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30 May

La belle de Rome

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Comédies

Un grand merci à Tamasa Distribution pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « La belle de Rome » de Luigi Comencini. 

 

La_belle_de_Rome

« Nous étions d’accord… mais les hommes reviennent toujours sur leurs promesses ! »

 

Mario, un boxeur un peu trop vif, se retrouve en prison après une altercation, laissant sans défense sa jolie fiancée Nannina, qui subit les assiduités d’Oreste, âge mûr et grosse fortune, puis du petit bourgeois Gracco. Devenue gérante d’un restaurant, elle devra jouer de ses charmes…

 

« Tu es un monstre mais je suis heureuse de t’avoir épousée »

 

La_belle_de_Rome_Silvana_Pampanini

Bien qu’étudiant l’architecture, Comencini s'intéresse très tôt au cinéma. Avec Alberto Lattuada, il fonde la Cineteca Italiana à Milan et devient parallèlement critique de cinéma pour la presse écrite. Ses débuts derrière la caméra, à la toute fin de la Seconde guerre mondiale, s’inscrivent pleinement dans la veine néo-réaliste : Son court métrage « Bambini in città » (1946), tourné dans les ruines de Milan, reçoit un Ruban d’argent et est sélectionné à Cannes, tandis que son premier long, « De nouveaux hommes sont nés », passe inaperçu auprès d’un public qui lui préfère la même année « Païsa » de Rossellini et « Scuiscia » de De Sica. S’il s’essaye avec plus ou moins de réussite au drame et au film noir social (« Les volets clos », « La traite des blanches »), c’est grâce à la comédie qu’il obtient la consécration. Avec notamment les grands succès populaires de « Pain, amour et fantaisie » (1953) et de sa suite, « Pain, amour et jalousie » (1954). Mais la médaille du succès comporte un revers frustrant pour Comencini qui peine à sortir d’un registre comique qui ne lui permet pas de s’exprimer comme il le voudrait. C’est dans ce contexte qu’il tourne en 1955 « La belle de Rome » qui s’inscrit dans une série de comédies de mœurs et de vaudevilles (« Mariti in citta », « Epouses dangereuses », « Les surprises de l’amour ») qu’il enchaine jusqu’au début des années 60, où sa carrière prendra un tour plus dramatique (« La ragazza di Bube », « L’incompris », « Casanova, un adolescent à Venise »). Le film marque sa rencontre avec l’acteur Albert Sordi, alors en pleine ascension, et qu’il dirigera ensuite à plusieurs reprises (« La grande pagaille », « Le commissaire », « Le grand embouteillage »). Il bénéficie également d’une musique signée par le prolifique Nino Rota, qui vient alors de signer la musique emblématique de « La strada » de Fellini l’année précédente, et qui signera plus tard celle du film « Le parrain » de Coppola.

 

« Quand un homme paie, il compte bien en avoir pour son argent ! »

 

La_belle_de_Rome_Alberto_Sordi

Parce que son tempétueux fiancé part faire un séjour en prison à la suite d’une altercation avec un policier, une belle (mais pauvre) jeune femme qui rêve d’ouvrir son propre restaurant se résout à prendre un emploi de caissière dans un café. Sans se douter qu’elle déclencherait les passions de son patron, un veuf entre deux âges, et de l’ami de celui-ci, plus jeune mais marié, qui se livrent à une cour aussi assidue que pathétique. Mais derrière cette intrigue vaudevillesque, Comencini construit une observation sociale bien plus subtile qu’il n’y parait. Le marivaudage devient alors un moyen d’interroger la place de la femme dans la société italienne conservatrice et patriarcale des années 1950 et, notamment, sa dépendance (principalementmatérielle) aux hommes. Héroïne en quête d’émancipation et de liberté, Nannina refuse toute forme de fatalité. Tout comme elle refuse de renoncer à ses rêves. Intelligente et très lucide, elle n’hésite pas à jouer de son pouvoir de séduction pour manipuler les hommes sans jamais se compromettre, retournant à son avantage les dérives du machisme ambiant. Avec beaucoup d’ironie, Comencini se moque une nouvelle fois (comme dans « Mariti in citta ») de la médiocrité de ces hommes fanfarons, incapables de maitriser leur désir, mais qui font étalage d’une immense lâcheté au premier obstacle venu.  En creux, le cinéaste brocarde aussi la place de la religion dans la société et de l’hypocrisie morale qui en découle, ce qui donne lieu à plusieurs scènes cocasses (les superstitions et les promesses non tenues car trop contraignantes – la séparation des lits conjugaux – ou la confession du tapissier, détournée et sous la contrainte). Sous ses apparences de comédie légère, « La belle de Rome » est au final un film plus fin et plus mordant qu’il n’y parait. Le cinéaste y abordant avec ironie les thèmes qui deviendront sa marque de fabrique : le machisme, la lâcheté des hommes ou encore la condition féminine. Soixante-dix ans plus tard, force est de constater que le film est toujours aussi malin et savoureux.

 

La_belle_de_Rome_Luigi_Comencini

 

***

Le blu-ray : Le film est présenté en version intégrale restaurée 2K et proposé en version originale italienne (2.0). Des sous-titres français et bretons sont également disponibles.

 

Côté bonus, le film est accompagné de « La Belle et la ville » par Paola Palma, une comédie douce-amère sur la femme et le désir (36 min.). Le livret « En écrivant avec des courbes » par Diogo Serafim (16 pages) vient compléter les suppléments.

 

Édité par Tamasa Distribution, « La belle de Rome » est disponible en combo blu-ray + DVD depuis le 28 avril 2026.

 

Le site Internet de Tamasa Distribution est ici. Sa page Facebook est ici.

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