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08 Oct

La cité des dangers

Publié par Platinoch  - Catégories :  #Films noirs-Policiers-Thrillers

Un grand merci à Sidonis Calysta pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « La cité des dangers » de Robert Aldrich.

 

La_cité_des_dangers

« Tout le monde est à vendre un jour ou l’autre »

 

Gloria Hollinger est retrouvée morte sur une plage de Los Angeles. La police conclut rapidement à un suicide et le père de cette dernière ne l'accepte pas. Poussé par ce dernier, le lieutenant Phil Gaines, flic cynique et désabusé, décide de creuser l'affaire. Ses investigations le font remonter aux intouchables de la ville, dont le puissant avocat qui emploie la call-girl de luxe avec qui Gaines entretient une liaison passionnée. Pris au piège entre un père assoiffé de vengeance et une élite corrompue et ses propres contradictions morales, Gaines s'enfonce dans les ténèbres du rêve californien.

 

« 1955, c’est son année de naissance. Vingt ans plus tard, ce n’est plus qu’un amas de viscères dans un bocal »

 

La_cité_des_dangers_Burt_Reynolds

Fils d’une riche famille du nord-est américain (son père est magnat de la presse, sa tante fut l’épouse du célèbre John D. Rockefeller Jr.), rien ne semblait prédestiner le jeune Robert Aldrich à une carrière dans le cinéma. Mais fort de convictions très ancrées à gauche, il fera le choix de tracer sa propre voie. Embauché à la RKO en 1941, Aldrich travaille d’abord à la production avant d’assister pendant plusieurs années quelques-uns des plus grands réalisateurs de son époque. Il travaille ainsi avec Jean Renoir (sur « L’homme du sud »), William A. Wellman (« Les forçats de la gloire »), Lewis Milestone (« Arc de triomphe »), Joseph Losey (« Le rôdeur ») et surtout Charlie Chaplin (« Les feux de la rampe »). S’il signe ses premières réalisations à la télévision, il revient rapidement au cinéma où il se fait remarquer par sa vision anticonformiste du monde : il désacralise le western comme le film de guerre en choisissant des héros immoraux et crapuleux (« Vera cruz », « Les douze salopards »), surfe sur les peurs collectives (la paranoïa nucléaire avec « En quatrième vitesse ») et fait montre d’une totale défiance envers la brutalité des institutions (les studios de cinéma avec « Le grand couteau », « Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? » ou encore « Le démon des femmes » ; l’armée (« Attaque ! », « Les douze salopards »). Après une série de revers commerciaux (dont des films très réussis comme « Pas d’orchidées pour Miss Blandish » ou « L’empereur du nord »), il renoue avec le succès grâce au film « Plein la gueule » (1974), porté par le charismatique Burt Reynolds, alors au sommet de sa carrière. Fort de ce succès, les deux hommes décident aussitôt de retravailler ensemble : Reynolds propose le script du polar « La cité des dangers » à Aldrich, qui accepte de le diriger et impose le choix de Catherine Deneuve pour le principal personnage féminin. 

 

« Il arrive parfois qu’on ne distingue plus les chrétiens des lions »

 

La_cité_des_dangers_Catherine_Deneuve

Avec « La Cité des dangers », écrit par Steve Shagan, Robert Aldrich détourne les conventions du polar urbain pour livrer un portrait particulièrement sombre de l'Amérique des années 1970. L’enquête ouverte à la suite de la découverte du cadavre d’une jeune femme sur une plage de Malibu devient rapidement le prétexte à une exploration des zones les plus troubles de Los Angeles. Derrière les façades ensoleillées de Malibu se dévoile ainsi une société gangrenée par l'argent, la prostitution, les trafics et la corruption. À travers le personnage de Leo Sellers, homme d'affaires influent et prédateur sans scrupules, Aldrich dénonce un système où les puissants échappent à leurs responsabilités tout en asservissant les plus vulnérables, quidemeurentlivrés à leur triste sort. Le tout sous les yeux d’une police quasi impuissante à faire tomber les puissants de ce monde. De quoi permettre au cinéaste de dresser un portrait particulièrement amer et cynique d’une société américaine où la prédation et la violence ne sont plus des anomalies mais des rouages quasi institutionnalisés et vitaux du système. Au milieu de ce marasme, l’inspecteur Phil Gaines témoigne lui aussi de cette ambivalence : personnage désillusionné par la perte de sens morale de la société et de l’institution qu’il représente, il forme un couple atypique et fragile avec une prostituée de luxe, évoluant elle-même à la marge de la légalité et d’une société en apparence puritaine. D’ailleurs, et c’est peut-être là que le film parait le plus daté, alors que le film se déroule en pleine révolution sexuelle, cette thématique est toujours traitée sous un angle glauque et volontairement choquant (pornographie, boites interlopes, détails sordides sur la quantité de sperme anormalement élevée trouvée dans le corps de la défunte) comme s’il s’agissait au final d’un marqueur de la déliquescence morale de la société. Le dénouement prolonge d’ailleurs cette vision pessimiste en refusant toute restauration de l'ordre moral. Comme si, au fond, la révolte individuelle ne suffisait pas à changer un système déviant et solidement bâti. La dimension policière apparait dès lors moins importante que la critique qu’Aldrich fait de cette Amérique décomplexée des années 70, rongée par l’argent, la corruption et l’exploitation. Un film âpre et mélancolique, porté par un Burt Reynolds étonnement sobre.

 

La_cité_des_dangers_Ben_Johnson

 

**

Le blu-ray : Le film est présenté dans un Master restauré en Haute-Définition et proposé en version originale américaine (2.0) ainsi qu’en version française (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

 

Côté bonus, le film est accompagné d’une présentation par Jean-François Rauger, directeur de la programmation à la Cinémathèque française (34 min.). Un livret de 24 pages écrit par Olivier Père, directeur d'ARTE France Cinéma, vient compléter cette édition.

 

Édité par Sidonis Calysta, « La cité des dangers » est disponible depuis le 11 septembre 2026 en édition limitée blu-ray + DVD + livret.

 

Le site Internet de Sidonis Calysta est ici. Sa page Facebook est ici.

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