaniquement son meilleur ami, en mal de tendresse physique. Pour elle, le simple baiser d’un autre homme, à priori sans importance, a suffit pour chambouler littéralement sa vie…

 

« J’ai du mal avec les compagnes de mes amis : non seulement il faut s’efforcer de ne pas les trouver désirables, mais en  plus il faut s’efforcer de les apprécier »

 

Cinéaste à part dans l’univers du Cinéma français, Emmanuel Mouret affirme son style, sans se soucier des modes, au fil de ses films. Un style résolument littéraire et décalé, marqué par sa prédilection pour le marivaudage. Diplômé de la FEMIS (section réalisation), Mouret, malgré des critiques souvent enthousiastes, n’a jusqu’ici connu que des succès d’estime. Pour preuve, son dernier long en date, « Changement d’adresse » (2006), bien que porté par une bonne critique presse, n’avait pas atteint les 150.000 spectateurs en fin de carrière. Continuant son exploration du marivaudage, « Un baiser s’il vous plait », son nouveau film, sort sur nos écrans, porté là encore par une critique presse très favorable. Selon les propres mots de l’auteur et réalisateur, ce dernier souhaitait faire un film sur le désir et les conséquences et les répercussions qu’un simple baiser, acte finalement anodin et léger, pouvait avoir sur une vie ou sur une relation. A noter que le film a été présenté à la dernière Mostra de Venise, dans la section « Giornate degli autori ».

 

« On ne peut devenir sage qu’à la condition d’avoir été fou »

 

Il est  surprenant de voir combien Mouret affirme son style, film après film. Un style hybride, mélange de nombreuses influences, à la fois de Woody Allen façon très francisée, par son héros franchement gauche et souvent dépassé par les évènements, de Eric Rohmer, pour le côté très littéraire des dialogues, récités de manière décalée et volontairement artificielle, et de Sacha Guitry, pour l’amour des situations causasses, du marivaudage, et surtout des jeux avec les mots et les sonorités. Mélange étonnant, donc, pour un résultat qui, contre toute attente, s’avère assez charmant. Certes, il faudra pour apprécier rentrer dans l’univers bien particulier de Mouret. Un univers désuet, peuplé de grands garçons trop bien coiffés qui restent bons joueurs en toutes circonstances, et à l’humour absurde et très décalé, où les situations les plus improbables s’enchaînent sans que cela ne pose problème aux différents personnages (le héros demande à sa meilleure amie, pourtant mariée, de lui rendre le service de coucher avec lui parce qu’il est en mal de tendresse depuis sa récente rupture, ce qui conduira les deux amants à monter les pires stratagèmes pour préserver leurs conjoints respectifs). Mais tout cela cache un film beaucoup plus subtile. Elégante variation sur le désir, Mouret brille par son talent d’auteur, tant par ses dialogues léchés que par la mise en parallèle de deux histoires, l’une servant à justifier l’autre. On sourit souvent devant la légèreté de l’ensemble, humour qui s’efface le temps d’une ultime scène brillante, poétique, et délicatement romantique. Reste que le film souffre quand même de quelques défauts, notamment au niveau du rythme, certains passages paraissant beaucoup trop longs.

 

« Doit-on déstabiliser tout ce qu’il y a autour de soi simplement pour les baisers et les caresses qui s’en suivent ? Et si ce n’était pas une simple histoire de baisers et de caresses ? Et si c’était simplement une très belle histoire d’amour ? »

 

Sur la forme, la mise en scène de Mouret semble plus proche du théâtre que du cinéma, les dialogues très calculés et millimétrés ne laissant, semble-t-il, que peu de place à l’improvisation. Un choix de mise en scène qui, combiné à des dialogues très écrits, pourra dérouter voire rebuter certains spectateurs, mais qui se justifie par le travail millimétré de Mouret. Côté interprétation en revanche, l’ensemble s’avère très inégal. On ne pourra que tomber sous le charme du couple Julie Gayet – Michael Cohen, dont le jeu de séduction s’avère très réussi et très intéressant. Mais tous les autres comédiens ne sont pas au même niveau. Virginie Ledoyen reste très moyenne, tout comme Emmanuel Mouret, dont le jeu volontairement décalé et artificiel finit par ennuyer un peu. Frédérique Bel reste un peu trop enfermée dans son rôle de blonde nunuche qui l’avait révélée dans la « Minute blonde ». Reste un Stefano Accorsi intéressant, mais dont la présence à l’écran est trop réduite pour être satisfaisante.

 

« Avant qu’un baiser ne soit donné, on ne peut pas savoir s’il sera petit ou grand »

 

Au final, à défaut d’être un chef d’œuvre, « Un baiser s’il vous plait » est une agréable variation sur le thème du désir. Bien caché derrière sa comédie subtilement décalée, Emmanuel Mouret nous surprend en glissant malicieusement quelques moments réussis de sensualité, de charme, et de poésie. Reste que la forme trop écrite et le jeu artificiel de certains comédiens risquent de décourager et de dérouter certains spectateurs. Un film singulier et original en tous cas. Mouret, à contre courant et en progression constante, est définitivement un réalisateur à suivre.



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F
Un grand moment de cinémadans ce film Romerien j'ai trouvé que tout les acteurs excellaient dans leur rôle : un grand moment de cinéma et, pour moi, incontestablement un chef-d'œuvre.
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S
D'accord avec Bob Morane à propos de Virginie Ledoyen.
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B
Très belle critique, dont je partage ton avis, à une exception près. Je trouve au contraire que Virginie Ledoyen est très bien, dans un rôle sobre, à la hauteur de ce que Mouret nous offre.
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Le site sans prétention d'un cinéphile atteint de cinéphagie, qui rend compte autant que possible des films qu'il a vu!